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D’un cheval l’autre

Un magnifique texte empli de la passion et de la poésie de Bartabas.
De Bartabas
Gallimard, 320 pages

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 14 avr . 2020

Recommandation

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Thème

Mi-homme, mi-cheval (comme l’a écrit un jour un plumitif en panne d’inspiration), après avoir créé le Théâtre Zingaro en 1984 et de l’Académie du spectacle équestre à la Grande Ecurie du château de Versailles en 2003, le grand Bartabas passe enfin à l’écriture avec  D’un cheval l’autre. Il y évoque ses « premiers pas dans l’écriture de l’âme » et raconte l’aventure théâtrale qui l’a mené du fort d’Aubervilliers, proche banlieue nord de Paris à plusieurs tours du monde. Il raconte sans jamais vraiment se raconter. Au hasard des pages, il admet que, oui, « de Zingaro, je suis l’âme ». Il n’en dit, il n’en écrit pas plus… En ouverture, il rappelle une citation extraite de « Genèse », 2, 19 : « L’Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait ». Celui-ci, donc, fut appelé cheval. Ce cheval qu’a découvert le petit Clément Marty, alors âgé de 5 ou 6 ans. Puis à 17 ans, il s’en va, prend la route, devient artiste de rue. Il est repéré en Avignon pendant le Festival…

Ensuite, il achètera son premier cheval, il se nommera Hidalgo. Et puis Zingaro, la naissance d’une vie, d’une œuvre, d’un genre nouveau qu’on appellera le ” théâtre équestre ” et dont Bartabas sera le grand maître, le grand ordonnateur, le poète ultime. Et puis, tous les autres, tous répondant à ce grand principe édicté par le maître de troupe : “Que mon cheval aussi / soit insolent et bouscule / les convenances”  Dans la caravane des nuits de Bartabas, de A à Z, d’Akim à Zurbaran, d’Angelo à à Zingaro en passant par Barychnikov, Chamaco, Dominguin, Edwin, Farinelli, Hermès, Lucifer, Mazeppa, Pollock, Swann ou encore Terminator… La journée s’achève, la nuit se pointe, « pour éteindre l’insomnie, je les épelle un à un. Longue caravane, sans tambours ni musique, ils défilent lentement dans ma nuit et m’emmènent vers le sommeil, enfin ».

Points forts

-Des chapitres courts pour évoquer et raconter l’intimité et le lien charnel qui unissent l’homme et le cheval.

-Dans toutes les pages, l’homme vit avec ses chevaux mais, dès l’entrée sur la piste (et pas que…), il sait se mettre en retrait. Parce que l’honneur, chez Zingaro, revient encore et toujours au cheval.

-Même s’il évoque les écrits de La Guérinière, Baucher ou encore Nuno Oliveira sur l’art équestre, Bartabas prône une approche différente : l’écoute du cheval par le détail. Il écrit ainsi : « Dresser un cheval ne peut se résumer à la compréhension de sa locomotion et à la résolution de ses résistances physiques. Je dois aussi sonder son âme ».

 -Comme avec le cheval sur la piste, Bartabas l’écrivain manie à la perfection l’art de la pirouette et aussi de la rodomontade.

 -La certitude que Bartabas est bien l’homme qui fait danser les mots aussi délicieusement que les chevaux…

 

Points faibles

A 62 ans, Bartabas -le créateur, mieux : « l’âme » du Théâtre Zingaro- est enfin passé à l’écriture. Quelle merveilleuse idée il a eue !  D’un cheval l’autre, c’est tout simplement, c’est définitivement un magnifique texte empli de passion et de poésie, étourdissant hymne à la beauté de l’équidé, impeccable chant d’amour et d’amitié avec l’animal… 

Un extrait

« C’est l’aube… enfin ! Dans le barn, je les entends tout autour. Ils s’étirent un à un, lâchent des soupirs résignés. Ça tousse et pète comme une chambrée qui s’éveille. Dehors, le chant des oiseaux, timide par intermittence. Il est allongé, là, nu sur les copeaux, tout éteint, sa tête sur mes genoux, mes doigts sans vie sur son chanfrein et son œil qui ne me voit plus. Il est parti… Encore un, parti… Ils sont tous partis, comme on s’endort, sans peur… Et moi, je reste ».

«  Ce que nous vivons à Zingaro,
On ne le voit pas dans les films,
On ne le lit pas dans les livres.
Ici, pas de rôles, ni de romances,
Personne ne se déguise
En autre chose que lui-même.

Ce sont de vrais gens et de vraies bêtes

Qui se jouent de la vie ».

L'auteur

Né à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) le 2 juin 1957, Clément Marty est un écuyer, metteur en scène, scénographe, réalisateur et pédagogue. Il a grandi avec un père architecte et une mère médecin du travail. Dès l’enfance, il se passionne pour les chevaux. En 1977 lors du festival off d’Avignon, à 20 ans, il est remarqué et, très vite, devenu Bartabas, il fonde le Théâtre Emporté et le Cirque Aligre. En 1984, il crée le Théâtre Zingaro (tzigane, en italien). Près de vingt ans plus tard, en 2003, il crée l’Académie du spectacle équestre de Versailles et fait ainsi revivre la Grande Écurie du château. Parmi ses spectacles qui ont fait le tour du monde, on citera  Cabaret équestre  (1984),  Opéra équestre  (1991),  Triptyk  (2000),  Ex Anima  2017) avec la troupe du Théâtre Zingaro, et  Le Chevalier de St George  (2004), Voyage aux Indes galantes (2005) et Les Juments de la nuit (2008) avec l’Académie du spectacle équestre. La soixantaine passée, Bartabas s’est mis également à l’écriture et a ainsi, en ce début d’année 2020, publié D’un cheval l’autre .

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