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Camisards et Vendéens

Une mise en perspective originale et intéressante
De Philippe Joutard et Jean-Clément Martin
Alcide Editions - 144 pages

Lu / Vu par

Hélène Renard
Publié le 15 nov . 2018

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Les points de convergence et les différences entre la révolte des Camisards au début du XVIIIè siècle dans les Cévennes et la "guerre" de Vendée (et dans les autres régions de l'Ouest) à la fin du même siècle et jusqu'au XIXè.

Deux parties, à chaque fois : d'abord "la guerre" c'est à dire le résumé des faits, puis "la mémoire", c'est à dire l'analyse de la construction du mythe.

La révolte des Camisards est une révolte des protestants cévenols face à la volonté d'absolutisme de Louis XIV qui révoque l'Edit de Nantes. La "guerre" de Vendée, plus complexe, est à la fois une contre-révolution et une lutte pour la liberté de conscience.

Le chapitre final souligne les rapprochements possibles et, au contraire, les divergences dans les pratiques d'insurrection, les manières de faire la guerre, la durée des affrontements et la résistance, la violence et le nombre de morts. Ce sont, selon les auteurs, deux soulèvements populaires où la religion joue un grand rôle, deux guerres civiles contre l'Etat dont la postérité n'a pas été identique mais dont la mémoire reste vive.

Points forts

·        En une cinquantaine de pages pour chacune de ces deux "guerres", un résumé, clair, concis, avec plusieurs  notions explicitées ("le désert", la chouannerie, la virée de Galerne, etc)

·        Des cartes et des indications des principaux lieux des batailles, des refuges,  des portraits des chefs (Abraham Mazel, Jean Cavalier, Rolland, pour les Camisards; La Rochejaquelein, Bonchamps, Cathelineau, Charette, Hoche, côté Vendéens)

·        Appréciables explications sur la dénomination "guerre de Vendée" pour englober l'ensemble des soulèvements de l'Ouest et sur le rôle des divisions politiques entre partis révolutionnaires. D'où le titre du chapitre : "La guerre de Vendée, une invention révolutionnaire".

·        Intéressante étude sur la manière dont la presse, l'iconographie, les historiens (dont Michelet, favorable aux Camisards, hostile aux Vendéens) et les romanciers ont contribué à garder tenace jusqu'à nos jours le souvenir de ces soulèvements.

·        Une mise en pages soignée avec de nombreuses illustrations.

Points faibles

·        Pour la guerre de Vendée, on aurait aimé plus d'explications sur la "récupération" royaliste, même si un encadré présente l'importance des Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein.

·        Le romancier André Chamson, dont l'oeuvre est empreinte de son amour pour ses Cévennes natales, aurait mérité plus qu'une simple mention. 

En deux mots ...

Un résumé est souvent un exercice plus difficile que l'écriture d'un livre entier : les auteurs ont réussi ce pari. Cependant, la complexité de ces deux révoltes à la fois populaire, religieuse, politique, incite, pour approfondir les sujets, à se reporter à leurs ouvrages publiés. 

Un extrait

"Il faut souligner la violence inouïe de ces deux guerres marquées l'une et l'autre par un événement paroxystique : le "Grand Brûlement" des Cévennes et les colonnes "infernales" en Vendée. Sans le vouloir, les Vendéens, comme les Cévenols avant eux, se retrouvent face à la raison d'Etat... "

L'auteur

  • Philippe Joutard, professeur émérite d'histoire moderne à l'Université de Provence, est spécialiste de l'histoire du protestantisme en France, et en particulier dans les Cévennes. On lui doit plusieurs ouvrages consacrés aux Camisards, notamment Les Camisards (Gallimard, coll. Folio Histoire) et la Légende des Camisards (Gallimard, coll. Bibliothèque des histoires). Il s'est longuement penché sur la transmission orale en Histoire et son rôle dans la construction d'une mémoire vivante.
  • Jean-Clément Martin, professeur émérite à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, est spécialiste de la Révolution française, de la Contre-Révolution et de la guerre  de Vendée, sur laquelle il a publié  La guerre de Vendée (coll. Point Seuil), La Vendée et la Révolution (Perrin). Il fait partie des historiens qui prennent au sérieux la mémoire collective (on lui doit l'article Vendée région-mémoire dans Les lieux de mémoire) mais qui refusent le terme de "génocide" appliqué à cette guerre.

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