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Iran 4000 ans d'histoire

Une superbe fresque historique sur l'Iran, l'ancien et le contemporain
De Yves Bomati et Houchang Nahavandi
Editions Perrin 410 pages 24 €

Lu / Vu par

Hélène Renard
Publié le 26 nov . 2019

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Thème

L'Iran, au fil de quatre mille ans d'existence, a connu bien des bouleversements territoriaux, politiques et religieux. Son histoire compte d'innombrables renversements, invasions, massacres, prises de pouvoir. Aujourd'hui encore, ce pays situé au carrefour des espaces turc, arabe, indien et russe, joue un rôle important tout en conservant une culture bien spécifique. Les Iraniens puisent dans cette histoire chahutée une incroyable force de résistance que les auteurs -c'est leur thèse- nomment ici : l'iranité. 

L'ouvrage se divise en cinq parties : 

- les premières civilisations connues (que l'on peut faire remonter à plus de 7000 ans av. J.-C.), le royaume d'Elam mis à mal par les Babyloniens et les Assyriens puis l'arrivée des premiers Indo-européens ; 

- s'en suivirent douze siècles du plus grand empire de l'antiquité (Cyrus, Cambyse, Darius, Xerxès... illustres personnages), un héritage que les Iraniens, profitant des recherches récentes,  revendiquent haut et fort. 

-  dans la troisième partie intitulée "le choc des civilisations", on assiste à la fin de l'époque sassanide (vers 628) avec sa culture raffinée et au début de la domination arabo-islamique  (chute de Ctésiphon en 637 et défaite de Nahavand en 642)) puis au "fléau" mongole du XIIIe siècle. 

- l'âge d'or des Safavides (qui instituent le premier Etat chi'ite) à partir du XVe siècle, avec le règne de cinquante années de Tahmasp dont les innovations  firent rayonner l'Iran par les arts, les institutions, la richesse culturelle et économique. Et bien sûr, la grande figure d'Abbas Shah 1er au XVIe siècle et celle de Nader au XVIIe, avant la chute des Qâdjârs au début du XXe siècle. 

- et enfin l'Iran face à la modernité, l'entrée de Reza Shah dans l'histoire jusqu'au dernier Shah Mohammad Reza Pahlavi (qui s'exile le 16 janvier 1979 et meurt au Caire le 27 juillet 1980). 

Dans leur conclusion, les auteurs, non sans avoir rappelé qu'une grande partie de l'intelligentsia française a soutenu la révolution de l'ayatollah Khomeyni,  esquissent une réflexion sur "l'après" révolution islamique. L'histoire enseigne que, malgré bien des vicissitudes, l'Iran a toujours su renaître et revivre.

Points forts

- Le respect de la chronologie permet de s'y retrouver dans la succession des grandes dynasties et d'en suivre aisément les réussites et les tragédies. Les auteurs ne nous abreuvent pas de détails superflus mais fournissent les éléments d'explication nécessaires dans un style toujours simple et clair. 

- La parfaite connaissance des religions anciennes (mazdéisme, zoroastrisme, entre autres) et des religions plus contemporaines (bahaïsme et surtout chi'isme) permet de comprendre que l'Iran a été un berceau spirituel et religieux. Les passages consacrés aux traditions et aux religions pré-islamiques sont particulièrement éclairants. 

- On découvre de grandes figures dans tous les champs de la culture : mathématiques, médecine, philosophie, poésie, astronomie,  etc. et même politique (celle d'Amir Kabir, grand chancelier au XIXe siècle, par exemple). Faut-il rappeler que le poète Ferdowsi était iranien, de même qu'Attar et son célèbre Cantique des oiseaux, ou encore Omar Khayyâm et son recueil philosophico-mystique... 

- On situe mieux le rôle actuel de l'Iran dans les enjeux du Moyen-Orient. 

Points faibles

Certains passages détaillant d'incessantes querelles de pouvoir, ainsi que la difficulté parfois à retenir les noms des antagonistes, exigent une attention très soutenue (mais comment les omettre de l'Histoire ?). On n'aura pas la prétention de retenir par coeur tous les épisodes de celle-ci, plurimillénaire...

En deux mots ...

 Voici une fresque incontournable pour qui s'intéresse à l'Iran, l'ancien et le contemporain.

Un extrait

"Le régime actuel ne peut ni se maintenir ni se réformer. Malgré quelques signes d'ouverture récents qui sont autant d'alibis pour se maintenir au pouvoir, il ne tient que par le terreur et la répression (mais elles ont des limites) et surtout la crainte du peuple iranien de connaître une autre révolution sanglante et dévastatrice... "

L'auteur

Houchang Nahavandi a été recteur des universités de Shiraz et de Téhéran avant de devenir ministre du Développement et de l'Enseignement supérieur sous le règne de Reza Shah Pahlavi. Il vit en exil depuis la révolution de 1979. Il est correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques, l'une des cinq Académies composant l'Institut de France. 

Yves Bomati, diplômé de l'Ecole Pratique des Hautes Études, docteur ès lettres et sciences humaines, est spécialiste de l'histoire des religions. 

Ensemble, croisant leurs regards, ils ont rédigé plusieurs ouvrages qui font référence (tous chez Perrin) : Les grandes figures de l'Iran ;  Mohammad Reza Pahlavi, le dernier Shah (1919-1980) ; Shah Abbas empereur de Perse (1587-1629) couronné du prix Eugène Colas décerné en 1999 par l'Académie française.

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