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La campagne d’Egypte

Plus d'ombre que de lumière? Ca dépend de l'angle de vue...
De Jacques-Olivier Boudon
Ed. Belin

Lu / Vu par

Paul Beuzebosc
Publié le 27 mar . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

La campagne d’Egypte, lancée par Bonaparte en mai 1798, s’est achevée sans lui, rentré en France dès la fin août 1799 avec une poignée de fidèles. La défaite française et le retour en métropole durant l’été 1801 d’une armée qui y perdit une partie de son âme et 40% de ses effectifs conclut une aventure coloniale mort-née après le désastre naval initial d’Aboukir. Cette épopée violente et meurtrière a pourtant permis d’asseoir la légende napoléonienne et d’ancrer l’égyptomanie durablement dans la culture de l’époque grâce au bilan exceptionnel de l’expédition scientifique qui accompagna les troupes.

Points forts

Jacques-Olivier Boudon, en historien impeccable, fait une recension complète des origines, du déroulement et de l’issue des opérations, tant en Egypte qu’en Palestine et en Syrie, de cette aventure exceptionnelle.

 L’armée révolutionnaire des débuts s’adapta, malgré la rudesse du climat et des conditions de vie pour les soldats, avec brio et une solidité tactique crainte de l’ennemi, aux conditions climatiques, aux assauts des Mamelouks et des nombreuses troupes de la Grande Porte, aux constantes attaques asymétriques et aux révoltes sanglantes de la population égyptienne. 

La conquête de l’Egypte, territoire immense et hostile, comme la tentative de colonisation qui suivit, furent difficiles pour une armée qui compta jusqu’à 40 000 hommes au gré des renforts et des recrutements locaux.  

L’auteur ne cache rien des enjeux géostratégiques et culturels de cet épisode militaire hors norme. Ni des horreurs de la guerre dont les troupes françaises les plus aguerries firent preuve contre les troupes adverses et les populations pour maintenir l’ordre et compenser un rapport de forces défavorables. 

Si Kléber, jusqu’à son assassinat commandité par des Turcs soutenus tout au long de la campagne par les Anglais, réussit par son ascendant à garder le contrôle de la situation, le général Menou, habile à la ville mais piètre chef de guerre, fit s’effondrer une œuvre coloniale fragile et dût négocier un retour au statu quo ante. Cependant, l’occupation française au nom des principes généreux de libération du pays permit plus tard à l’Egypte, sous Méhémet Ali, d’atteindre son autonomie.

Points faibles

L’auteur a judicieusement puisé une partie de son solide et alerte récit dans les témoignages des rudes combattants du corps expéditionnaires français qui furent tous marqués à vie par l’éloignement, l’isolement, le fanatisme religieux, des pertes élevées autant dues aux maladies qu’aux combats d’une campagne cruelle et fondatrice. 

La relation difficile entre soldats et savants comme l’œuvre scientifique pionnière sont clairement exposées.

Mais il reste que l’ouvrage demeure historiquement classique et un peu court en souffle pour une campagne qui constitua une épreuve pour le soldat et une rupture tant stratégique que dans l’art malmené de la guerre dans des contrées inhospitalières.

En deux mots ...

La campagne d’Egypte a davantage marqué l’histoire par son empreinte culturelle et sa légende que par son bilan politico-militaire:  échec politique et désastre militaire enfouis dans les sables brûlants et mouvants de la mémoire. 

Elle reste une matrice dure et cruelle des futurs combats que Napoléon aura à mener contre les coalitions et les peuples en armes. Elle fit émerger non seulement les principaux chefs militaires qui plus tard s’illustrèrent sur le champ de bataille européen mais aussi les savants et les artistes qui entretinrent l’imaginaire de l’épopée napoléonienne. 

A elle seule, elle constitua un choc de civilisations.

Un extrait

"Bonaparte et l’Egypte, c’est le choc de deux mythes, celui né d’une formidable ascension militaire et politique qui conduira son héros au sommet de la gloire et celui d’une civilisation magique, qui conserve encore ses secrets".

L'auteur

Jacques-Olivier Boudon, normalien et universitaire, est professeur à la Sorbonne et président de l’Institut Napoléon. Expert de la période napoléonienne et du XIXème siècle, il publié une trentaine d’ouvrages parmi lesquels Les naufragés de la Méduse (2016) et Le plancher de Joachim, l’histoire retrouvée d’un village français (2017) chez le même éditeur.

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