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La sagesse de l'argent

Audacieux, bon, mais quand même limité...
De Pascal Bruckner
Editions Grasset

Lu / Vu par

Jean-Pierre Tirouflet
Publié le 07 mai . 2016

Recommandation

2,0A la rigueurA la rigueur

Thème

Partant du constat que le dernier traité de philosophie consacré à l’argent datait du début du siècle dernier, Pascal Bruckner publie cette réflexion sur l’argent, sa sociologie, la monnaie, l’économie, les rapports de l’argent avec le sexe, la morale… Vaste programme!

Points forts

On peut vraisemblablement reprocher beaucoup de choses à Bruckner, mais certainement pas sa liberté de ton. Ce qu’il dit semble être ce qu’il pense, sans souci des modes et des critiques que la bien-pensance ambiante ne manquera pas de lui adresser. L’argent n’est pas nécessairement honteux ou corrupteur, comme le proclament, de Platon au pape François, en passant par François Mitterrand et François Hollande, tous ceux qui font profession de le mépriser, mais un instrument neutre qui, délivrant de la pauvreté, permet même un certain progrès humain.

Certes, la plupart des thèses de Bruckner sont frappées au coin du bon sens ; mais il y a du mérite à les exposer ainsi dans un opus dont le titre lui-même peut être vécu comme une provocation : défense du capitalisme libéral, des valeurs bourgeoises, de la prostitution… C’est d’ailleurs dans ce dernier domaine des rapports du sexe et de l’argent que Bruckner, qui s’est beaucoup exprimé sur le sujet, propose l’analyse la plus fine et la plus intéressante.

Points faibles

Le côté “attrape-tout“ du livre : il passe d’une analyse de la sociologie des français face à l’argent, à une défense et illustration du capitalisme libéral, tout en prônant l’encouragement à l’enrichissement, comme la mise en place de limites aux inégalités de salaires…

Le manque d’originalité de ses thèses : on retrouve la caricature du bourgeois lyonnais (Calixte), les bonnes vieilles interprétations de Max Weber sur les rapports entre la religion et l’économie, le fameux “enrichissez-vous, par le travail et par l’épargne“ de Guizot, les mêmes références aux écritures saintes, la même volonté, bien française, d’encadrer le capitalisme…

Au total rien, dans cet ouvrage,  n’est vraiment novateur.

En deux mots ...

Sans être génial, le livre a le grand mérite de “remettre les pendules à l’heure“, en rassemblant des idées de bon sens qui sont, bien souvent, battues en brèche dans l’idéologie de la France contemporaine.

L'auteur

Essayiste, romancier, Pascal Bruckner a accompli un parcours idéologique et politique sinueux. Après avoir flirté avec l’Extrême-gauche et le PSU, fait un bout de chemin avec les nouveaux philosophes, il a été classé parmi les “néo-conservateurs“ français, approuvant l’intervention américaine en Irak comme son confrère Glucksmann. Intellectuellement, il s’est souvent inscrit en faux contre l’idéologie dominante en France, sur le tiers-mondisme (Le Sanglot de l’Homme Blanc), le bonheur, la sexualité… Même s’il détonne dans le paysage intellectuel français, il collabore depuis longtemps avec le Nouvel Observateur et a enseigné dans quelques universités américaines et à l’Institut d’Etudes Politiques.

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