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Des Fins du Capitalisme: Possibilités 1

De David Graeber
Editions Payot

Lu / Vu par

Jean-Pierre Tirouflet
Publié le 22 déc . 2014

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Cette icône de la contre-culture publie cette année en français un ensemble de quatre essais convergents, sortis aux Etats Unis en 2007, intitulés DES FINS DU CAPITALISME et sous-titrés possibilités I.
En s’appuyant sur l’anthropologie politique, David Graeber s’efforce de démontrer que le capitalisme n’est pas une fatalité, qu’il est né à la Renaissance pour des raisons contingentes et que de ce fait il n’est pas indépassable. En d’autres termes, et très schématiquement, en analysant les caractères, les coutumes, les relations interpersonnelles, la créativité de peuples exotiques, Kagurus, Yorubas, Tiv ou autres Guayaki, comme d’ailleurs, de manière plus générale, l’histoire du monde et des idées, il souligne la relativité de ce que d’aucuns (les économistes ?) considèrent comme des données objectives.

Points forts

En ces temps de grandes interrogations sur le sens, sur le devenir du Monde, sur le futur du capitalisme, l’ouvrage apporte des éléments de réflexion, de méditation qui permettent de “sortir du cadre“ habituel de l’analyse purement économique ou sociétale (comme Rifkin ou même Piketty). C’est aussi un moyen de comprendre ce qui se passe dans la tête des plus articulés des altermondialistes et autres écologistes radicaux.

La culture de David Graeber est aussi vaste qu’impressionnante et la subtilité de ses analyses, comme le regard tantôt ironique, tantôt outragé qu’il jette sur le monde font parfois les délices du lecteur.

Points faibles

Il peut sembler pourtant, pour un humble non spécialiste, que l’anthropologie comparée, comme la pratique David  Graeber, peut servir à démontrer à peu près n’importe quoi : on trouvera toujours dans l’interprétation des mœurs d’un peuple préservé de la civilisation occidentale de quoi illustrer la relativité du système dans lequel nous vivons. Il reste que ce ne sont pas les Yorubas ou les Guayaki qui ont conquis le monde, mais bien de petites peuplades rejetées à l’extrémité occidentale de l’Eurasie.

Par ailleurs, même si l’identification des “fins“ du capitalisme fait apparaître crûment des points qui suscitent la réflexion (inutilité de la hiérarchie, relation entre l’esclavage et le salariat, fétichisme des objets, distinction du désir et des besoins…), cela ne condamne pas le capitalisme tel qu’il est, ni en termes moraux, ni en termes économiques. Cela signifie simplement qu’il aurait pu ne pas exister ou exister différemment.

En deux mots ...

Sans être d'un accès facile, cet essai ouvre un champ de réflexion qui, à l'évidence, intéressera le lecteur courageux et...éclairé.

Une phrase

« Si l’on réinterprète le “mode de production“ pour signifier une relation entre l’extraction du surplus et la création des êtres humains, il devient alors possible de considérer le capitalisme comme une introjection du mode de production esclavagiste, avec une relation structurellement analogue entre le lieu de travail et la sphère domestique. »

L'auteur

C’est un “indigné“ de haut vol que M. David Graeber. Anthropologue, professeur à Yale dont il fut exclu pour de mystérieuses raisons, il a été l’un des animateurs du mouvement occupy Wall Street ; il est aujourd’hui professeur à la London School of Economics, qui ne passe pas pour un bastion de l’économie alternative. Il a publié aux Etats Unis un best seller, traduit en français sous le titre dette-5000 ans d’histoire, qui recommande une répudiation des dettes tous les 7 ans (est-ce la raison de son succès dans un pays où 70% des  ménages sont endettés ?).

Commentaires

Gauthier
Le 13 oct. 2019
à 12h44

Monsieur Troufflet,

De quelle sorte est votre sens moral pour écrire qu'énoncer les travers anti-humains du capitalisme ne le condamne pas en termes moraux ?

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