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Il faut flinguer Ramirez Acte 2

Le Pulp Fiction de la BD ! OVNI jubilatoire et déjanté !
De Nicolas Petrimaux
Ed. Glénat, 2020 - 139 p. - 22,95 €

Lu / Vu par

Nicolas Autier
Publié le 19 déc . 2020

Recommandation

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Thème

1938, Mexique, Paso del Rio, Santa Pablotel, chambre 403. Hector et Diego prennent les rênes de l’empire du crime dirigés par leurs pères et découvrent le lien de sang et d’argent qui unit leurs familles depuis des générations.

1987, USA, Arizona, Falcon City, High Lane Parking. Jacques Ramirez et son père reprennent leurs esprits après la course poursuite dont ils ont réchappé à la fin de l’acte 1 en compagnie de Chelsea Tyler et Dakota Smith. En attendant qu’elles les rejoignent avec une nouvelle voiture, ils règlent leurs comptes familiaux.

Rendu complètement fou par la mort de son père, Ramon Perez n’a plus qu’une idée en tête : tout faire pour flinguer la rock star du S.A.V., Jacques Ramirez qu’il en pense responsable ! Il se lance à sa recherche avec l’aide des tueurs envoyés en renfort par le cartel de Paso del Rio.

Suspectant Jacques d’être impliqué dans l’attentat ayant visé la Robotop, la police de Falcon City se lance également à sa poursuite ! Plus d’autre solution pour lui que de quitter Falcon City en compagnie de Chelsea et Dakota, direction la ville de Black Rock.

Points forts

Le graphisme est formidablement abouti et dégage une énergie folle. Il donne le sentiment de lire une BD tout en jouant à un jeu vidéo, ou en suivant une série TV ou en regardant un film d’action.

Le scénario repose sur un quiproquo fondateur : Jacques Ramirez, employé modèle et effacé de la société d’électroménager Robotop, est confondu par les tueurs d’un cartel mexicain avec son père, lui-même ancien exécuteur des basses œuvres de ce même cartel. Il est alors pris dans un tourbillon de violence qui le dépasse complètement… Mais en est-on bien sûr ? A ce modeste réparateur d’aspirateurs aussi paumé que silencieux, l’auteur adjoint une série de personnages secondaires savoureux : les flics de Falcon City, les tueurs du cartel, les collègues et patrons de Jacques, les groupes de rock aux noms improbables… La force du scenario est de gagner en épaisseur et en intensité à mesure qu’il révèle pour chaque personnage un rôle dans l’intrigue bien plus important qu’il n’y paraît au premier abord.

Les dialogues sont un régal. Remplis de second degré, de cynisme et d’humour noir, ils créent un décalage aussi ubuesque que savoureux entre la frivolité des sujets dont discutent les personnages et la violence dont ils sont les acteurs. La scène où les deux tueurs du cartel polémiquent sur le contenu d’un magazine people avant de déclencher une fusillade sanglante fait immanquablement penser à la scène d’ouverture de Pulp Fiction pendant laquelle Vincent Vega et Jules débattent du caractère érotique du massage des pieds avant d’exécuter de sang-froid et sans le moindre remords des payeurs récalcitrants.

Il faut flinguer Ramiez Acte 2 regorge ainsi de références cinématographiques. Impossible de toutes les identifier. Dans une interview à bedetheque.com l’auteur avoue lui-même ne pas se les rappeler toutes.

Saluons néanmoins le très bel hommage rendu via les personnages de Chelsea Tyler et Dakota Smith et leur épopée sanglante au Thelma & Louise de Ridley Scott sorti en 1991 avec Geena Davis, Susan Sarandon et le débutant Brad Pitt. Y jouent également les excellentissimes Harvey Keitel et Michael Madsen que l’on retrouvera un an plus tard dans le Reservoir Dogs qui installa Quentin Tarantino au rang des réalisateurs qui comptent à Hollywood

Ouvrir Il faut flinguer Ramirez, c’est comme allumer à nouveau la chaîne La5 lancé en France par Silvio Berlusconi, autre figure du capitalisme des années 80s, pour y suivre des séries comme Tonnerre Mécanique (titre original, Streek Hawk), K2000 (titre original, Knight Rider), SuperCopter (titre original, AirWolf).

Points faibles

Que reprocher à Il faut flinguer Ramirez Acte 2 ? Une forme d’esthétisation complaisante de la violence ? Reproche déjà en fait en son temps à, par exemple, Sam Peckinpah, depuis unanimement reconnu comme un immense réalisateur.

Alors, quoi ? Peut-être une certaine frustration à la fin de l’album. En effet, si son rythme accélère constamment, on a le sentiment que cette accélération nous éloigne du dénouement de l’intrigue au lieu de nous en rapprocher. Et l’on voudrait pouvoir immédiatement ouvrir l’acte 3 pour connaître la suite.

