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Un Faux pas dans la vie d'Emma Picard

De Mathieu Belezi
Editions Flammarion
Publié le 28 juin . 2015

Recommandation

4,0En prioritéEn priorité

Thème

Un faux pas dans la vie d’Emma Picard est le troisième tome de cette trilogie.
Le récit se situe à la fin des années 1860, époque où il convenait de repeupler une Algérie
décimée. C’est l’histoire dramatique d’une veuve de guerre, mère de quatre garçons, qui
accepte l’offre qui lui est faite par l’administration française d’une terre de 20 hectares dans
le nord de la Kabylie. Elle raconte ces années de dur labeur familial, confrontée à une terre
rebelle qui ne lui rend pas le fruit de son travail et qui lui fait vivre des épreuves atroces - la
sécheresse, le froid, la famine, la dysenterie, la cupidité des usuriers, l’invasion des
sauterelles, les tremblements de terre… Ils tombent malades, un fils meurt, son amant s’en
va… Courageuse au-delà de l’imaginable, dès le lendemain elle retrousse ses manches.

Points forts

1 Le contexte : Bien que n’ayant pas d’attache particulière avec l’Algérie, Mathieu Belezi a
travaillé pendant 10 ans sur le thème de la colonisation de ce pays. « J’ai eu envie, écrit-il
de mettre en pleine lumière ce qui avait été tenu si longtemps dans les obscurités de
l’histoire de France. »
2 La documentation : Le quotidien paysan au travail dans ces terres, la météo désespérante, les catastrophes naturelles, tout est étayé sur une connaissance approfondie de la réalité historique, creuset de cette tragédie, de même que l’analyse sociétale de ces colons pauvres, de leurs moeurs, de leur religion.
3 L’authenticité : ce roman haletant, fiévreux, exprime cette tranche de vie avec tant de vérité et de réalisme que le lecteur la vit lui-même.
4 Un parti pris d’écriture en duo original et efficace : la narratrice s’adresse alternativement et simultanément à elle-même et à Léon, le seul rescapé de ses fils, sans doute en état de coma. Dans l’urgence de dire, dans sa simplicité, il semble qu’elle s’adresse de cette manière à Dieu et à l’humanité entière. La ponctuation très particulière donne à l’écriture un rythme en accord avec toute cette dureté dissonante.
5 Une expression touchante des sentiments : l’amour familial se vit dans l’ensemble de l’histoire comme dans ces repas à l’ombre qui forment quelques points d’orgue bienvenus ; la vitalité du personnage d’Emma, sa vertu et son immense fierté témoignant d’une éducation alsacienne de la fin du XIX ème siècle ; son amour, sa force, et sa culpabilité d’avoir fait ce choix de vie trop dur pour sa famille, sont déchirants ; le dévouement des enfants, celui de son amant qu’elle refuse de suivre par fierté, celui du serviteur kabyle, tout n’est que courage.

Points faibles

Je n'en vois pas

En deux mots ...

Après une telle lecture, vous aurez honte de critiquer un champagne trop tiède ou de râler pour un retard de la SNCF... C’est une lecture qui remet les pendules à l’heure.
Ce roman, je l’ai lu trop vite parce que j’ai partagé la fièvre d’Emma Picard, cette fièvre qui la poussait en toute urgence avant le point final de sa vie, à exprimer admirablement et tout
simplement tant d’humanité et tant de souffrance vécue. C’est une magnifique rédemption par la parole.

Une phrase

« Rappelle-toi Léon, mais ça ne sert à rien, tu vas me dire, les années que nous avons vécues ici nous ont fait tellement de mal qu’il est inutile de se souvenir de quoi que ce soit, ça ne sert à rien.
Et moi je suis sûre que ça sert à quelque chose, tu m’entends, Léon ? J’en suis même tellement sûre
que je ne veux pour rien au monde empêcher vos rires de résonner en moi, de me parcourir des pieds
à la tête en ébranlant mes os rompus de fatigue ».

L'auteur

Mathieu Belezi est le pseudonyme de Gérard-Martial Princeau. Il nait à Limoges en 1956.
Spécialiste de la géographie, Il vit et enseigne dans de nombreux pays, en Louisiane, au
Mexique, au Népal, en Inde, en Grèce, et aujourd’hui au sud de l’Italie. Sa carrière d’écrivain commence en 1999. Il a écrit jusqu’à ce jour 15 romans. Il obtient le prix Marguerite Audoux pour « Le petit roi » et le prix du livre de poche pour « C’était notre terre », le premier tome de sa trilogie sur le thème de la colonisation de l’Algérie.

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Une magnifique rédemption par la parole.

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