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Totalement dépassés

Un regard très personnel et irrésistiblement drôle sur le monde d'aujourd'hui !
De Gérald Sibleyras
Éditions de Fallois - 140 pages

Lu / Vu par

Philippe Jousserand
Publié le 18 mai . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Des hommes et des femmes d’aujourd’hui se confient. Personnages fictifs, ils apportent leur témoignage ou racontent une aventure qui leur est arrivée, surprenante, incongrue. Des autoportraits imaginaires mais plus vrais que nature dans ce monde actuel en plein bouleversement.

Points forts

1) Il s’agit d’un recueil très drôle de petits témoignages fictifs, assez courts, de deux pages en général. Tous sont écrits à la première personne du singulier, précédés du nom et de la fonction de chaque narrateur.

L’éditeur les présente comme des « nouvelles ». Il serait plus juste de dire qu’il s’agit de brefs monologues (Gérald Sibleyras est un auteur de théâtre et certaines de ces pages sont extraites de sa nouvelle pièce, « La Récompense », jouée actuellement au théâtre Edouard VII). D’ailleurs des comédiens seraient bien inspirés de les interpréter sur une scène car il y a là matière à composer un spectacle hilarant.

2) Tous les personnages sont tellement naïfs qu’ils ne se rendent pas compte que la modernité leur joue des tours ou tellement candides qu’ils foncent tête baissée dans les excès du jeunisme.

Comme Martine, témoin d’un duel dû à la collecte des bouchons en plastique, Fadela qui ne donne pas suite à l’homme qu’elle vient de rencontrer car il illustre ses SMS d’émoticônes, Aurélie qui engage sur internet une fée finalement « pas sympa » pour animer le goûter d’anniversaire de sa fille, Renée qui croit que se prépare une séance de spiritisme alors qu’elle a été invitée sans le savoir à une partie fine, ou Bertrand - véritable running-gag - qui oblige sa famille à parler anglais à la maison « to be ready for the mondialisation »… Ils sont irrésistibles de drôlerie.

3) On pense à Sempé pour les réflexions désopilantes des personnages, à Françoise Dorin pour l’ironie mordante de l’auteur à l’égard de la modernité à tout crin, à Alan Bennett et ses « Moulins à paroles » pour la maestria de la facture.

Mais hors du sillage de ses grands aînés, Gérald Sibleyras est un excellent auteur, un vrai, avec un regard singulier sur notre monde et un style très personnel, rythmé, concis, doué du sens de l’accroche et de la chute.

Points faibles

1) Deux témoignages sont un peu ratés, en tout cas bien moins réussis que tous les autres. Celui d’Adrien, en page 52, tombe comme un cheveu sur la soupe. Confronté à la violence urbaine dans un autobus, Adrien reste passif comme tous les autres voyageurs alors qu’un jeune homme se fait agresser à côté de lui. Traité sans aucun décalage, sans aucun humour, ce texte terrible tranche avec le ton des autres et met le lecteur assez mal à l’aise.

2) En page 127, Gérald Sibleyras raille Jérémy qui à chaque attentat (Charlie Hebdo, Hyper Casher, Bataclan, Nice) vient déposer des bougies dites « chauffe-plat » sur les lieux du drame. Mais le persifflage fait ici long feu : le sujet ne prête pas vraiment à sourire.

En deux mots ...

Le monde d’aujourd’hui vous agace et parfois même vous insupporte à cause de ses excès, de ses délires, de ses fausses valeurs et de ses vrais snobismes. Lisez vite « Totalement dépassés ». Gérald Sibleyras, l’auteur de ces cinquante-trois courts récits, pratique malice et raillerie, et vous donnera la sensation délicieuse d’être vengé.

Un extrait

Guillaume à son amie Charlène qui lui reproche ses sempiternels jeux de mots idiots : « Tu ne comprends pas, j’ai un humour décalé. À la Canal… Je fais des jeux de mots pas drôles, et c’est ça qui est drôle ! On va quand même pas se quitter pour ça ! 

L'auteur

Né en 1961, Gérald Sibleyras est l’un des auteurs à succès du théâtre privé.

En collaboration avec Jean Dell, il a écrit notamment « Un petit jeu sans conséquence » et « Une heure et demie de retard ». En solo, il a composé « La Danse de l’albatros » pour Pierre Arditi, « Le Banc » pour le duo Chevallier-Laspalès ou « Un avenir radieux » pour Isabelle Gélinas. Sa pièce « Le Vent des peupliers », créée à Paris par Georges Wilson, Jacques Sereys et Maurice Chevit, a reçu à Londres le Laurence Olivier Award de la meilleure comédie.

Cette saison, outre cet ouvrage, Gérald Sibleyras a signé « La Récompense » au Théâtre Edouard VII, co-écrit « Silence, on tourne ! » avec Patrick Haudecœur au Fontaine, adapté « Piège mortel » au La Bruyère et co-adapté avec Judith Elmaleh « La Garçonnière » au Théâtre de Paris.

Il ne chôme pas Sibleyras...

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