Livres/BD/Mangas

Séduire Isabelle A.

Un parfum déjanté et joyeux d'"En attendant Bojangles"
De Sophie Bassignac
Editions JC Lattes

Lu / Vu par

Nolwenn Jaumouillé
Publié le 17 oct . 2016

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Isabelle l'avait prévenu que sa famille était spéciale. Spéciale, c'est un euphémisme pour Pierre Réveillon, journaliste politique éduqué dans un milieu bourgeois bien rangé - d'aucuns diront coincé.  

Pourtant, il n'a pas le choix. S'il veut mener à bien son projet d'épousailles avec son hystérique et envoûtante petite amie Isabelle, Pierre doit passer l'épreuve du feu : une semaine à la campagne avec sa potentielle future belle-famille.  

A peine arrivé, le trentenaire parisien découvre avec horreur l’univers déjanté de la famille Pettigrew, d’où jaillissent les cris stridents de cette tribu d’originaux, de l'écrivaine de romans érotiques à la gamine mystique, en passant par le grand-père adultère qui écrit des haïkus à une étudiante coréenne, le beau-frère taxidermiste ou la mère qui déblatère à longueurs de repas sur sa ligne de lingerie fine... C'est trop de poésie pour Pierre, qui comprend rapidement qu’en se mariant avec Isabelle, c’est toute la clique qu’il devra épouser.  Mis à l’épreuve dans des situations toutes plus absurdes les unes que les autres, il n’a rapidement qu’une envie : fuir. Mais il sait quel en serait le prix : renoncer à Isabelle. 

Il s’agit dans ce roman léger du heurt culturel entre des univers familiaux diamétralement opposés, entre une éducation ordonnée et sans remous, et le chaos enchanteur d’une famille où la folie est la règle.  

Points forts

Séduire Isabelle A. est une histoire légère, et c’est ainsi qu’il convient de l’aborder. La plume aiguisée et pleine d'humour de Sophie Bassignac sert un texte foisonnant d'images: un roman qui se lit comme du petit lait dans le métro, au petit déjeuner ou avant de s’endormir, et nous plonge dans une atmosphère délurée qui fait travailler l’imagination. Du regard effaré de Pierre sur ces personnages farfelus qu’il doit apprivoiser naît tout le comique du roman. 

Points faibles

Je n'ai pas tant de critiques à faire à ce roman dans la mesure où il ne prétend à rien d'autre que ce qu'il est: une histoire légère. Mais j’en garde un petit goût de trop peu : les nombreux personnages, nés d’idées originales, sont abordés un peu superficiellement. On regrette de ne pas faire plus ample connaissance avec eux.  Et si l’auteur met intentionnellement tout son talent au service de l’univers qu’elle dépeint, l’intrigue en est rendue un peu trop facile. On ne s’attache pas tant à l’histoire ou aux personnages qu’à l’atmosphère générale dans laquelle ils évoluent.  

En deux mots ...

Un sujet qui touchera assez largement, traité avec beaucoup d'humour et de tendresse. On sent derrière les lignes le sourire de Sophie Bassignac qui s’amuse à nous entraîner dans cette famille de timbrés, un univers qui m’a parfois rappelé celui du roman d’Olivier Bourdeaut En attendant Bojangles. 

Une phrase

- « Sur une double page, la coupe d’un robot girafe dévoilait une intense vie intérieure faite d’escaliers, d’ascenseurs, d’un système d’évacuation des eaux usées et même d’un self-service avec diffuseur de brume rafraîchissante. Partout des flèches, des légendes explicatives, des radars, des aspirateurs et des tapis roulants. Pierre s’attarda sur un androïde plieur de serviettes puis sur une machine à faire caca dotée d’une effrayante pince articulée. Plus loin, il découvrir une machine à plumer les oiseaux, une balle de tennis télécommandée, un appareil à récolter les mensonges qui ressemblait à une grosse mouche en métal. » (p.93-94) 

 - « Pierre détourna les yeux. Le spectacle du vieux couple Pettigrew flirtant à découvert le mettait très mal à l’aise. Selon lui, l’amour était l’affaire exclusive de la jeunesse. Il n’avait jamais vu ses parents s’embrasser ou se tenir la main en public. Il les considérait plutôt comme les patrons d’une entreprise familiale qui faisait de gros bénéfices et c’était très bien ainsi. » (p. 109)

L'auteur

Sophie Bassignac est née à Dieppe en 1960. Après des premiers romans remarqués tels que « Les Aquariums lumineux », « A la recherche d’Alice » ou « Mer agitée à très agitée », l’écrivaine française publie avec Séduire Isabelle A. son huitième ouvrage.  

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