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HIVER 1814, Campagne de France

De Châlons-sur-Marne à Fontainebleau, le superbe récit de la dernière campagne de Napoléon
De Michel Bernard
Editions Perrin 250 p.

Lu / Vu par

Anne Jouffroy
Publié le 13 jan . 2020

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Thème

La chronique de la Campagne de France, du 26 janvier 1814 aux Adieux de Fontainebleau, le 20 avril 1814. A Châlons-sur-Marne, le 26 janvier, Napoléon prend la tête de son armée pour repousser les coalisés qui occupent, déjà, l’Alsace, la Lorraine et le nord de la Bourgogne.

Cette Campagne de France se déroule entre Bar-le-Duc et Paris, sur un territoire étroit, essentiellement dans cette Champagne que Napoléon connaît bien depuis ses années d’études à Brienne. Il va se battre sur “ses terres”, celles où, dit-il, il est devenu “l’homme”. Ses liens affectifs avec les terres champenoises donnent à cette Campagne de France une coloration particulière, emplie de nostalgie. Il rencontre un de ses anciens professeurs, un vieux prêtre, un ancien condisciple, un émigré rallié à l’Empire, il retrouve les paysages de son adolescence. Il a soixante mille soldats, l’ennemi cinq fois plus. Certes, la défaite est inéluctable mais Napoléon ne veut l’imaginer. 

Il est au sommet de son génie militaire, sa capacité manoeuvrière est aussi remarquable qu’à l’époque de la Campagne d’Italie et il enchaîne une série de victoires avant d’être vaincu par le nombre et le complot. Victoires à la Pyrrhus...sans lendemain! Sa puissance faiblit chaque jour. Il perd ses soldats, la confiance de ses états-majors s’érode, Marmont fait défection, à Paris on veut la paix avec ou sans lui. 

Caulaincourt, son ministre des affaires étrangères, peine à négocier un armistice et une tentative de paix au congrès de Châtillon-sur-Seine car l’Empereur, aveuglé par ses victoires, lui recommande la fermeté. Entre deux batailles, Napoléon continue d’administrer son empire peau de chagrin au hasard des étapes, mais ses maréchaux l’abandonnent. Ils se battent pour défendre la patrie et envisagent l’abdication de Napoléon, lui, se bat pour sauver et recouvrer son empire. Il n’a pas encore renoncé. Il est seul contre tous. Le 31 mars les Alliés entrent à Paris, le 3 avril le Sénat présidé par Talleyrand prononce la déchéance de l’Empereur, le 6 avril Napoléon signe l’acte d’abdication et le 20 avril il part à l’île d’Elbe.

Points forts

- Le choix d’un récit chronologique pour cette Campagne de France si dense, si compliquée, avec ses importants mouvements de troupes et ses nombreux événements militaires, diplomatiques, politiques, économiques.

- La carte des opérations en lieues et kms.

- L’écriture virtuose de Michel Bernard qui nous embarque aux côtés de l’Empereur et de ses officiers dans le crépuscule de l’épopée napoléonienne.

- Les descriptions balzaciennes des paysages et, aussi malheureusement, des horreurs de la guerre.

Points faibles

 Je n’en vois aucun. Si ce n’est que, pour bienvenue que soit la carte, il faut se munir d’une loupe à grand braquet pour suivre les opérations militaires ! Ou, plus simple, prendre une carte Michelin.

En deux mots ...

Ce livre d’Histoire n’est pas un “roman  historique” même s’il se lit “comme un roman” grâce au style élégant et à la sensibilité de l’historien Michel Bernard. 

Encore un ouvrage sur la Campagne de France, me direz-vous ? Celui-ci est un petit chef d’oeuvre de concision, d’émotion et de fidélité historique. 

Les aficionados de Napoléon seront envoûtés par ce “drame shakespaerien” vécu dans la neige, les sombres forêts boueuses...le château de Fontainebleau..le trot de 6 chevaux blancs qui emporte l’homme silencieux vers la Méditerranée...

Un extrait

- “Si leurs intérêts divergeaient, les Alliés s’accordaient sur deux points: Napoléon restait un chef de guerre incomparable et le soldat français, un combattant de premier ordre. La prudence commandait de ne pas favoriser l’union nationale d’un peuple aussi bouillant autour d’un tel capitaine.”

- (Napoléon et ses maréchaux à Fontainebleau:)
“ Le projet de manoeuvre pour reprendre Paris fut accueilli par un long silence. Dans l’espoir de lever la réserve que leurs visages fermés ou embarrassés avouaient, l’Empereur concéda qu’en tout cas il ne pouvait être question de déclencher la guerre civile en France, qu’il préférait encore envisager l’abdication. Ce qui permit de clore la soirée sur cette apparence de point d’accord, au soulagement des convives.

Le dimanche 3 avril […]. L'information sur le vote de sa déchéance par le Sénat circulait dans les états-majors depuis le matin. ”

L'auteur

Michel Bernard, historien, est notamment l’auteur du Corps de la France (prix Erwan Bergot 2010), Pour Genevoix (2011), Les Forêts de Ravel (2015), Deux remords de Claude Monet (2016). 

Son dernier livre, Le Bon Coeur, a reçu le prix roman France Télévisions 2018. Il a déjà publié chez Perrin La Grande Guerre vue du ciel et Visages de Verdun ainsi qu’une préface au Napoléon d’Élie Faure (“Tempus”).

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