En deux mots ...

Attention Ovni ! On aime ou on déteste mais cette déflagration visuelle et scénaristique ne peut laisser insensible. Il faut flinguer Ramirez, c’est le Pulp Fiction de la BD ! Un objet nouveau, jamais vu, inédit, qui casse les codes du genre tout en les sublimant de façon aussi jubilatoire qu’irrévérencieuse.

C’est un Retour vers le Futur d’années 80s dont les traits auraient été poussés à l’extrême. Une société qui ne vivrait plus que par et pour la consommation et où le lancement d’un nouvel aspirateur deviendrait l’événement médiatique de l’année retransmis en direct dans tout un pays impatient et fébrile.

Une société où le patron de la Robotop annoncerait en toute quiétude en pleine conférence de presse qu’il gagne « un sacré paquet de pognon » et qu’il a « d’la caillasse à plus savoir quoi en foutre » devant un parterre de journalistes acquis à sa cause. Faut-il y voir un clin d’œil en forme de dénonciation à Bernard Tapie qui incarna en son temps les années 80s à la française ?

De même, faut-il voir la même dénonciation en forme de pirouette du business model d’Apple et du client captif dans le passage où la Robotop annonce que les accessoires de la précédente version de son vacuum ne seront pas compatibles avec le nouveau modèle mais qu’il sera possible de les y adapter via un adaptateur spécial opportunément commercialisé à l’occasion du lancement du Vacuumizer 2000 ?

Les publicités qui jalonnent l’album de pleine, poussant jusqu’à l’extrême la logique de véritables réclames, sont une autre dénonciation par l’absurde d’une logique de consommation tournant à vide.

Une illustration

L'auteur

En 2004, Nicolas Petrimaux débute sa carrière dans le développement de jeux sur mobile et plateforme de télé interactive, sur des licences comme Fast and Furious ou King Kong. En 2006, il se lance dans la réalisation de story-boards, concept design, trucages, effets spéciaux... En 2007, réalisation de son premier court métrage, Allo Zombie. En 2008, début de l’aventure Wizarbox au sein de l’équipe de concept-artistes pour lancer en 2011 un jeu sur PC et Xbox 360 e. En 2009, participation à la création de CFSL Ink, structure éditoriale orientée dans les ouvrages d'art dont il accompagne le développement pendant près de 3 ans tout en continuant à travailler en tant qu'illustrateur, story-boarder, réalisateur et directeur artistique. Il faut flinguer Ramirez marque sa véritable entrée dans l’univers de la BD.

Le clin d'œil d'un libraire

LIBRAIRIE BD ET COMPAGNIE. UNE PASSION POUR PETITS ET GRANDS. TOUTE LA FAMILLE S’Y RETROUVE, MAINTENANT !

Un petit temple de la bande dessinée depuis 10 ans et demi  se niche au coeur d’un vrai quartier de Paris, juste derrière Beaugrenelle. Comics, Mangas et BD (et des polars…) se pressent sur les rayons animés par un passionné, Raphaël Dayries. Etudes supérieures en 2008, des projets de voyage plein la tête mais pas de jobs passionnants en vue ? Alors plutôt que d’attendre, Raphaël  réalise son rêve : ouvrir une librairie consacrée à la BD ; « J’ai gagné 10 ans et j’adore ce que je fais » assure Raphael, heureux. « Le Château des animaux, l’adaptation de la « Ferme des animaux » de Georges Orwell c’est mon gros coup de cœur en ce moment. Nous avons deux tomes, il y en aura quatre, mais bien sûr je recommande aussi l’incontournable Arabe du futur,  c'est très, très bien ». En live : accueil d’un client : « Le dernier Largo Winch (2019) s’il vous plait ; Oui, monsieur, on le commande tout de suite ; il sera là, à la Compagnie, sous 48 h ».

Tout à son enthousiasme, Raphaël a failli oublier de nous dire qu’il attendait avec impatience d’avoir le temps de se régaler à la lecture du nouveau Murena qui vient d’arriver ; le tome 11 de cette série de grande qualité sur la Rome de Néron éditée chez Dargaud est en effet sorti.

Et nous, nous n’oublions pas de rappeler que la BD est importante pour Culture Tops puisque trois chroniqueurs s’y consacrent . A propos, le site de BD et Compagnie qui classe les bandes dessinées par genre en mettant en exergue les « incontournables » sera fort utile pour certains.                

Noël, c’est essentiel pour la BD et pour la librairie de cet encore jeune homme... de très bonne compagnie !

Librairie BD et Compagnie, 71 rue de Lourmel 75015 PARIS. Tel 09 81 87 06 30 www.bdetcompagnie.com

Texte et interview par Rodolphe de Saint-Hilaire pour la rédaction de Culture Tops.

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