Livres/BD/Mangas

Les délices de Tokyo

Un roman aussi profond qu'aérien
De Durian Sukegawa
Editions Albin Michel - 239 pages

Lu / Vu par

Véronique Louvier-Jaulin
Publié le 29 avr . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Ce livre est à l’image de son auteur: il y est question de philosophie et de pâtisserie et les deux thèmes fonctionnent parfaitement bien sous la plume de Sukegawa. 

Tokue Yoshii, vieille dame aux doigts déformés, se présente à la pâtisserie tenue par Sentarô et tente de se faire embaucher pour faire le An, la pâte de haricots rouges qui accompagne les dorayaki, petits gâteaux japonais. Elle est si persuasive que Sentarô finit par se laisser convaincre et il fait bien car sa vie entière va en être bouleversée. Tout est amené avec subtilité, on perçoit une ‘’urgence calme’’ et on a très envie de découvrir la suite.  

Points forts

• L’ambiance générale du livre, son rythme loin de toute agitation. 

• Les personnages principaux: Sentarô, jeune encore mais déjà fatigué, endetté et désabusé; Tokue, détentrice d’un secret culinaire et d’un autre beaucoup plus lourd. et la jeune Wakana, adolescente renfermée, un peu triste. Les cerisiers japonais qui marquent les saisons, leurs fleurs aux pétales délicats, sont aussi un personnage à part entière.

• On touche du doigt l’histoire terrible, dans les années 40, de ces japonais atteints de la maladie de Hansen - la lèpre - exclus et cloîtrés dans des sanatorium pendant des décennies. 

• Tokue, du haut de ses 73 printemps a un rapport très particulier au An, cette pâte de haricots rouges dont on découvre peu à peu le secret.  Le sujet pourrait sembler un peu rébarbatif… et bien on se plaît, nous aussi, à croire que le féculent en question chante pendant la cuisson…. On entend crépiter les haricots, on les voit bombés et luisants, on se laisse enivrer doucement par les odeurs et séduire par le goût des gâteaux en bouche. Bref on devient fan. Et ce n’était pas gagné.

• Il est question de saveurs, d’odeurs, de textures, de lumière, de chaleur, d’écoute et de confessions, de passation de pouvoir et de silence, de générosité, de recettes de gâteaux sucrés, mais avec une pointe de sel, de fleurs de cerisiers et de scintillements d’eau mais également de vieillesse, du temps qui passe, de rêves brisés, d’injustice et de haies de houx piquantes, barbelés d’exclusion, de rudesse de la vie et aussi de rumeur, celle qui peut tout détruire. Ce livre est incroyablement riche en émotions.

• A l’image de ces pétales de cerisiers japonais qui virevoltent, entrent par la fenêtre de la cuisine pour se nicher dans la pâte des gâteaux, le livre est aérien tout en ayant l’audace de soulever de vrais sujets tels la maladie, l’exclusion, l’injustice.  

• Une belle authenticité se dégage des personnages qui vont tisser, peu à peu entre eux, des liens forts. Tout en émotion et en pudeur. 

Points faibles

Une écriture parfois un peu disparate: peut-être est ce dû à la traduction?

En deux mots ...

On se laisse prendre par le rythme, les images et la philosophie du livre. C’est délicat, doux et fort à la fois. L’ambiance est feutrée, les rêves sont ceux de la nuit mais également ceux de la vie. 

Sukegawa nous souffle que notre bonheur réside dans la découverte et l’écoute de l’autre. Que la réalisation de chacun passe par le don de soi , le partage et la transmission de son savoir. Si l’on s’en doutait, maintenant on en est persuadé.

Une phrase

- « La nuit, il suffit de tendre l’oreille au murmure des étoiles pour sentir le cours de l’éternité » page 188.

- «  Si le monde était privé de tous les êtres doués d’émotion, qu’en serait-il? » Page 225.

L'auteur

Durian Sukegawa est né à Tokyo en 1962. Poète et écrivain, il est diplômé de philosophie mais aussi de l’Ecole de pâtisserie du Japon. L’édition originale japonaise des « Délices de Tokyo » est parue en 2013 sous le titre de ‘’An’’ et a été adaptée à l’écran par la cinéaste Naomi Kawase primée à Cannes.

Commentaires

Tom
Le 02 mai. 2016
à 23h51

Magnifique chronique Bravo. Les descriptions sont très fortes !

Pierre H
Le 03 mai. 2016
à 08h34

Super! Ça donne envie de lire lire !

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