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Plaidoyer pour l’altruisme

De Matthieu Ricard

Essai.

Editions Nil.

Lu / Vu par

Arnaud Joly
Publié le 15 nov . 2013

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Un livre très documenté, truffé d’exemples et d’histoires vécues, qui ébranle nos fragiles certitudes sur la solidité de nos choix fondamentaux.

Et pour nous convaincre, le Dalaï-lama nous intime : «Soyez égoïstes, aimez-vous les uns les autres. »

Thème

Ce gros livre (900 pages avec les notes et bibliographie) veut démontrer que l’homme n’a d’avenir, aussi bien individuel que collectif, qu’en pratiquant l’altruisme dont l’amour bienveillant (Bienveillance inconditionnelle et permanente, susceptible de s’exprimer en faveur de tout être) et la compassion systématique (volonté d’éradiquer toute souffrance) sont les deux facettes.

L’empathie (capacité d’entrer en résonance affective avec autrui, pour prendre conscience de sa situation) est un préalable à l’altruisme.
 

Points forts

  • Pendant les deux premiers tiers du livre, Matthieu Ricard argumente de façon classique, à partir d’une vision de l’homme qui repose sur les principes suivants :
  • - L’ego ou le « moi » conçu comme un tout indivisible et permanent n’est qu’une illusion car il correspond à un flux de conscience changeant, sans entité sous-jacente. Adieu Descartes…
  • - Le « Je » n’est que le contenu actuel de ce flux mental qui change à chaque instant.
  • - Seul le concept de personne est valide comme histoire de notre expérience vécue.
  • Il nous faudrait donc abandonner notre idée d’identité figée, d’image de nous-mêmes à défendre,  pour atteindre une vraie liberté intérieure et une véritable confiance en nous.
  • Notre individualisme, notre égoïsme et notre sentiment d’appartenance à des groupes ne seraient donc que des fausses solutions pour atteindre un bonheur hédonique illusoire, fondé sur des plaisirs fluctuants. Le culte des apparences, de l’esthétisme, de la performance nous conduisent à une impasse solitaire et au narcissisme (Facebook, enfant-roi).
  • Il nous faudrait donc rejeter Machiavel, Nietzsche et Freud qui considèrent l’égoïsme et l’individualisme comme synonymes de civilisation avancée et l’altruisme comme  un aveu de faiblesse. De même, l’homo economicus, adepte de l’économie de marché et de la « main invisible » d’Adam Smith, ne correspondrait pas à la réalité de l’homme social.
  • Selon Matthieu Ricard, toute recherche de bonheur égoïste, en rendant nos émotions envahissantes et disproportionnées, est vouée à l’échec.
  • La voie à suivre serait donc celle de l’altruisme désintéressé et inconditionnel, bénéfique tant sur le plan du développement collectif (phylogénèse) qu’individuel (ontogénèse), y compris pour des animaux d’espèces différentes.
  • L’altruisme génèrerait du bien-être chez celui qui le pratique car la compassion diminue notre propre souffrance et nous évite le burn-out, dont beaucoup de médecins sont victimes.
  • La méditation active, nécessaire pour venir à bout de notre ignorance et de nos erreurs sur l’analyse de nos vrais besoins, développerait même certaines zones du cerveau, jusqu’à «pouvoir » ralentir le vieillissement des cellules.
  • Dans le dernier tiers du livre, l’argumentation devient plus pressante : notre comportement serait incompatible avec une harmonie durable car, d’une part, le niveau des inégalités ne cesse d’augmenter (l’homme le plus riche possède plus que les 100 millions de plus pauvres); et , d’autre part, la raréfaction des ressources naturelles et la dégradation de l’environnement imposent un changement de priorités. Si nous voulons éviter des tensions débouchant sur des conflits violents, l’altruisme envers les générations futures s’imposerait.

Points faibles

  • Matthieu Ricard donne l’impression que nos sociétés se sont fourvoyées dans le capitalisme et la consommation presque par hasard. L’écart entre nos systèmes de pensée occidentaux et le bouddhisme n’en est pas réduit pour autant.
  • Il ne fait que très peu référence aux philosophes occidentaux qui ont tenté de percer la nature de l’homme et notamment Rousseau qui avait bien analysé les conséquences du droit de propriété comme origine de l’égoïsme.

En deux mots ...

La belle citation d’Albert Schweitzer pourrait servir d’exergue à ce livre : « L’amour est la seule chose qui double à chaque fois qu’on le donne ».

L'auteur

Matthieu Ricard, né en 1947, a étudié la génétique, et, en parallèle,  est devenu adepte du bouddhisme puis moine. Depuis 1989, il est interprète français du Dalaï-lama, auteur et traducteur de nombreux livres en rapport avec le bouddhisme, dont le premier fût écrit avec son père, le philosophe Jean-François Revel ("Le Moine et le Philosophe").

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