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Un été avec Machiavel

Vaudrait beaucoup mieux que sa réputation
De Patrick Boucheron
Editions Equateurs Parallèles

Lu / Vu par

Jean-Pierre Tirouflet
Publié le 07 nov . 2017

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Ainsi Machiavel ne serait pas machiavélique ! C’est en tout cas l’opinion - assez largement admise par ceux qui l’ont lu - que tente de vous faire partager Patrick Boucheron avec son Un été avec Machiavel, édition de chroniques de vulgarisation diffusées sur France Inter, l’an dernier. 

Rappelons que la vie de Machiavel s’étend sur la fin du XVème siècle et le début du XVIème siècle. Il est notamment contemporain d’Alexandre VI, le pape Borgia et de son fils, le terrible César Borgia, dont on a fait le modèle du Prince, titre français du plus connu des nombreux ouvrages du fonctionnaire et diplomate florentin.

Points forts

Comme tout ouvrage de vulgarisation, celui de Patrick Boucheron a l’immense mérite de faire connaître à un public plus large, un auteur dont la renommée ne doit pas dépasser les spécialistes de sciences politiques ; d’autant que siLe Prince est relativement diffusé, les autres ouvrages de Machiavel sont restés plus confidentiels.

Boucheron semble avoir été assez tôt un soutien d’Emmanuel Macron. Même si les chroniques datent de l’an dernier, les recommandations qui en émanent à l’endroit des hommes politiques ne sont pas dépourvues d’analogies avec la situation présente de la France.

Les éléments de biographie de N. Machiavel, le contexte historique brossé avec brio par notre auteur, rappellent à la fois l’extraordinaire richesse intellectuelle et culturelle de cette Renaissance italienne et le chaos monumental dans lequel se débattaient ces Cités-Etats transalpines.

Enfin, Patrick Boucheron démontre brillamment que vulgarisation n’exclut pas nécessairement finesse d’analyse.

Points faibles

Le format des chroniques radiophoniques impose des contraintes qui, parfois, limitent la pertinence de l’analyse. L’auteur est conduit à sélectionner le thème de sa chronique, à forcer le trait, a fortiori dans la chute de son propos.

Le propos d’ailleurs, pour être démonstratif, est souvent alambiqué et peu convaincant, parfois spécieux. Ainsi, Boucheron s’efforce de démontrer que Machiavel n’a jamais affirmé que « la fin justifiait les moyens », car « on ne saurait justifier la fin par les moyens puisque au moment où on agit, la fin nous est inconnue » : étrange confusion de la fin, comme but poursuivi et de fin comme extrémité, résultat de l’action ; l’homme d’Etat agirait-il sans objectif ?

En deux mots ...

Un livre court, bien documenté, sur un maître de la pensée politique dont Patrick Boucheron, même s'il est parfois emporté par sa vision du sujet, parvient à rendre le caractère très actuel.

Un extrait

« L’art politique est comme la médecine… le diagnostic machiavélien se lit dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live : la bonne santé du corps social résulte de l’équilibre de ses humeurs, c’est-à-dire non pas d’un ordre politique qui nierait les troubles mais d’une organisation des désordres sociaux ».

L'auteur

Professeur au Collège de France (chaire de l’histoire des pouvoirs en Europe Occidentale XIIIème – XVIème siècles), normalien, historien, spécialiste du Moyen Age et de la Renaissance, Patrick Boucheron est également président du Conseil Scientifique de l’Ecole Française de Rome.

Marqué à gauche, il a dirigé la publication d’une Histoire mondiale de la France qui s’inscrit en faux contre le « récit national », qu’il considère comme une « offensive idéologique ».

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