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Les Métamorphoses de la cité

Fort dans le diagnostic, limité dans les propositions
De Pierre Manent
Editions Flammarion - 424 pages

Lu / Vu par

Paul Lelièvre
Publié le 22 déc . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Le système politique occidental contemporain est en pleine métamorphose, Il court le risque de  devenir un système froid où seules la règle de droit et l’expertise technique seraient suffisantes à la garantie de l’interêt général. 

C’est à partir de ce constat problématique que Pierre Manent, à travers ses lectures d’Homère, Aristote, Cicéron, Saint Augustin, Machiavel, Montesquieu et Rousseau, nous propose une magnifique histoire de la philosophie politique accompagnée d’analyses pointues et très pertinentes.

Points forts

• L’analyse de la situation de nos systèmes représentatifs occidentaux qui se doivent de retrouver leur sens pour ne pas s’autodétruire est complètement justifiée.

• L’auteur est passionnant à lire lorsqu’il nous montre que l’ «Iliade» d’Homère représente la «naissance poétique de la cité» et que cette «polis» trouve son origine dans une guerre dont elle est la continuation. 

• La plongée dans l’oeuvre de Cicéron avec Pierre Manent est particulièrement instructive pour comprendre ce qui rapproche et différencie fondamentalement la cité grecque de la république romaine.

• L’interprétation de la « Cité de Dieu » de Saint Augustin est remarquable. Elle permet une compréhension claire du changement moral et donc politique qui s’opère lorsque Rome devient chrétienne.

Points faibles

L’analyse menée tout au long du livre n’apporte pas de réponse claire à la problématique avancée dès les premières pages.

En deux mots ...

Ce livre est un excellent cours d’histoire de philosophie politique qui propose des analyses passionnantes permettant de mieux comprendre l’occident de l’antiquité gréco-romaine à l’époque moderne de l’Etat-Nation. 

Cependant la « médiation », concept central n’apparaissant que tardivement dans le livre, et censé apporter un début de solution au problème de départ, n’est pas, à mon avis, défini de manière complètement satisfaisante, en tout cas dans le présent essai.  

Un extrait

« Montesquieu, résumant ce qu’il appelle le « système » des Romains, écrit qu’ils furent « destructeurs, pour ne pas être conquérants ». Quant à nous, non seulement pour ne pas paraître, mais pour ne pas être conquérants (des autres hommes), nous nous sommes engagés dans une conquête de la nature qui est de plus en plus destructrice. Mais comment démobiliser nos forces quand leur rassemblement et leur mobilisation sont le ressort de tout développement moderne, le ressort de cette nouvelle Rome que fut d’abord l’Europe, et qu’est maintenant l’humanité en mouvement. »

L'auteur

Pierre Manent né en 1949, ancien assistant de Raymond Aron au Collège de France, est professeur de philosophie politique à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales). Sa pensée remet le politique au centre des occupations humaines et met l’accent sur la difficulté actuelle que rencontre l’occident à définir le bien commun. 

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