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Deux Soeurs

Un bon Foenkinos, mais pas le meilleur
De David Foenkinos
Ed. Gallimard, 176 p., 17 €

Lu / Vu par

Marie-Christine Lebrun
Publié le 25 avr . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Foenkinos, "petit Flaubert"? L'histoire est originale, le roman très bien écrit, mais la deuxième partie est moins convaincante que la première.

Thème

Mathilde nage dans le bonheur, c'est ce que tout le monde croit, elle la première. Sauf qu'Etienne lui, ne se sent pas très bien en ce moment. Enfin il se sent bien, mais... Et il le dit à Mathilde. C'est brutal, violent. Mathilde est désespérée, n'a plus goût en rien. Les jours sont vides, les nuits blanches et les couloirs longs. Agathe, sa sœur, mariée et mère de famille, lui propose alors de venir habiter chez elle. Elle, si heureuse, avec son mari attentionné et son adorable Lili. Heureuse, vraiment ? Mathilde perçoit les failles et s'y engouffre, inconsciemment d'abord, jusqu'au jour où...

Points forts

  • Une analyse fine et sensible du mécanisme de la rupture et de ses ravages.
  • Des motifs romanesques traditionnels, avec de nombreuses références littéraires plus ou moins implicites (Mathide est professeur de français...), mais habilement transposées dans le monde d'aujourd'hui. Que deviennent une scène de première rencontre ou de déception amoureuse à l'époque des réseaux sociaux ?
  • On pourra être amusé par le procédé des « notes en bas de page », précisions apportées par l'auteur, à la manière d'un éditeur ou d'un traducteur.

Points faibles

  • Le roman tourne un peu à l'exercice de style comme si l'auteur répondait en bon élève à la question posée en classe par Mathilde: « je voudrais que chacun d'entre vous écrive un texte à propos de cette expression de « curiosité douloureuse » ».
  • Une deuxième partie moins convaincante, avec une fin attendue.

En deux mots ...

David Foenkinos a l'art « d'embarquer » son lecteur dès les premières lignes. Les paragraphes sont courts et les mots percutants. Prenant comme fil directeur L'Education sentimentale de Flaubert, il s'inscrit dans la lignée du  roman d'apprentissage en lui donnant une tonalité contemporaine, et le récit de l'échec dans la première partie sonne juste. Pour souligner la filiation avec son illustre modèle, il va jusqu'à prénommer le mari d'Agathe Frédéric ! Et c'est à ce moment-là, dans cette deuxième partie, que l'enchaînement des événements se fait moins subtil. Une tragédie domestique moins aboutie que dans la magnifique et glaçante Chanson douce de Leïla Slimani.

Un extrait

« Comme d'habitude, elle arriva à l'heure dans son établissement de la région parisienne. Elle resta un instant dans sa voiture en se disant qu'il lui fallait chasser son désarroi avant d'affronter la vie sociale. Mais les mots d'Etienne la hantaient ; c'était juste une phrase, certes, mais qui prenait l'espace d'un roman russe dans son esprit. Elle s'observa dans le rétroviseur ; étrangement, il lui fallut quelques secondes pour se reconnaître. » P.14

L'auteur

Si ses premiers écrits ont déjà été bien reçus par la critique, c'est avec Le potentiel érotique de ma Femme (Prix  Roger Nimier 2004) que David Foenkinos connaît la notoriété, et surtout en 2009 avec La Délicatesse, roman dix fois récompensé, qu'il adapte au cinéma avec son frère Stéphane en 2011. Il connaît la consécration en 2014 avec Charlotte, et continue à écrire, dans des registres variés, des récits qui font souvent l'objet d'adaptations cinématographiques, comme récemment Le Mystère Henri Pick.

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