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Histoire du Consulat et de l’Empire

Le Consulat : Le meilleur de Bonaparte ?
De Adolphe Thiers
Paulin, Paris, 1845

Lu / Vu par

Michel Kerjean
Publié le 02 juil . 2020

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4,0ExcellentExcellent

Thème

Il est contenu dans le titre et développé en 20 volumes plus un Atlas .Nous nous limiterons aux 5 premiers, qui retracent l’Histoire du Consulat.

Volume1: Le Directoire  a vécu, abattu par le coup d’état du 18 Brumaire (9 novembre 1799) .Le destin de la nation est confié à trois consuls dont le premier, le jeune général Bonaparte est le chef incontesté d’une dictature consentie. Il nomme un gouvernement à sa main, savant mélange de politiciens avisés, d’officiers supérieurs, et de technocrates de la Finance et du Droit. L’idéal patriotique du redressement du pays les anime.

 Le travail qui attend Bonaparte est immense. Il doit intégrer les acquis positifs de la Révolution à une nation, assaillie depuis 1798 par la deuxième  coalition, mal défendue par une armée défraichie, financièrement ruinée, mal administrée et où persistent des foyers séditieux. L’épopée du jeune chef, d’essence  militaire, commence alors sur plusieurs fronts, menés simultanément.

 D’abord l’intérieur. Il supprime certaines épines irritatives qui titillent en permanence la société : la loi sur les otages, le sort des prêtres assermentés,  le devenir des acquéreurs de biens nationaux, le sort des émigrés naufragés de Calais  et celui de l’ancêtre de notre ISf : l’emprunt forcé progressif.  Mais ceci est pour lui, si j’ose dire, une broutille. Le gros travail est ailleurs. Il faut une Constitution. Sa rédaction est confiée à Sieyès,  elle sera adoptée en l’an VIII .Il faut de l’argent : il stimule le recouvrement des contributions directes en créant une agence spécifique et en assignant des obligations aux receveurs généraux. Il faut une administration locale solide : il crée le corps des  préfets. Cette dynamique redonne le moral aux Français et les banquiers parisiens s’offrent à fournir un sérieux coup de pouce aux finances.

Ensuite le front extérieur. Pour mettre fin à la deuxième coalition il faut une armée moins misérable, qui ne rechigne plus au combat et touche sa solde : il met à leur tête, sur le Rhin et en Italie, des maréchaux respectés, Moreau et Masséna. Ils vont rapidement exercer leur art. L’obstination  de l’Autriche et de l’Angleterre, sourdes aux pourparlers de paix, rend inévitable la reprise des hostilités, un moment suspendues. Ce sont les victoires d’Ulm et de Marengo, expressions du génie tactique du Premier Consul, illustré par l’épique passage hivernal du col du Grand Saint Bernard.

Bonaparte est bien l’homme providentiel, la France est sur la voie d’une concorde sociale ; nul doute qu’il va réussir à amadouer les dernières résistances internes des extrêmes : le parti des  royalistes et celui des révolutionnaires exaltés….

Volume 2 : il traite de l’évolution péjorative en Egypte après le départ inopiné de Bonaparte, de la tentative d’armistice toujours contrariée par les exigences maritimes de l’Angleterre, de la reprise des hostilités contre l’Autriche avec la victoire de Hohenlinden, de l’attentat de la rue Saint Nicaise et, de la position des pays dits neutres, sujets à de nombreux soubresauts, comme l’implication de l’Angleterre dans l’assassinat du Tsar Paul Ier.

Volume 3 : il traite de la perte désastreuse de l’Egypte, des événements maritimes entre France, Espagne, Pays Bas et Angleterre qui contribuent à la Paix Générale d’Amiens, des démarches diplomatiques qui ont conduit à la signature du Concordat, des positions du Tribunat, organe législatif, sur l’établissement du Code Civil confié à Cambacérès, et du cheminement vers le Consulat à vie.

Volume 4 : le climat idyllique qui suit la paix se dégrade  à propos d’événements  diplomatiques concernant le Saint Siège, la Suisse, les cours Allemandes, la Prusse. Le Premier Consul calme le jeu mais la discorde reprend, cette fois-ci plus sérieuse, avec l’Angleterre à propos de Malte et l’on s’achemine vers la rupture de la paix d’Amiens qui n’aura duré que 13 mois ! Ce volume traite aussi du fantastique projet d’invasion de l’Angleterre à partir de l’énorme regroupement militaire au camp de Boulogne et de la Conspiration du chouan Georges Cadoudal qui échouera mais coûtera la vie à un Condé, le jeune duc d’Enghien, en mars 1804

Volume 5 : l’assassinat de ce jeune aristocrate de grande lignée sera une des causes de l’agitation générale dans les cours européennes et de leur marche vers une troisième coalition contre la France. Celle-ci se tourne vers les idées monarchiques, et se réjouit de la proclamation de Napoléon Premier,  Empereur des Français, le 18 mai 1804.

Points forts

Le style fluide, dynamique ; l’ambiance souvent romanesque mais jamais romantique, l’abondance des informations grâce aux archives ultra secrètes des ministères, l’analyse des situations diplomatiques ponctuées de réflexions dictées par l’expérience et de remarques philosophiques, mais jamais moralisatrices, la puissance de l’analyse économique et bien entendu la description minutieuse, appuyée par les cartes de l’Atlas, des grands mouvements militaires.

Points faibles

L’empathie envers Bonaparte est telle qu’elle pourrait brouiller l’objectivité de l’auteur. De même la proximité des événements pourrait nuire à l'analyse par manque de recul. Et pourtant quand on assiste à un tel spectacle mieux vaut être aux premières loges !

En deux mots ...

 La dernière édition de cet ouvrage date de 2017 et est anglaise ; les deux derniers articles sur « Thiers historien » sont anglais et datent de 1994. Nul n’est prophète en son pays et un tel ostracisme national témoigne de l’amalgame dont est victime actuellement le mal aimé Thiers « historien du siècle » et « libérateur du territoire » .A son époque il fut quand même reçu à l’Académie Française et eut des funérailles grandioses.

Un extrait

Volume 1, page 140 : « M .Sieyès ,après avoir mis à la main du général Bonaparte l’épée qui avait servi à renverser le Directoire, après avoir fait une Constitution, allait livrer la France à l’activité dévorante du jeune Consul, et se retirer, quant à lui ,dans une oisiveté méditative qu’il préférait au mouvement agité des affaires .Le nouveau Premier Consul voulut donner au législateur de la France un témoignage de reconnaissance nationale ….. »

L'auteur

Homme politique et historien français, Adolphe Thiers est né le 15 avril 1797 et  mort le 3 septembre 1877. Avocat et journaliste, sa carrière politique l’amena à  être  deux fois président du Conseil sous la Monarchie de Juillet  et le premier président de la  troisième République de 1871 à 1873. Perçu comme un bourgeois ambitieux et conservateur il est jugé sur ses répressions sanglantes de la révolte des Canuts et de la Commune de Paris, plus que sur ses réformes administratives et sur sa rare intelligence politique qui a permis de sauver la république. Son premier ouvrage « Histoire de la Révolution Française » écrit entre 1822 et 1824 lui ouvrira les portes de l’Académie et sera salué par Chateaubriand, Stendhal et Sainte-Beuve. Le second « Histoire du Consulat et de L’Empire » sera publié en 1845.

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