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La pensée et la guerre

Le militaire et le philosophe, plus proches qu'on ne le croit ?
De Jean Guitton
Editions Desclée de Brouwer - 286 pages

Lu / Vu par

Hélène Renard
Publié le 08 déc . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Il s'agit d'une réédition augmentée et commentée par des enseignants actuels de l'Ecole de guerre, qui rédigent l'introduction de chacun des chapitres. C'est donc le recueil de conférences données par le philosophe Jean Guitton à l'Ecole supérieure de Guerre à partir de 1952, mais à des moments différents, séparés parfois par de longs intervalles.

La  toute première, qui date de 1940, fait exception puisqu'elle est consacrée à "Hitler, la révolution et la guerre". Guitton réfléchit sur "la stratégie psychique", celle qui cherche à agir sur l'inconscient des masses, et sur la propagande, arme à part entière.

Dans le chapitre deux, intitulé "l'Art de penser et la conduite de la guerre", il dévoile son intime conviction : il existe un rapport secret entre les méthodes de l'homme de guerre et les méthodes de l'homme de pensée, rappelant que Descartes fut à la fois un philosophe et un soldat. 

Le troisième chapitre (qui ne figurait pas dans la première édition)  est consacré à Foch, lequel a "pensé la guerre" avant d'agir.  

Le quatrième tente de répondre à la question : comment la méthode hégélienne et marxiste influence-t-elle les principes et les méthodes de la guerre moderne?

Et le dernier est une très longue réflexion sur ce changement fondamental que représente la dissuasion par l'arme nucléaire. 

Points forts

- Incontestablement, la conférence prononcée en mai 40 sur Hitler (qui vient d'envahir la Norvège)  reste le chapitre le plus abordable et le plus intéressant pour qui n'est pas un militaire familier des questions stratégiques. On peut y faire  un étonnant rapprochement entre la stratégie du Führer et celle des terroristes islamistes d'aujourd'hui. Il s'agit de faire peur (principe de sidération), d'épouvanter le peuple ennemi, d'agir par surprise, de démoraliser et même d'anesthésier l'adversaire. Car "le centre de gravité des belligérants ne réside plus seulement dans leurs gouvernements et dans leurs armées, mais davantage encore dans leurs opinions publiques".

- Ce livre est considéré comme un classique pour les officiers stagiaires de l'Ecole de Guerre.

Points faibles

L'ouvrage n'est pas d'un abord aisé, même si le style de Guitton est généralement clair et simple.

En deux mots ...

Le rapprochement fait par Guitton entre les méthodes de l'homme de guerre et celles de l'homme de pensée mérite réflexion...

Un extrait

"Il existe bien des sources du courage, et la première est dans une aptitude naturelle à garder la maîtrise de soi au milieu des périls soudains... mais il existe une autre source de courage : c'est la pensée."

L'auteur

Jean Guitton, né en 1901 à Saint-Étienne, est entré à l'École normale supérieure en 1920.Agrégé de  philosophie et docteur ès lettres, il a passé de longues années à enseigner dans les lycées puis à l'université.  

S'il était trop jeune pour faire la guerre de 14-18, il a enduré cinq années comme prisonnier de guerre de juin 40 à juin 45.

Il était membre de l'Académie française depuis 1961; et de l'Académie des sciences morales et politiques, élu au siège de Ferdinand Alquié, depuis 1987. 

Il fut le seul laïc chrétien à avoir pris la parole durant le Concile Vatican II. 

Il est mort le 21 mars 1999 à Paris. 

Il a publié de nombreux ouvrages, dont ses mémoires, passionnantes, "Un siècle, une vie" (Robert Laffont)

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