Jours de révolte
Traduit du chinois par YL
345 pages
23 euros
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Thème
Deux étudiantes, un cousin, leurs amis, leurs compagnes et compagnons, d’autres nombreux étudiants, leurs professeurs, s’impliquent courageusement dans la révolte de 2019 à Hong Kong. Il s’agit de s’opposer aux nouvelles lois de sécurité nationale imposées par le gouvernement chinois.
L’ouvrage est divisé en 3 grands chapitres, Des quotidiens de lutte, Un quotidien, Des luttes au quotidien, ce qui traduit déjà la grande constance des opposants.
Les allers et retours dans le temps, au fur et à mesure que nous accompagnons les multiples personnages, composent un récit détaillé, précis, fourni, intimement confié, de leur vécu, de leurs rencontres. S’ajoutent des souvenirs de leur jeunesse et de leur parcours lors de cette période cruciale pour Hong Kong.
Hong Yi surnommée Panda, son cousin A Mak, Lan la mère de celui-ci, son ex compagne Chen Ruo et Zhao Jia, He Sen, Lin Huai, Shu Ya, Jiang Yang, et les autres, sont les acteurs attachants de cette page d’Histoire. Maints comités de travail, réunions, exposés, confrontations, alternent avec les concours littéraires, les copies à rendre ou à lire, où la réflexion politique est de mise. Introspections, doutes, engagements personnels ou collectifs, physiques et mentaux, nous sont décrits, reflets d’un grand sursaut contre l’oppression. Le livre relate avec force l’agitation grandissante de la rue et des campus, sa répression policière violente ; gaz lacrymogènes et leurs impacts sur les visages et les mains, arrestations, disparitions, sont le lot quotidien de ceux qui tentent de conserver une démocratie fragile et condamnée .
Sont ainsi exposés au lecteur le travail de concertation des étudiants et de leurs professeurs, leur organisation, les « murs Lennon », manifestation d’expression plastique en phase avec les revendications, les « street-medics », lieux de soins ambulants apportés bénévolement aux blessés. La foule en noir, masquée, déterminée, œuvre à faire plier le pouvoir chinois. Nous suivons les courses poursuites, les vicissitudes et les espoirs de chacun, leurs instants de répit , de repos, de repli sur soi. La fin du livre est plus intense, la lutte est cruciale .
Points forts
Le roman expose avec soin les émotions, craintes, volonté, ténacité, des personnages. Il témoigne de cette année de conflit, de sitting devant les lieux du pouvoir, d’occupation des universités, de courses et débandades infernales dans les rues, les métros, les centres commerciaux. L’auteure transmet réellement les désirs propres des uns et des autres, et nous les ressentons.
Au nom de la liberté et de la démocratie s’installe un esprit de renoncement au confort propre à cette population d’étudiants aisés, travailleurs, probablement ambitieux.
Gigi Leung Lee-Chi confie leurs états d’âme au jour le jour, leur sacrifice d’un monde d’aisance matérielle pour un avenir meilleur. Elle décrit avec des mots simples, sans ostentation ni envolées lyriques ou passionnées, la vie de Panda, de A Mak, de He Sen, et de tous les autres. C’est ainsi le reflet d’un peuple d’étudiants, assez loin du romantisme, un peuple lisse, ballotté entre action, découragement, désarroi, un peuple déterminé plus qu’en colère ou violent, un peuple en danger.
Quelques réserves
Nous ne savons pas, ou très peu, si le reste de la population de Hong Kong, témoin de ces jours de révolte étudiante, s’implique ou non aux côtés de ces hommes et ces femmes masqués, de noir vêtus.
Les retours en arrière sont très nombreux, ainsi que pour les personnages concernés, et le lecteur peut s’y perdre s’il n’est pas bien attentif.
Encore un mot...
Le récit fait la part belle à la pensée profonde, aux interrogations, raisonnements, recherches et découvertes littéraires et politiques, pensées existentielles. Tous sont animés du souhait d’une réalité future qui serait juste et vraie. Leur sincérité est émouvante, tant le pouvoir en face est pernicieux. Ces opposants sont-ils des émeutiers comme disent certains ? Quelques étudiants pro-chinois émergent et la suspicion grandit ; à côté des arrestations et disparitions , les élections promises s’organisent ; elles auront lieu ; et après …
Le livre suscite bien des questions, ce qui est probablement sa fonction.
Une phrase
« L’indignation, le sarcasme et le chantage affectif sont les aiguillons les moins efficaces. Le fugace sentiment de honte qu’ils génèrent se flétrit rapidement, ne laissant qu’une fine pellicule plastique falote et desséchée. Les remords, même conscients, se transforment en une croix trop lourde et mènent à la dépression. Toute mobilisation doit se faire en douceur, avec patience, pour distiller de l’espoir. Personne ne se met en branle après qu’on l’a pointé du doigt et humilié.
Ils étaient encore jeunes : ils ne savaient pas que la droiture et la probité sont vite évacuées par le tamis de l’amour-propre. L’école ne le leur avait pas appris. » Page 238
L'auteur
Gigi Leung Lee-Chi, née en 1976 à Hong Kong, est actrice, chanteuse, compositrice, parolière et écrivaine.
Elle étudie à l’université polytechnique de Hong Kong et devient actrice pour le réalisateur
Lee Chi-Ngai dans les films Doctor Mack et Full troll, alors qu’elle termine son diplôme en 1995. Puis elle a joué dans une vingtaine de films.
Love myself, son premier album de chansons, paraît en 1996.
Son livre Jours de révolte paraît en 2022 chez Ecus cultural enterprise
Gigi Leung Lee-Chi est très présente dans les œuvres caritatives, notamment pour la construction d’écoles en Chine pour les enfants pauvres, et est ambassadrice de l’UNICEF et de la WWF Hong Kong.
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