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La hantise du déclin. La France de 1914 à 2014

De Robert Frank
Editions Belin

Lu / Vu par

Jean Louveau de La Guigneraye
Publié le 13 sep . 2014

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Qu’on ne se méprenne pas sur le titre de cet essai historique: Robert Frank, loin de verser dans ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui le « déclinisme », propose une lecture de la transformation de la puissance française, de la Première Guerre mondiale jusqu’à nos jours. Dans une édition revue et augmentée de La Hantise du déclin (1994), l’historien analyse l’une des plus inquiétantes obsessions de la France : le déclin de sa puissance ; l’objectif de Robert Frank étant de montrer les difficultés rencontrées par la France, et ses différentes tentatives d’adaptation à son nouveau statut de puissance moyenne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Pour ce faire, Robert Frank traite le sujet par le biais de trois principales problématiques : la sécurité, la puissance et l’identité de la France. Si les deux conflits mondiaux occupent une place prépondérante dans cette analyse, Robert Frank apporte un riche éclairage, allant bien au-delà de la traditionnelle sphère militaire et diplomatique. L’auteur décortique la mécanique de la puissance et toutes ses composantes, passant de perspectives financières et économiques à des questions sociales et de politique intérieure. Il souligne les premiers signes de déclin de la puissance française après la Grande Guerre, auxquels suivent le traumatisme du « syndrome de 40 » et celui de l’Occupation, deux spectres dont les ombres marquent durablement la mémoire collective française. Pour autant, Robert Frank suggère des voies pour sortir du souvenir obsessionnel des guerres mondiales et soutient que le meilleur moyen de devancer le déclin c’est d’en être hanté, Robert Frank s’adressant particulièrement ici aux Européens – Français compris – à l’heure où cette communauté de destin doit prendre son avenir en main.

Points forts

• L’éclairante et très riche analyse du chapitre viii à propos de l’identité française, du « syndrome de 40 » et de la minoration de l’aide anglaise dans la libération de la France.

• La conclusion et ses accents optimistes sur le fait que la hantise du déclin devienne l’apanage de l’identité européenne afin de prévenir une quelconque dégradation de sa puissance face aux pays émergents.

• Une écriture très claire sur un sujet vaste et complexe.

Points faibles

• Les parties abordant des perspectives d’histoire financière et monétaire peuvent s’avérer pesantes à la lecture.

• Il aurait peut-être fallu plus d’exemples et de développement pour la période allant des années 1990 aux années 2000, notamment sur la place de la France dans la mondialisation.

En deux mots ...

Une très bonne analyse qui permet de mieux comprendre le statut de puissance moyenne de la France aujourd’hui. Elle ouvre aussi sur d’autres champs de réflexion comme celui du poids mémoriel de la débâcle et de la collaboration, ainsi que sur la question de la crise d’identité en France et sur la difficile identification des Français à l’Union européenne.

L'auteur

Robert Frank est un historien français, professeur émérite à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (1994-2012), spécialiste des relations internationales.

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