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Joséphine, le paradoxe du cygne

Modernité d'une femme de tête
De Pierre Baranda
Editions Perrin - 460 pages

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Publié le 01 avr . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Certes, "L'Incomparable" Josèphine de Beauharnais (1763-1814) avait la grâce du cygne, mais elle en incarne aussi le paradoxe popularisé par Vassim Nicholas Taleb dans son ouvrage Le Cygne noir : La puissance de l'imprévisible. Joséphine serait-elle un personnage méconnu ?

Depuis deux siècles les mémorialistes et les historiens la présentent comme une femme volage -voire dévergondée-, écervelée et follement dépensière. Nombreux sont, en effet, les artisans de sa légende noire : les royalistes, les républicains, le clan Bonaparte, les déçus de l'Empire, les opportunistes sous la Restauration et, de nos jours, les anti-esclavagistes ; sans oublier quelques passionnés de Bonaparte qui ne pardonnent toujours pas à Joséphine ses infédilités conjugales -supposées.

"A ce jeu de massacre, Joséphine ne fut guère épargnée. Dans les pages qui suivent, nous avons voulu retracer exactement le cours de la destinée exceptionnelle de Joséphine et lui restituer sa véritable personnalité", écrit Pierre Branda dans son avant-propos, avant de reprende les chefs d'accusation de ses détracteurs.

Joséphine : volage ? Pas si sûr ! Certes elle soignait et utilisait ses "réseaux", mais les liaisons sentimentales qu'on lui attribue ne reposent sur aucune preuve historique avérée.

Joséphine, une écervelée ? Non. Elle était fière, indépendante et douée pour les affaires. Elle sut, en effet, bénéficier des troubles monétaires et financiers du moment pour agioter, jongler entre les monnaies sûres et le papier-monnaie, se lancer dans des prévarications et toucher des commissions plus ou moins obscures. Il s'agissait d'équilibrer ses revenus et ses dépenses. Tâche de tous les instants en raison de son train de vie !

Joséphine était-elle dépensière ? Assurément. Une "dépensière-compulsive", dirait-on de nos jours. L'empereur, par amour et par calcul politique, réglera finalement toujours ses dettes.

Pierre Branda évoque, aussi, la complicité du couple impérial. Ambitieux tous deux, ils étaient complémentaires. A chacun son champ de manoeuvre : à l'un la politique, à l'autre les relations sociales.

Et l'impératrice tint son rang avec subtilité, élégance et humanité malgré les coups de sort dont elle fut frappée.

Pierre Branda redonne ainsi vie à une personnalité aux multiples facettes, donc moins superficielle qu'elle n'y laissa paraître.

Points forts

- A l'écart de la légende noire et des sempiternels potins, Pierre Branda enquête en reconsidérant les moindres sources, les moindres témoignages.
- Brenda, expert en économie, apporte des sources nouvelles et précises pour considérer les astuces de Joséphine pour l'agiotage et la corruption.
- Le style vivant et précis.
- Le cahier iconographiqe.
- La clarté des notes et de la bibliographie.
- Les cartes ( Martinique, Italie du Nord).
- les plans ( hôtel de la rue Chantereine, domaine de Malmaison).
- Le choix du sous-titre ( Le Paradoxe du cygne).

Points faibles

On sent que Pierre Brenda, malgré son soucis d'objectivité, a succombé au charme mystérieux de L'Incomparable ! Mais est-ce vraiment un "point faible"?

En deux mots ...

Voilà un ouvrage qui dévoile la modernité d'une femme de tête.

Une phrase

"La grâce fut l'atout majeur de Joséphine"

L'auteur

Après des études d'économie et de gestion, Pierre Brenda est devenu chef d'entreprise. En 2002, il est membre correspondant de la Fondation Napoléon. Il publie de nombreux articles, particulièrement sur les aspects financiers de l'Empire. En 2005, il  participe à l'ouvrage collectif Napoléon et l'Europe (Fayard) et l'année suivante, il  co-signe avec Thierry Lentz Napoléon, l'esclavage et les colonies (Fayard). Son ouvrage Le prix de la Gloire, Napoléon et l'argent (Fayard) est devenu un classique et un ouvrage de référence, qui lui a valu d'obtenir le Prix du Mémorial, Grand prix de la ville d'Ajaccio et le Grand Prix de la Fondation Napoléon. Depuis 2009, au sein de la Fondation Napoléon qu'il a rejointe, il est particulièrement chargé des questions de patrimoine ainsi que des prêts aux nombreuses expositions internationales de l'importante collection d'objets détenus par la Fondation. 

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