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Si rude soit le début

Un voyage décapant dans l'Espagne post-franquiste des années 80
De Javier Marias
Editions Gallimard

Lu / Vu par

Jean-Pierre Tirouflet
Publié le 24 fév . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Par le truchement du narrateur, Juan de Vere, un jeune homme employé comme secrétaire par un brillant cinéaste espagnol, ce gros livre de près de 600 pages explore le couple, désuni, formé par le cinéaste, Eduardo Muriel, et son épouse Beatriz Noguera, dans l’Espagne post franquiste de 1980. L’époque, celle de la Movida, est à la libération des mœurs, d’autant plus effrénée que la chape de plomb de la dictature vient de tomber. Pour autant elle continue de marquer les esprits et d’influencer les comportements.

Le narrateur s’efforce d’élucider le secret à l’origine de la déchirure du couple de son employeur.

Points forts

Le roman campe le décor de l’Espagne à l’orée des années 1980 : une société qui reste marquée par le franquisme, que Marias décrit comme une période ne laissant aux opposants d’autre choix que l’exil ou la misère, voire pire, période propice aux trahisons et à l’imposture, thème récurrent dans la littérature espagnole contemporaine (JM de Prada, J Cercas) et évidemment central dans ce roman. C’est bien sûr le développement de ces thèmes, à travers une intrigue magistralement construite, autour de deux mystères dont l’un est un leurre,  qui fait l’intérêt majeur du livre.

Certains y verront des aspects proustiens, par la finesse des analyses menées sur les sentiments, les émotions, les souvenirs.

C’est aussi un magnifique roman d’apprentissage, une éducation sentimentale et une ouverture sur la vie pour Juan, le jeune héros.

Enfin, en 600 pages, Marias livre une brillante réflexion sur la vie, sur l’amour, sur le pardon…

Points faibles

C’est long, bourré de digressions qui rendent parfois difficile de suivre le fil du récit. La lecture demande application et concentration.

Certains personnages secondaires, comme le docteur Van Vechten, manquent peut-être de vérité humaine et d’épaisseur; c’est pourtant le sujet d’un des deux secrets que le narrateur s’efforce de mettre au jour. Mais n’est-il pas là uniquement pour caractériser l’imposture qui se nourrit de la dictature ?

En deux mots ...

Un roman magnifique qui offre bien des clés pour comprendre l'Espagne contemporaine.

Un extrait

« A quoi bon vouloir empêcher, éviter, punir et même savoir, l’histoire est pavée d’abus minuscules et de majeures infamies contre lesquels nous ne pouvons rien, et sous lesquels nous croulons : que gagnerions nous à en savoir trop long à leur sujet ? Ce qui se passe est passé, irréversible, tels sont la terrible évidence, le poids écrasant des faits. Sans doute vaut-il mieux hausser les épaules, hocher la tête et ignorer, accepter qu’ainsi va le monde. »

L'auteur

Javier Marias est un des plus grands écrivains espagnols vivants: romancier, essayiste, scénariste de cinéma, traducteur… 

Encore étudiant, il a publié son premier roman en 1971 (Los Dominios del Lobo) et a été traduit en français à partir de 1986 avec L’Homme Sentimental. 

La plupart de ses romans ont connu de grands succès (Le Roman d’Oxford, Un cœur si Blanc, Ton Visage Demain…). 

Académicien, il a reçu de très nombreux prix et distinctions ; on le dit sur la liste des “nobélisables“.

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