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Un bon samaritain

Migrants: ce roman n'est que trop vrai...
De Matthieu Falcone
Editions Gallimard

Lu / Vu par

Hélène Kolsky
Publié le 31 déc . 2018

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Les migrants d’Afrique ne sont certainement pas là pour autre chose que les raisons économiques. C’est d’ailleurs ce que dit tout haut Saintonge. Homme fort en gueule. Professeur haut en couleur. Proche des raccourcis racistes diront certains. Mais qui dit aussi la vérité, n’en déplaise aux gauchistes de tous bords. Sauf qu’un soir, à force d’enjamber les trois Africains qui dorment devant le hall d’entrée de son immeuble, il les fait monter. Les installe dans son salon. Contrepied de son discours. Main tendue face à l’inacceptable : laisser des hommes dans la rue. D’ailleurs, comme dit si bien Saintonge, un migrant n'a pas vocation à rester. Il migre. Donc il se déplace. Il va repartir. Est-ce si sûr ?

Points forts

- J’ai aimé la férocité de Matthieu Falcone, son ton, sa drôlerie, la façon qu'il a d'éparpiller façon puzzle «le bobo harassé de néant ». Le bourgeois est vu par toutes ses coutures ; la face pile et sa face d’ombre. Ce besoin si vrai de trouver du sens à sa vie, si bien remplie qu’elle en est vide.

- L’étude de la famille : ce qui peut les rassembler, ce qui peut les opposer.

- Le migrant qui au delà de sa condition actuelle, n’en reste pas moins un être humain avec ses aspirations, ses envies, ses besoins, ses dérives

- Le regard des médias, l’époque du dégagisme, la face sombre du consumériste. Tous les ingrédients de notre société occidentale y sont   

Points faibles

Quelques clichés (« il est resté coi à la station RER du Châtelet, comme découvrant le monde, l’envers d’un décor » ; page 169)

En deux mots ...

Les bons sentiments à l'heure des mouvements migratoires. Ce roman raconte ce qu’on sait, ce qu’on espère ne pas savoir. Il n’est que trop vrai. On est chez nous, chez ceux qui lisent ; La culture, ni plus ni moins. Mais voilà qu’il y a irruption du réel. Le réel hic et nunc, les migrants dans lesquels on se cogne, parce qu’ils dorment là, dans la rue, dans la cage d’escalier. Parce que quand on se lâche un peu, qu’on se voit vivre, que celui qu’on aime encore plus ou moins vous voit vivre et qu’on a bu un coup de trop, on les ramène chez soi. Le coup de trop qui fait qu’on se sent humain. Avec les interdits, les impossibilités qui tombent, le surmoi qui vacille. Les amis applaudissent, mais n’imitent pas. Le sauveur devient tour à tour persécuteur et persécuté. Tout le monde à un moment à un autre de sa vie joue à ce Jeu psychologique, « les blancs comme les migrants ». Nous sommes au XXI  siècle et pourtant c’est bien d’une farce qu’il s’agit, genre théâtrale toujours d’actualité.

Un extrait

« Yafa, plus chétif, avait sans doute moins profité des bontés de la vie, il n’était pas loin d’être laid. Il avait des roseurs obscènes ça et là sur la tronche, comme si l’Européen, tel un psoriasis insistant, le démangeait sous sa carapace d’Afrique et qu’il n’eut pu s’empêcher de gratter » (page 122)

L'auteur

Matthieu Falcone est né en 1982. Il vit en Provence, dans un village près de Manosque. Il fait son entrée dans la carrière littéraire avec ce premier roman.

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