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Haute tension à Palmetto

Shakespeare chez les ploucs...
De Erskine Caldwell
Editions Belfond
Publié le 11 avr . 2016

Recommandation

2,0BonBon

Thème

Vernona est une jolie institutrice de vingt-deux ans fraîchement débarquée dans un gros bourg agricole du sud profond américain. Elle envisage simplement son avenir à enseigner pendant un an puis à se marier. Mais dès son arrivée, elle attise la convoitise des mâles des alentours qui voient en elle une proie facile, propre à soulager leurs frustrations. Vernona a bon cœur mais elle manque d’expérience. Pendant huit jours elle va connaître contrariétés et humiliations en repoussant les avances d’individus quelque peu tarés ou en tous cas réduits à l’influence de leur cerveau reptilien, qu’ils soient impuissant, goujat ou vulgaire séducteur. La jeune femme sert de révélateur à toute cette médiocrité croquée à la fois de façon très réaliste et avec un sens du grotesque consommé. L’idylle qu’un de ses élèves tente de nouer avec elle est le seul contrepoint teinté de romantisme à ce récit qui en manque beaucoup. "Haute tension à Palmetto" c’est un peu Shakespeare au pays des ploucs.

Points forts

- La réédition du livre des années cinquante de Caldwell, un livre vintage donc, nous fait retrouver un des ancrages importants du roman américain : le Deep South.

- Incontestablement, le talent de Caldwell fait mouche quand il s’exerce à faire vivre les déclassés et autres "petits blancs" du sud américain. Il les voit pour ce qu’ils sont : des personnages grotesques. Mais sans toutefois en faire des caricatures; ils sont seulement, eux-mêmes, les représentants d’une nature humaine peu reluisante. Caldwell ne les juge pas…

- L’aspect comique des personnages s’accompagne d’une dimension théâtrale du récit qui avance au rythme de l'entrée en scène des protagonistes, comme chez Guignol.

Points faibles

- Si l'on peut s'attendrir (un peu) sur le sort de Vernona, naïve et vulnérable, on n'est pas enclin à le faire avec ses soupirants. Leur vie manque singulièrement de complexité. Et la psychologie n'est pas le point fort de Caldwell...

- L'histoire manque d’action. Il y a curieusement dans ce livre, qui comporte des morceaux de bravoure dans les dialogues, une absence d’énergie et un vrai fatalisme, tant les personnages semblent soumis à leur sort.

- Le style me parait un peu faible sauf lorsque Caldwell prend manifestement un grand plaisir à tirer le portrait de ses "pauvres blancs".

En deux mots ...

"Haute Tension à Palmetto" s’inscrit bien dans la veine du roman américain du Deep South. Caldwell porte un regard quasi sociologique sur ses personnages qu’il met en scène dans une sorte de comédie carnavalesque. Ce ne sont ni le style ni les descriptions ni l’action quasi absente qui donnent de la force à ce récit mais la vérité puisée dans la connaissance intime que  Caldwell a des "pauvres blancs" et qu’il restitue ici de façon très théâtralisée. On remarquera l’excellente préface du regretté Yves Berger.

Une phrase

Au sujet d'un des personnages, Mustard:

"Un grand gaillard d’une quarantaine d’années, aux sourcils épais, un fort en gueule doté d’une voix de basse qui lorsqu’il se mettait à table fleurait bon l’engrais ou traînait sur le plancher la boue qu’il rapportait des porcheries."

L'auteur

Erskine Caldwell (1905-1987), qui appartient à la génération des Steinbeck, Hemingway, Faulkner, a composé une œuvre largement dédiée à la vie des petits blancs du « Deep South » américain. Il doit sa renommée notamment aux romans « La Route au Tabac » (1932) et « Le Petit Arpent du Bon Dieu » (1933). "Haute Tension à Palmetto", publié en 1951, ne dément pas son succès. L’écrivain américain vendra près de quatre-vingt millions d’exemplaires de ses romans et nouvelles. Son style direct plait, ainsi que la truculence de ses personnages qu’il met en scène dans des portraits sans concession.

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