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La Tresse

Un phénomène international d'édition
De Laetitia Colombani
Editions Grasset

Lu / Vu par

Hélène Kolsky
Publié le 01 juil . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Trois continents, trois femmes qui ne se connaîtront jamais, entre lesquelles, pourtant, va se tisser un lien intime, et pour chacune la prise en main d’un nouveau destin.

Un parcours qui va passer par trois femmes, trois héroïnes admirables:

- La première s'appelle Smita, une Indienne intouchable, la caste des proscrits, des bannis, des humiliés, à plus forte raison quand on appartient au genre féminin. - La deuxième des femmes imaginées par Laetitia Colombani s'appelle Julia. Elle est sicilienne et travaille comme jeune ouvrière dans l'atelier de son père où l'on transforme les cheveux des autres en perruque. Une vieille tradition de l'île menacée par la modernité. 

- La troisième héroïne vit au Canada : Sarah correspond au profil type de la femme occidentale. Elle aura la révélation du monde impitoyable du travail où les "malades et les faibles" n'ont pas droit de cité.

Points forts

- J'ai beaucoup apprécié les différents portraits de ces femmes, qui essayent d'aller de l'avant et prendre leur vie en main. « La Tresse » est un beau roman car il nous parle du monde et des liaisons et des liens qui peuvent exister entre les continents. On parle souvent d'un vol de papillon mais là ce sont quelques mèches de cheveux qui peuvent bouleverser, améliorer la vie d'autres femmes à des milliers de kilomètres, les unes des autres.

On comprend vite le propos de ces trois parcours entremêlés. Qu’elle soit triomphante ou misérable, la condition de la femme n’est guère enviable a priori dans des sociétés qui, diversement, l’assignent à une place préétablie.

- J'ai été émue, rattrapée par un sentiment de solidarité envers ces femmes si différentes mais pourtant si semblables dans leurs luttes contre l'adversité. Bouleversée par ce lien universel que l'auteure parvient si bien à mettre en évidence.

Smita, Giulia, Sarah. Chacune à sa manière et à son niveau doit faire face à de nombreux défis liés à sa condition de femme dont les droits ne sont jamais totalement acquis. Braver les diktats sociaux, oser imposer ses idées, exploser les plafonds de verre... Elles ne le savent pas mais leurs destins sont liés, dans un monde où, malgré les distances, chacun appartient à la même grande famille : l'humanité.
A une époque où le repli sur soi et la peur de l'autre dominent, il est bon de rappeler que nous ne sommes pas seuls. Que tel l'effet papillon, chacun de nos actes peut avoir une conséquence à l'autre bout du monde.

- J’ai été particulièrement bouleversée  par la précision de la description du malheur de la  femme indienne, de cet environnement misérable mais aussi violent. Je ne sais comment l'auteure s'est documentée sur le sujet, mais il est certain que ces détails ne s'inventent pas, hélas. Elle nous fait découvrir, loin des dépliants touristiques et des circuits imposés, un pays où tout reste à faire, notamment en termes de respect humain.

- La Tresse n'est pas un roman féministe mais grâce à trois destinées, il nous rappelle que  l'égalité dans le monde ne doit pas être une possibilité mais une nécessité.
Je suis ressortie de ma lecture émue et profondément touchée par Smita, Giulia et Sarah et avec l'espoir que leur histoire donnera la force qui manquerait à d'autres femmes en besoin de liberté et d'égalité.

- Un premier roman lumineux, qui diffuse avec bonheur des flux d’énergie, de dynamisme et d’espérance. Un très heureux moment de lecture, intense et communicative.Ce sont trois femmes puissantes, bouleversantes et épatantes.

Points faibles

- La seule gêne, minime, tient à la structure, la forme, pourtant très astucieuses, des trois récits entrelacées, comme une tresse de cheveux...Pour ma part ces alternances, césures m'ont quelque peu bloquée...J'ai choisi de lire ces trois parcours féminins, séparément, dans leur entier...en me concentrant sur chaque personnage féminin, à la fois...  

- Et l’histoire de la canadienne est « un peu » cousu de fils blanc.

En deux mots ...

Un roman d'une maîtrise remarquable, d'une fluidité d'écriture impeccable et d'une hauteur de propos irréprochable. La Tresse, c'est à la fois une épopée, celle du commerce mondialisé des cheveux et un hymne au courage des femmes. Un livre profondément féminin, plein d'humanité. Poignant et réconfortant à la fois. Chacune à leur manière, elles se battent pour ce en quoi elles croient : l'égalité et la liberté.

Un extrait

- « Un peu comme on cache une liaison extraconjugale, elle va organiser l’anonymat de sa maladie » page 86

- « La vraie trahison serait de renoncer » page 177

- « Elle qui a vaincu le plafond de verre se heurte aujourd’hui à ce mur invisible qui sépare le monde des biens portants de celui des malades » page 185

- « Il lui reste encore sa dignité ; le pouvoir de dire non "  page 186

L'auteur

Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages,. Elle écrit aussi pour le théâtre. "La Tresse" est son premier roman

Le point de départ du roman est, lui aussi, trèsfort, comme le confie Laetitia Colombani : "Il y a deux ans, ma meilleure amie m'a appelée en me demandant de l'accompagner choisir une perruque [...] Elle a essayé des perruques d'abord synthétiques puis une perruque en cheveux humains, en cheveux indiens qu'elle a achetée. Je me suis dit que ces cheveux avaient connu une espèce d'odyssée incroyable, ces cheveux ont été portés par quelqu'un en Inde, ils ont été transformés ensuite dans un atelier italien et ils sont aujourd'hui les cheveux de mon amie. Je me suis dit 'il y a un sujet".

Cette célébration d'une féminité universelle, a fait de "La Tresse" un phénomène d'édition avant même sa sortie, aujourd'hui en France. Le roman a fait sensation à la Foire du Livre de Londres en mars dernier, 16 pays ont déjà acheté les droits de traduction.

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