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Le Démon de la Vie

Grainville, écrivain fauviste
De Patrick Grainville
Editions du Seuil

Lu / Vu par

Rodolphe de Saint Hilaire
Publié le 15 mar . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

"L'ombre de la bête", "Les singes voleurs"," La lumière du rat", "Le baiser de la pieuvre" et l'excellent "Bison" témoignent, parmi d'autres ouvrages, d'un certain goût de Patrick Grainville pour le fantasmagorique   animalier.

C'est encore le cas ici avec ce Tigre fabuleux, héros sans le vouloir de ce "Démon de la vie" -que l'on aurait pu appeler "le démon du Midi"-, qui relate la folle randonnée de la bête au cœur de la forêt, noire et profonde, du massif des Maures. 

L'animal, qui porte le nom de "Nabucco", enfermé jusqu'ici dans la mystérieuse et sauvage propriété d'un esthète aventurier, amateur d'art et de chair pulpeuse, comme Rubens, mais pas seulement sur toile,  s'échappe soudain. Branle bas de combat. Le petit village de l'arrière-pays tropézien devient le centre du monde : gendarmes, pompiers, hélicoptères, chiens, chasseurs, plus un pittoresque pisteur professionnel... médias et touristes (anglais surtout !), tous partent à ses trousses, mais en vain.

 Mais ceci n'est que l'arbre qui cache le vrai thème, la toile de fond. Certaines personnes tremblent à l'idée que l'on puisse rattraper le fauve, animal mythique, qui court après sa liberté. Notamment, les véritables héros du roman que sont ces deux ados  très attachants qui s'aiment d'un amour fusionnel, sans contraintes ni limites, rebelles et révoltés, en marge de leurs familles qui vont à vau-l'eau. La métaphore est là, l'émotion aussi. Nous courons au travers de la garrigue et du maquis du Cap Lardier, aux côtés de ces jeunes amants à bout de souffle, fuyant un monde d'adultes, fait de mensonges, de tromperies, de lâcheté. Nous suivrons leur amour torride et ... désespéré jusqu'au bout.

Pour l'anecdote et en vue de la Méditerranée on  sera à peine étonné  de rencontrer notre star nationale, militante de la cause animale, hôte de ces lieux.

Points forts

1/L'écriture

Patrick Grainville possède tous les mots, maîtrise toutes les images, manie toutes les expressions, et impressions, comme une certaine peinture, nécessaires à la stimulation de nos sens. C'est du "fauvisme", littéralement, un grand tableau au style majestueux et puissant.

2/La force de l'imaginaire

Sans faire appel à des évocations trop  précises ni au ressort érotique proprement dit, l'auteur nous plonge dans un univers de sensualité fait de musc et de muscle, un monde charnel, un monde de feu mais où l'humour frôle le burlesque. C'est une invitation à un  voyage initiatique où l'imaginaire puise ses racines dans nos souvenirs empreints de nostalgie.

Nabucco représente notre besoin de liberté, notre tentation permanente de la rébellion,  notre droit au bonheur, nos regrets de cet âge d'or que nous quittons.Interviewé,  Grainville confie :  "On a en nous le vœu que nos parents restent ensemble mais tout le monde s'enfuit".

3/ L'intensité dramatique

"Le démon de la vie" est aussi,  à certains égards, une sorte de triller exotique, tant l'issue est incertaine aussi bien pour la bête fauve que pour les cœurs humains qui s'entredéchirent.

Points faibles

De temps en temps le voyage s'échappe et déraille. La maîtresse de l'esthète ("Paulo, ce vieux maboul"), femme simple et voluptueuse,  part en Thaïlande à la recherche des Tigres ...des moines et de leur soi-disant sérénité bouddhiste. Style baroque, situations drôlatiques, monde désenchanté...mais c'est long, répétitif (série de lettres ) et on ne rit pas beaucoup.

En deux mots ...

C'est du Grainville, du grand Grainville, du Grainville pur-jus comme on dit chez lui !

Une phrase

"L'été est un enchantement continu. Les rayons pleuvent, propices à des parousies de toutes sortes. On voit ainsi galoper sur les vagues toutes bleues, à certaines heures favorables, des figures composites semblables à celles de Picasso, un envoûtant bestiaire."

L'auteur

Patrick Grainville, romancier prolifique, est né en 1947 à Villers sur mer. Agrégé de Lettres, il est aujourd'hui professeur de français en région parisienne. A 29 ans, il se voyait décerner le prix Goncourt pour "Les  flamboyants". Remarqué pour son style incisif et imagé, hôte assidu des émissions de Bernard Pivot, il a reçu de nombreux autres prix dont le grand prix Paul-Morand de l'Académie Française pour l'ensemble de son œuvre. "Le démon de la vie" est son 26e roman.

Commentaires

mortensen evelyne
Le 24 nov. 2016
à 14h47

Je n'ai pas apprécié ce livre que je cataloguerais roman d’aérogare. Pour snobs faciles à épater par un saupoudrage lourdingue de pseudo culture (Ah! Rubens, les moines,les bonzes,allez un peu d'ethnologie ça fait pas de mal!)
Une belle écriture n'excuse pas toutes les dérives. Ce livre compile tous les ingrédients d'une série TV. Quelques "belles images", du sexe bien sûr...
Et pour pimenter le tout il fallait BB (la star) St- Trop oblige.

Aurel
Le 10 sep. 2017
à 20h11

on ne vit pas dans le même monde réel. Je vais dans le var tous les étés, les locaux ne ressemblent pas à cela. On voit bien pointer la haine du bourgeois qu'il est lui-même et M. encense les locaux avec lesquels il n'a aucun point commun. Un bon réel de maison d'édition.
Il faut dire que je suis passé de guerre et paix à ce livre.
Par contre, c'est très bien écrit et l'histoire est parfaitement construite, mais le réel cher ami.

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