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Le travail est l'avenir de l'homme

Livre clé sur enjeu majeur
De Nicolas Bouzou
Editions de l'Observatoire - 202 pages

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 31 oct . 2017

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

Le développement de l'intelligence artificielle va-t-il détruire le travail, supprimer radicalement des emplois, créer un chômage de masse, dissoudre le contrat social dans les algorithmes ? Pour Nicolas Bouzou, non, la transformation de l'économie sous les coups de boutoir du big data ne va pas conduire à la fin du travail. 

Avec en arrière pensée le principe Schumpéterien de la destruction créatrice, et sous le regard croisé de l'économiste, du philosophe et de l'historien, il nous invite à (re)considérer les évolutions du rapport de l'homme au travail à l'aube d'une nouvelle révolution économique.

Très documenté, ce livre plaidoyer milite pour une autre révolution, celle des esprits, afin de (re)concilier travail et société dans un monde en pleine évolution.

Points forts

1- Comme le dit Philippe Walter, historien médiéviste, "la bonne méthode d'analyse est celle qui n'exclut rien et qui prend en charge de multiples savoirs pour les faire dialoguer entre eux". Dans ce livre, exit les idéologies rebattues, les oublis opportuns ou les promesses électorales irréalistes. A l'appui des thèses, et avec le concours de nombreux prix Nobels, il est question de faits, pas d'appels à "l'insoumission" face aux changement du monde.

2- Un livre très accessible aux idées simples et directes. Aux  cotés de Paul Lafargue, Jean Baptiste Say , Oscar Wilde, Tibère, Keynes, Luc Ferry, Jeremy Rifkin, Schumpeter, Robert Solow, Alfred Sauvy, Hegel, à la découvert des noms de rues de Paris ou de quelques chefs d'œuvre du cinéma, pour une fois, vous ne devriez pas vous ennuyer !

3- Des comparaisons internationales qui éclairent la situation de l'emploi en France, où Nicolas Bouzou oppose la recherche constante de boucs émissaires (la finance, le progrès technologique, le profit, l'immigré…) à l'idée d'amélioration continue comme la pratique la firme Toyota par exemple.

4- Des révélations inédites (pour moi…), déclenchées par une relecture dépoussiérée de l'histoire, comme la révocation de l'édit de Nantes et l'exil de la bourgeoisie protestante ou les liens entre esclavage et retard au développement économique …

5- Des propositions "pour désaliéner le travail et non pour travailler moins" (P 186), et penser un libéralisme "tempéré" où chacun, "par le travail qu'il accomplit, contribue à améliorer le monde".

Points faibles

La conviction décomplexée de Nicolas Bouzou risque de braquer les opposants à la transformation du marché de l'emploi et de les éloigner de thèses qui méritent pourtant d'être "challengées". Son franc parler ne manquera pas de déranger, à gauche comme à droite … mais comme il le dit lui-même, " on entend l'arbre tomber mais pas la forêt pousser" !

En deux mots ...

Voici un providentiel petit cours d'économie appliquée au monde du travail, facile à lire, facile à comprendre, et parfois drôle. Regarder avec une certaine objectivité les "déterminants" de la création d'emploi, de la protection sociale et de l'entreprenariat en France, en comprendre les composantes avec un regard aiguisé en économie, en philosophie, en histoire, cela  fait du bien. 

Bon remède à la sinistrose ambiante, ce livre "militant" contient un peu de potion magique pour résister aux pessimistes de tous bords. 

En amont du tsunami numérique, il s'inscrit dans un courant de pensée ouvert à la régulation et à l'adaptation aux progrès, convaincu que l'homme a toujours su surmonter les bouleversements technologiques. 

Lecteurs curieux de l'avenir, en quête de sens, de matières à réflexion et d'optimisme, cet essai est à ne pas manquer. 

Un extrait

- A propos des Canuts et autres mouvements de révoltes ouvrières : " Comment reprocher ces insurrections aux ouvriers ou aux artisans qui veulent travailler ? On pourrait croire que seul le salaire lié au travaille les intéresse, mais ce serait faux. C'est l'estime de soi qui est en jeu, ce que montre magnifiquement l'abondante filmographie (….) de Ken Loach, Mark Herman, Stephen Frears…" 

- "J'entends souvent dire que la théorie du déversement ne fonctionnerai plus. La gravité de ceux qui professent cette contre vérité est généralement inversement proportionnelle à leur connaissance du sujet. En effet, les études récentes (…) montrent qu'elle n'a jamais aussi bien fonctionné qu'aujourd'hui".

- "L'homme doit dès maintenant apprendre à utiliser l'intelligence artificielle pour améliorer le monde, fin ultime de l'innovation. " 
 
- "Jean Baptiste Say, dans son cours complet d'économie (1828)… le travail ne peut être en honneur dans les lieux où il est flétrissure, l'horreur esclavagiste a souillé le travail".

- "Si nous démissionnons devant la tentation de la paresse, nous allons devenir une colonie d'esclaves dirigée par des robots et l'intelligence artificielle, et le rêve d'oisiveté (…) se métamorphosera en un cauchemar digne des pires dystopies".

L'auteur

Nicolas Bouzou est économiste, contributeur régulier aux Echos, au Figaro, à L'Express et autres Le Temps (Suisse) et Financial Times (Royaume Uni). 

Qualifié de libéral et progressiste, il s'intéresse aux mutations de la société, à l'éducation, à l'histoire des civilisations, à la philosophie. Empêcheur de penser en rond, il fait partie de plusieurs cercles de réflexion (Le Cercle de Belem qu'il a co-créé avec l'économiste Pierre Bentata; il  est vice Président du Cercle Turgot) et a crée sa propre entreprise de conseil, Asterès. 

C'est un vulgarisateur, sensible au partage des idées - il a notamment publié un livre avec Luc Ferry (La politique de la Jeunesse, en 2011). Deux de ses récentes publications, assez révélatrices de sa pensée, ont été chroniquées dans Culture Tops (Pourquoi la lucidité habite à l'étranger ? 2015, L'innovation sauvera le monde, 2016). Pour en savoir plus : http://www.culture-tops.fr/search/node/bouzou

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