La confrontation
Parution en octobre 2025
167 pages
17,9 €
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Thème
La situation n'est pas banale. Il est retranché dans une école maternelle en Normandie et a pris la classe en otage. Pour Emile, le négociateur du GIGN, la tâche est naturellement ardue. Mais là, la complexité atteint son paroxysme : le preneur d'otages dit être Elon Musk, le "génie" américain de l'intelligence artificielle, de l'exploration spatiale, des véhicules électriques et ex Secrétaire d'Etat du second mandat de Donald Trump ! Comment démêler le vrai du faux, sachant que le milliardaire était effectivement en France pour un congrès ? Et que veut-il ? C'est l'objet de ce roman un tantinet dystopique, qui a pour sujet majeur l'intelligence artificielle et les réseaux sociaux, avenir ou perte pour le genre humain.
Ces enfants seront-ils sauvés car élèves d'une école sans écrans, sauvés parce que innocents ou potentiellement supérieurement intelligents car ils en seront préservés ? Est-ce l'intelligence ou l'avilissement qui sauvera l'humanité ? Attention, derrière ce fait divers dramatique se cache une réflexion aussi profonde que provocante. Au terme de ce bras de fer, que va découvrir Emile ?
Points forts
Ce résumé a pour but de vous donner une idée de la tension de l'histoire, la surprise d'en découvrir le sujet, les développements et le dénouement.
Ce roman est surprenant, bien écrit, haletant et effectivement délicieusement provoquant.
Sans rien révéler du preneur d'otages, disons qu'il porte une réflexion plutôt extrême sur l'avenir de nos sociétés numériques, que l'on pourrait qualifier de "sans filtre", à l'image du personnage.
Le dialogue entre Emile et Elon, les personnages secondaires, les temps de respiration d'Emile, rythment le suspens et permettent de comprendre aussi la psychologie d'un négociateur dans pareille situation.
Le roman est parfaitement documenté, qu'il s'agisse des acteurs de l'intelligence artificielle, des modes de fonctionnement des réseaux sociaux et des influenceurs transhumanistes ou libertariens. Si vous en doutiez, l'auteure le précise, "certains faits sont réels", et notamment les conséquences de la suppression ou de la drastique diminution des modérateurs sur les réseaux sociaux.
Ce roman ne manque pas non plus d'humour.
Quelques réserves
Selon que vous êtes un utilisateur régulier ou compulsif des réseaux sociaux, vous risquez d'être un peu ébranlé par le raisonnement du preneur d'otage. Mais ce point de vue dépend aussi du vôtre sur le sujet. S'il fallait un peu de provocation pour extrapoler leurs effets (déjà dénoncés) sur notre avenir et sur votre égo, ce roman va peut-être vous heurter.
Plus objectivement, certains dialogues paraîtront peut être un peu longs et complexes aux non experts du monde des nouvelles technologies de l'information.
Encore un mot...
Roman ou conte philosophique ? La question se pose nécessairement la dernière page tournée, et c'est la bonne surprise de ce livre original. Il se lit vite, et même avec avidité. La situation est tellement improbable, qu'on se demande évidemment comment cela peut finir. Clara Dupont Monod fait jouer à ses personnages, avec une conviction certaine et une certaine jubilation, des rôles de lanceurs d'alerte. Car il est clair qu'elle ne se laisse pas porter par le courant des béatitudes de bon aloi sur la liberté des réseaux sociaux et l'avenir radieux promis par l'usage de l'IA.
Dans les contes de notre enfance, on sait que l'ogre mange ses enfants. On sait que ce n'est pas vrai, mais on tremble un peu, et finalement, on se méfie des trop belles promesses. Alors il n'est pas impossible que cette "confrontation" aux affirmations vengeresses vous laisse quelques nuages dans la tête sur l'impact des appels à la mobilisation ou à la haine, sur le travestissement de la vérité, et plus largement sur le présent et l’avenir des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle !
Une phrase
- Le preneur d'otage : " Il a suffi de sortir les grandes valeurs pour que je passe pour un héros ! Personne ne s'est demandé si la "liberté d'expression" consistait à transformer un réseau en sac à vomi, en caméra voyeuriste, en prêche sanguinaire ou en déluge d'images tronquées, personne ne s'est offusqué de la vente des données personnelles à des boîtes de publicité, personne ne s'est interrogé tout court, j'ai eu tout le temps de mettre en pratique cette évidence : notre pérennité passera par le triomphe de nos archaïsmes. Et non pas, comme on l'a cru pendant si longtemps, par notre civilisation. Religion, réflexe moutonnier, loi du plus fort, femme réduite à un accessoire... Ces merveilleuses notions appartenaient au passé, ce sont les nôtres aujourd'hui. La régression est notre avenir. Regardez l'image de la femme sur les réseaux : trouvez-vous normal qu'elle soit aussi dégradée ? Non, car vous êtes encore vertébré. Donc, ancien. Il faudra bien, pourtant, que vous réalisiez que les réseaux sociaux sont les fossoyeurs de l'émancipation féminine, avec les applaudissements des concernées." Page 24
- Le GIGN et Emile : " « C'est lui.- Pardon ?
Je sais que ça paraît fou, mais après tout cet adjectif colle si bien au personnage.
Attendez... Vous êtes en train de me dire qu'il s'agit d'Elon Musk ?
- Oui. »
Le préau où nous nous trouvons a beau être vaste et haut, rempli de matériel de gymnastique, la température est montée d'un coup. Personne ne bouge, n'empoigne les radios, personne ne respire ; ni la PJ, ni mes hommes. Seuls ceux du FBI me fixent en silence, et je saisis qu'ils savent, ils ont déjà l'information, Shirley les a avertis durant le voyage, ils sont sur le pont.
Quelque chose d'énorme est en train de se mettre en marche. C'est un impensable qui surgit là, sous nos yeux effarés, entre des cerceaux de plastique colorés et des tapis de mousse…" Page 81
L'auteur
Clara Dupont-Monod est journaliste et écrivain. Plume pour Cosmopolitan ou Marianne, ou Voix sur RTL, Radio France, Canal ou France Inter. S'adapter est son neuvième roman a reçu le prix Femina, prix Goncourt des Lycéens et le Prix Landerneau des lecteurs fin 2021. Le roi disait que j'étais diable, publié en 2014 sur Aliénor d'Aquitaine reçoit le Prix Point de vue et a contribué à une émission des Secrets d'Histoire de Stéphane Bern. Révolte, publié en 2018, fut également sélectionné pour le Prix Goncourt et le Prix Fémina. Elle est également directrice littéraire aux Éditions JC Lattès. Pour mémoire, La confrontation est publiée dans la collection L'envers du décor, de l'éditeur Albin Michel. Dirigée par Marc Dugain, cette collection s'attache aux pans cachés, sciemment ou pas, d'un fait historique ou contemporain.
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