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Commandant de sous-marins

Vingt mille mots sous les mers : un embarquement fascinant !
De François Dupont
Éditions Autrement 288 pages, 19 euros

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 06 avr . 2020

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Certains livres font le portrait de leur auteur. Commandant de sous-marins révèle au grand public la partie immergée et méconnue de la Marine française (alias « La Royale »), celle des sous-mariniers que l’amiral François Dupont a côtoyés, commandés et aimés dans les profondeurs océaniques. Un monde à part, de mystère et de silence, qui se fraie une route, tel une goutte d’eau en fuite, dans l’immensité de la mer.

Loin des effets spectaculaires de films comme « Octobre rouge » ou, plus récemment, « Le chant du loup », l’ouvrage raconte la vraie vie sous-marine rythmée par la pendule intransigeante des quarts. La maîtrise technique, l’équilibre harmonieux des responsabilités au sein de l’équipage, les rares moments de fête, la confiance subtile des relations humaines, voilà ce qui fait réfléchir, se tenir et agir un « pacha » de SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins).

Points forts

J’ai eu la chance -rare- de vivre quelques jours à la lumière blanche ou rouge dans l’étroitesse d’un sous-marin diésel classique des années 90. J’ai retrouvé ici, à grande échelle, ce qui m’avait marqué : l’exigence double -en surface comme en plongée- du métier de marin, la rigueur des attitudes et le contrôle des gestes, l’espace pleinement occupé sans place pour le hasard.

Au-delà de la vie droite, réglée et confinée, il y a la mission. Celle du sous-marin en patrouille, celle du fait nucléaire et de la dissuasion qui permet, dans une large mesure, de tenir la guerre à distance à la surface des terres émergées. Celle, en amont, du programme industriel et naval qui lance à la mer un cétacé de métal géant, concentré de technologies, sans faille ni droit à l’erreur. Celle de la préparation opérationnelle et des ordres, au départ comme dans le trouble de la menace ou la joie du retour à la terre ferme. Celle d’une complexe et intense alchimie humaine à l’oeuvre durant deux mois et demi sans savoir -sauf le commandant- où on est et où on va, sans lumière du jour ni contact avec l’extérieur.

Ce journal de bord, le dernier d’un parcours complet de commandant devenu amiral, décrit ce qui nourrit chaque jour à bord et relie 111 vies dans 300 mètres carrés au seul service de la survie de la Nation. Un monde voué à l’invisibilité et à la discrétion, efficace et passionnant. En outre, plusieurs encadrés pédagogiques éclairent le texte sur des points clés du monde des sous-marins.

Points faibles

Hormis ceux qui «connaissent déjà», je ne vois pas qui pourrait refuser de partir en patrouille dans le sillage de Poséidon et de Jules Verne.

En deux mots ...

L’avantage avec la mer, c’est qu’elle offre à chacun sa part de l’immensité du monde

Territoire de l’étrange, milieu préféré du danger, la mer a conclu un pacte millénaire avec la littérature. C’est cette complicité teintée d’admiration, d’amour brut et de crainte dominée que le lecteur recherche. Bleue, blanche, grise ou verte en surface, la mer se pare ici du noir sombre, froid et dangereux des profondeurs.

Humble, clair et sobre comme à son habitude, François Dupont a repris la mer pour cet adieu aux armes de la puissance et aux lointains abysses. Il nous livre les ultimes moments d’intensité et de complicité d’une vie d’officier de marine passée dans la vérité des profondeurs, bien loin de l’écume capricieuse et volatile de la surface des choses.

Un extrait

Visiblement, notre vie est un mystère, sauf pour nous.

Les hommes du Triomphant se savent tous indispensables.

« Damien, vous avez bien mérité vos trois heures de sommeil ! ».

Le bon commandant, c’est celui qui tient, le plus longtemps possible, l’événement à distance de lui.

Notre monde, celui de l’équipage, ne serait que chaos sans l’humain qui partout y affleure.

L'auteur

François Dupont est amiral en 2ème section et Grand Officier de la Légion d’Honneur. Commandant de plusieurs sous-marins, il a commandé le SNLE de nouvelle génération Le Triomphant. Chef du cabinet militaire du ministre de la défense, directeur de l’IHEDN, il a terminé inspecteur général de la Marine avant de diriger le groupe DCI. Conférencier en entreprise, il est très s’investi dans la sphère associative. Son livre vient de recevoir le prix littéraire de l’UNOR (Union Nationale des Officiers de Réserve).

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