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Sur les chemins noirs

Attention, nostalgie: point trop n'en faut
De Sylvain Tesson
Editions Gallimard

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 07 nov . 2016

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Pour se remettre d’aplomb après la mort de sa mère et une sévère chute du toit sous l’empire de vapeurs fortes, rien ne vaut la marche. Entre Tende et la pointe du Cotentin, l’auteur trace une diagonale qui épouse les terres abandonnées par le progrès. Pendant deux mois et demi, ses "chemins noirs" forgent sa douloureuse recouvrance, mènent ses songes, campent ses nuits au pied des arbres ou lui découvrent des gîtes de fortune. Ces chemins endurent, dévalent, arrêtent, contournent, surplombent, admirent les monts, plaines, vallons, orées et lisières, abordent des villages cachés, éteints, muets, où seul l’essentiel a survécu et les anciens reviennent mourir. Dans des digressions nostalgiques, Tesson renvoie la modernité dans ses territoires laids et uniformes. A ses yeux, il n’y a grâce que pour le paysage, les éléments et la vérité de la terre.

Points forts

L’écrivain-voyageur me soumet toujours à la double peine : l’admiration jalouse pour celui qui peut marcher et pour celui qui sait écrire. Ce préjugé favorable est ici conquis par son projet, son choix d’itinéraire, ses rencontres avec de rares taiseux, ses efforts pour revenir à une vie pleine et ses superbes trouvailles de mots. La dernière étape métropolitaine de son incessant tour du monde voudrait ressusciter la France de l’ombre, à la splendeur abandonnée, avec sa géographie minérale et aristocratique défigurée, imprégnée d’histoire et de légendes, embaumée de toutes les senteurs d’un pays béni et pourtant malheureux.

Points faibles

Elle n’y parvient qu’en partie. Le passé simple du récit est un indice de faiblesse : l‘espace donné à la nostalgie gêne à la longue. Au fil du voyage, Tesson s’évade de sa belle trace, pure et aérienne, pour pointer du regard les marques laides de la modernité, le vide du progrès, l’illusion mondialisée de la vitesse,... tout ce qui tuerait l’éternité. Par moments, c’est comme une marche punitive pour ceux des paysages et des villes qui ont dérogé à l’intemporalité, à la quête idéalisée d’un beau et d’un passé irréels. Je veux bien le suivre sur les crêtes, vibrer à toutes les beautés, m’enraciner comme le chêne centenaire sous lequel il cherche le sommeil, mais je veux laisser les idées noires au fond du sac et ne retenir que la joie de l’effort du lecteur assoiffé de partager une espérance.

En deux mots ...

En version originale, une belle ode - solitaire le plus souvent - aux chemins oubliés de la France éternelle, sous-titrée d’un pamphlet contre les empreintes du progrès.

Une phrase

"Les rivières ont-elles la nostalgie de leur source ?"

L'auteur

« Gueule cassée » du temps de paix, Sylvain Tesson s’est fait un prénom en quittant le domicile national en quête des dernières terres où l’on ne demande pas de permis de séjour aux aventuriers. Depuis vingt ans, sa bourlingue a été traduite en vingt-quatre ouvrages dont les titres ne respirent pas l’air du temps. Il y est question de montagnes, de forêts, de steppes, d’étoiles, de monde vagabond, de lacs et de lunes,… Bref, rien des centres « d’intérêt »  des clones lassés qui hantent les plateaux télévisés de la littérature contemporaine.

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