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L’imposture du vivre ensemble de A à Z

Un brulôt judicieux malgré certains passages "torchons"
De Paul François Paoli
Editions L'Artilleur - 378 pages

Lu / Vu par

Paul Lelièvre
Publié le 02 mar . 2018

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Ce livre est un dictionnaire du « vivre ensemble » ou plutôt de tous les mots utilisés pour soutenir cette idée dévoyée en une idéologie par une certaine gauche bien pensante. L’auteur ajoute à ce dictionnaire des noms d’auteurs de tout bord dont il synthétise la pensée dans le but de les réhabiliter, de les critiquer ou de les encenser mais en en conseillant toujours la lecture, au moins les ouvrages qui lui semblent fondamentaux, ce qui est gage d’une certaine honnêteté intellectuelle.

Points forts

- On découvre ou redécouvre des auteurs mis à l’index par la « bien pensance » et d’autres plus connus dont il est bon de rappeler certains pans de pensée oubliés par la « vulgate ».

- Cet abécédaire met en avant que certains mots ou expressions toutes faites sont des armes idéologiques qui peuvent se retourner contre ceux qui les utilisent. 

Points faibles

- Fautes sur une dizaine de pages: « Hanna Arendt » au lieu de Hannah Arendt/ « sensé » au lieu de censé, à un nombre incalculable de reprises)/participes passés au lieu d’infinitifs / formes interrogatives pour lesquelles l’apostrophe remplace le correct trait d’union ou dans le même genre « écrit t’elle » au lieu de écrit-elle/ « peut-être » sans tiret non plus... j’arrête la liste ici...?

Si Brighelli, d’après Paoli qui le cite, « s’indigne à juste titre que nos élites massacrent le français », alors il serait pertinent qu’il y ait moins de fautes dans cet essai sans parler des coquilles à répétition...

- Certains passages vont trop loin dans la provocation inutile, ce qui dessert le propos.

En deux mots ...

Paul François Paoli est un intellectuel d’une immense culture qui défend des idées intéressantes  mais sur un ton parfois trop suffisant, qui, assez souvent, glisse vers un ton de « chien blessé qui mord », interdisant tout esprit constructif. Certes beaucoup de mots sont galvaudés, certes beaucoup d’auteurs sont récupérés, certes encore, certains « ismes » sont insupportables et un certain esprit de gauche est intolérant mais c’est bien ensemble, droite, gauche, nouvelles générations désintéressées de la politique et tous les autres, que nous essayons de construire une nation (dont la réalité elle-même que revendique l’auteur n’a jamais été figée) et un pays dans lequel toutes les opinions ont voix au chapitre. Ceci étant, on peut bien reconnaître avec Paoli qu’il y a en France une crise de l’autorité, une délinquance de plus en plus récupérée par des idéologues dangereux qui se disent musulmans (notre auteur pense lui que c’est l’Islam par essence qui pose problème; affirmation qui n'engage que lui).

On trouve aussi des énormités autres qu’orthographiques comme par exemple que le rap loin d’être, comme la plupart des musiques, universel par définition, est une « musique communautarisée »; peut-être le jazz dans lequel le rap, tout comme le rock, trouve ses racines, l’est-il aussi? Mettre tous les artistes rap dans le même sac est-il une preuve de finesse? Un peu plus loin on sous-entend que l’immigration maghrébine et sub-sahélienne pourrait être une cause de la baisse du QI en France... l’auteur essaye de mettre les formes mais ça ne sent tout de même pas très bon. Alors qu’il met en avant des idées et des thèmes de réflexion essentiels, il tombe trop souvent dans les vices de l’idéologie, vices qu’il dénonce pourtant chez ses adversaires. 

Ce qui est troublant avec ce livre c’est que l’on passe du brûlot au torchon et du torchon au livre essentiel, en quelques mots...

Un extrait

« L’étrange défaite du PS – qui tient plutôt de la débâcle –survenue lors des dernières présidentielles marque peut-être la fin d’une époque dominée par le prétendu « universalisme républicain » cher au Grand Orient de France. En toute logique si la France est fondée sur une idée c’est qu’elle n’existe pas objectivement puisqu’il n’y a pas d’idée que l’on ne puisse contester. Tout pays est constitué d’un territoire et d’un peuple. Quand ce peuple cesse de trouver une raison d’être à travers sa langue et sa culture, comme c’est le cas aujourd’hui de certains Français, il se réfugie dans le discours d’un « vivre ensemble » flou. »

L'auteur

Paul François Paoli est un écrivain essayiste et un journaliste du Figaro. Il est notamment connu pour sa franchise et son insoumission déclarée à la bien pensance et à la « pensée molle » qu’il dénonce qu’elle soit de droite ou de gauche. Il a, entre autres, écrit « Malaise de l’Occident: vers une révolution conservatrice? » (2014) et « Quand la gauche agonise: la république des bons sentiments » (2016), essais qui ne lui ont pas valu que des amis.

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