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Incident au fond de la galaxie

Un enthousiasmant recueil de 22 nouvelles absurdes offert par “le Buster Keaton de la Knesset ”
De Etgar Keret
Traduction : Rosie Pinhas-Delpuech, Editions de l’Olivier, 240 pages, 21,50 €.

Lu / Vu par

Serge Bressan
Publié le 30 juin . 2020

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Avec Etgar Keret, c’est encore et encore « Vive la catastrophe » ! Une thématique qu’il reprend dans Incident au fond de la galaxie - vingt-deux nouvelles pour une thérapie contre, entre autres, l’inquiétude. En ouverture, on se retrouve dans un cirque, c’est  L’avant-dernière qu’on m’a tiré d’un canon . Voici donc un employé préposé au nettoyage des cages des animaux, il a accepté de remplacer un soir l’homme-canon et d’être ainsi envoyé dans le ciel comme un boulet de canon. Evidemment, il n’a plus qu’une seule envie : repartir encore et encore au ciel. Tout Keret est dans cette première nouvelle du recueil- tout en humour, poésie et désespoir. Ce qu’on retrouve dans Ne fais pas ça  avec ce père qui se promène avec son petit garçon : un homme se jette du toit d’un immeuble, le père tente de l’en empêcher, le petit garçon est persuadé que l’homme désespéré est un de ces super-héros sortis tout droit d’un comics… 

Humour, poésie et désespoir qu’on retrouve aussi dans Bon anniversaire tous les jours. Ouverture : « Il était une fois un homme riche. Très riche. Certains diraient trop riche. Il y a longtemps, il inventa quelque chose ou déroba une invention à quelqu’un. C’était il y a si longtemps que lui-même ne s’en souvenait pas. Cette invention fut vendue à un prix exorbitant à une énorme multinationale. Et l’homme investit dans des terrains et de l’eau tout l’argent qu’il avait reçu… » Sur les terrains, il fait construire des maisonnettes, il les vend « à des gens qui rêvaient de murs et d’un toit ». Il met l’eau en bouteille, la vend « à ceux qui avaient soif. Après avoir fini de tout vendre à des prix excessifs, il se retira dans son immense et belle maison en se demandant ce qu’il ferait de tout cet argent… ». Au hasard d’autres micro-fictions, on va rencontrer un jeune pensionnaire d’un orphelinat pour le moins étrange qui va apprendre qu’il est un clone d’Adolf Hitler créé pour venger les victimes de la Shoah ; un accidenté de la route qui perd la mémoire, qui se retrouve dans une pièce virtuelle avec une femme virtuelle (à moins que ce ne soit l’inverse, glisse l’auteur !)…

Points forts

-Pour cet Incident au fond de la galaxie , vingt-deux nouvelles qui font d’Etgar Keret l’un des meilleurs auteurs de micro-fictions du moment… 

-Par une pirouette technico-littéraire, entre quelques-unes des nouvelles, l’auteur glisse un échange par mails entre Michael Warshawski et Sefi Moreh- Michael propose à Sefi de venir avec sa mère dans l’escape room qu’il dirige. Problème : ladite pièce sera fermée à la date retenue, « à cause du jour de la Shoah », férié en Israël. Michaël précise qu’évidemment, cette date et sa signification, il les connaît. Mieux, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il les a retenues !

-Héritier de Kafka et Marx (Groucho, pas l’autre !), cousin de Salman Rushdie ou Kurt Vonnegut, Etgar Keret joue avec les clowns et les clones, le virtuel et le fantastique.

-Un texte pétillant à toutes les pages…

Points faibles

-Qui serait suffisamment de mauvaise foi pour trouver, pour  pointer un seul point faible aux vingt-deux nouvelles d'Incident au fond de la galaxie ?...

En deux mots ...

Un enthousiasmant recueil de nouvelles joliment titré  Incident au fond de la galaxie. Des nouvelles de l’absurde avec un recueil de vingt-deux textes, un délice offert par cet Etgar Keret surnommé « le Groucho Marx du mur des Lamentations » ou encore « le Buster Keaton de la Knesset ». On se précipite, sans la moindre modération !

Un extrait

 « L’avant-dernière fois qu’on m’a tiré d’un canon c’est quand Odélia m’a quitté avec le petit. A l’époque, je nettoyais les cages d’un cirque roumain qui venait d’arriver en ville. Les cages des lions, je les ai finies en une demi-heure, celle des ours aussi, mais les éléphants c’était un vrai cauchemar. J’avais mal au dos et le monde entier sentait la merde. Ma vie était un désastre et l’odeur de merde lui allait bien. J’ai fini par sentir qu’il me fallait une pause. Je me suis trouvé un coin hors de la cage et me suis roulé une cigarette. Je n’ai même pas pris la peine de me laver les mains… » (in  L’avant-dernière fois qu’on m’a tiré d’un canon).

L'auteur

Né en 1967 à Ramat Gan (Israël), Etgar Keret est écrivain, dramaturge, poète, scénariste de bande dessinée, cinéaste et acteur israélo-polonais. En 2002, il publie  Pipelines, son premier recueil de nouvelles. Il devient rapidement un des écrivains les plus populaires en Israël avec un autre recueil de nouvelles, Sept années de bonheur (2014)- en ce printemps 2020, il en propose un autre, Incident au fond de la galaxie. A ce jour, les livres d’Etgar Keret sont traduits en 42 langues, dans 45 pays.

Egalement homme d’images et de cinéma, il a écrit le scénario du  Sens de la vie pour 9.99 $ - film d’animation de Tatia Rosenthal. Avec son épouse Shira Geffen, il  a réalisé Les Méduses - film qui a reçu la Caméra d’or au Festival de Cannes en 2007, et L’Agent immobilier- une série télé diffusée par Arte au printemps 2020 avec Mathieu Amalric et Eddy Mitchell. Par ailleurs, il donne des cours à l’Université Ben Gourion du Néguev (Beer-Sheva) et à l’Université de Tel Aviv, et en 2013, avec le journaliste et écrivain franco-israélien Dov Alfon, il a fondé Storyvid.io, une entreprise culturelle à but non lucratif visant à faire le pont entre la littérature et les nouveaux médias.

Commentaires

Françoise Hamel
Le 03 juil. 2020
à 12h04

Je partage tout à fait votre lecture des nouvelles de Keret. Ce n'est pas un défaut mais elles sont presque trop denses. Imagination et créativité incroyables!

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