Les Vents noirs

Immensité grandiose, destin, démesure et fragilité
De
Arnaud de La Grange
Editions JC Lattes - 380 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

En 1918, les alliés fixent une mission absurde au « bataillon colonial sibérien », celle de soutenir les armées blanches contre les Bolchéviques. Verken, un lieutenant français, s’est  engagé dans ce corps expéditionnaire plus par inertie que par choix. Plongé dans une histoire qui ne le concerne pas, il est confronté à l’immensité oppressante de cette Sibérie, « terre de nulle part», et à la brutalité inouïe de chefs incontrôlables, avides de meurtres dans un train blindé qui sème la terreur. Il doit aussi arrêter un archéologue français, Emile Thelliot, devenu dangereux. Il se lance donc à la poursuite de cet incroyable savant-soldat, prêt à toutes les violences pour préserver ses sites de fouilles, parce qu’il est persuadé d’avoir découvert, au cœur du Turkestan chinois, les traces d’un royaume mythique habité par un peuple indo-européen, le berceau de notre civilisation en quelque sorte ! 

La quête des deux hommes se superpose. Ils s’y jettent à corps perdu, l’un est obsédé par ses rêves les plus fous, tandis que l’autre tente de se libérer du poids insupportable de son passé familial. 

Emportés avec fougue dans cette course à travers la Chine orientale, ils cherchent sans doute à échapper à eux-mêmes. 

Victoria, une ravissante ornithologue, croisera leur route, sans les empêcher de se soumettre aux « vents noirs » de leur destin.

Points forts

• Un titre symbolique et original pour ce roman au style coloré.

• Des descriptions très réalistes de certaines scènes de bataille, comme celle des cosaques en arc de cercle ou celle des deux trains. L’auteur montre fort bien comment l’ivresse du combat transforme un homme, qui se sent devenir un autre.

• L’influence des lieux et des climats sur les hommes : l’absence de limites dans ces étendues sans horizon déteint sur les caractères de certains militaires, comme l’ataman Atenkov, transformés en brutes sanguinaires, de même que les pluies de sable dans le désert du Taklamakan font perdre la raison.

• Un personnage extraordinaire, Emile Thelliot : un orientaliste aux connaissances prodigieuses, qui porte un uniforme de commandant, un érudit raffiné qui se montre querelleur et brutal, un fou d’archéologie qui veut devancer ses rivaux à n’importe quel prix ! « Un beau cerveau dans une tête brûlée. »

• Un personnage attachant, Verken. Hanté par un passé qu’il tente d’effacer, il ne parvient pas à s’affranchir de l’image déplorable de son père. Il s’estime trahi par cet imposteur médiocre et alcoolique. La déception est à la mesure de l’admiration qu’il lui vouait dans son enfance. Distant, indifférent, en apparence, il tait ses sentiments, tout en manifestant un goût pour l’action et un désir de liberté.

• L’évolution de la relation entre ces deux hommes : l’ambition démesurée de Thelliot révèle à Verken une soif d’absolu, qui finit par le fasciner.

Quelques réserves

• La géographie reste complexe. Une carte de la Sibérie et de la Chine orientale aurait été bien utile.

• Les traversées des déserts ou de fleuves se ressemblent un peu dans leur durée et leurs difficultés.

Encore un mot...

Du froid glacial des plaines sibériennes aux ouragans noirs des déserts du Xinjiang, Arnaud de La Grange nous emmène au galop, à travers des paysages grandioses, dans une histoire d’hommes, qui ne manque pas de souffle. Il souligne avec talent la force et la fragilité de ces grands aventuriers rêveurs, idéalistes, différents des conquérants ambitieux, parce qu’ils partagent le culte de l’action, pour se maintenir en vie et pour se libérer des ombres du passé.

Une phrase

« Le Gandhara, royaume perché au-dessus de trois civilisations. Là, s’étaient mêlées les influences indienne, perse et hellénistique … Pour Emile Thelliot, le Gandhara était plus qu’un sujet de recherches. Dans ce mariage parfait entre l’Asie et l’Europe, sa propre vie puisait sa raison d’être. Lui-même ne se rêvait-il pas des deux mondes ? » p. 110

L'auteur

Né en 1965, Arnaud de La Grange est journaliste. Grand reporter, il a été pendant plusieurs années correspondant du Figaro en Chine et il est, depuis 2016, directeur adjoint de la rédaction pour l’international. Son premier roman Les Vents noirs est sélectionné pour le prix Interallié 2017.

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