Le Tour de la Grande Bourgogne. Sur les traces des Téméraires

Un beau livre épique et illustré de près de 500 images tirées des plus grands chefs d’œuvre de l’âge d’or bourguignon
De
Bart Van Loo
Flammarion, Au fil de l’histoire
Traducteurs : Isabelle Rosselin, Emmanuelle Tardif
Parution le 15 octobre 2025
832 pages
35 €
Notre recommandation
5/5

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Thème

La saga des ducs de Bourgogne.

L’auteur et historien Bart Van Loo, dans ce livre épique de 800 pages, nous fait découvrir, in situ, les lieux emblématiques de cette épopée médiévale qui s’étend de 1363 à 1477, date de la mort au combat de Charles le Téméraire, dernier duc de Bourgogne et adversaire opiniâtre du roi de France, le rusé Louis XI. Selon Van Loo, la Bourgogne de l’époque était un vaste empire construit au gré des conquêtes, des mariages et des acquisitions. La Grande Bourgogne de Jean sans Peur, de Philippe le Bon et de Charles dit Le Téméraire, son fils, englobait la Picardie, la Belgique, la Franche Comté, l’Artois, l’Alsace, la Lorraine, la totalité de la Hollande.

Le duc pouvait voyager de l’abbaye de Cluny à Amsterdam sans franchir une seule frontière. Les périples des Téméraires sont illustrés par 500 gravures et illustrations, plans et photos. Van Loo les suit à la trace, visite avec eux et écrit à la première personne. C’est assez rare pour être signalé. Suivez le guide ! Les titres s’enchaînent et s’égrènent comme dans un livre d’Art et d’Aventures à la fois. Ex : Le dernier râle d’un Dragon, En Gueldre, berceau de peintres d’exception, La Flandre à portée de main en Bourgogne, Dans les hautes sphères du pouvoir bourguignon, Divisé depuis des siècles, le Brabant à cheval sur une frontière, Un adultère, Jérôme Bosch et une chute d’échafaudage, Agonie dans la neige à Nancy

Que de batailles gagnées ou de défaites catastrophiques, que de trésors perdus, que d’alliances trahies, de passions inassouvies ! Un très bel ouvrage donc à classer dans le chapitre Beaux livres à la fois d’histoire, de géographie et même touristique et cinématographique. En témoigne, (c’est une anecdote) l’évocation du film La Grande Vadrouille avec un Louis de Funès et un Bourvil  en embuscade sur la route de Beaune, à proximité du magnifique château de Rochepot (p.646) donné au sieur Pot par Philippe le Bon (ca ne s’invente pas !). Mais soyons sérieux, cette belle histoire de la Bourgogne prend racine au cœur du « plat pays », plus tard dénommé les « pays bas », à  Gand très  exactement.

Nous sommes en 1369 dans l’église abbatiale, la plus grande église romane d’Europe, et assistons au mariage somptueux de Philippe le Hardi, fils du roi de France Jean le Bon, avec Marguerite van Male (Marguerite de Flandre), la plus riche héritière d’Europe qui apportait dans son  escarcelle le riche comté de Flandre, de Lille à Bruges. L’alliance décisive entre les Flandres et  la Bourgogne est née. L’histoire se termine à la bataille de Nancy avec la mort atroce de Charles le Téméraire. La suite échoit à Charles  Quint et au  Saint Empire Romain Germanique des Habsbourg sur ce commentaire « devant Grandson, Charles perdit ses biens, devant Morat, son cœur,  devant Nancy, sa vie ».

Points forts

  • Après le grand succès remporté par ses Téméraires, la grande saga des Ducs de Bourgogne,  Bart Van Loo entreprend et raconte, à la première personne, le long périple des lieux emblématiques de cette épopée médiévale faite d’exploits, de passions, de conquêtes et de trahisons, jalonné par la découverte des trésors souvent oubliés de l’art pictural ou architectural de l’époque.
  • Nous touchons pratiquement du doigt L’Agneau mystique de Jan Van Eyck dont l’histoire est aussi mystérieuse que sa composition, d’un côté à Bruges de l’autre à Gand, avec son château de Beveren, le plus romantique de Flandre, demeure du commanditaire du chef d’œuvre.
  • Grâce au talent de l’auteur et à sa patiente remontée dans le temps, portée par son écriture vivante et imagée, on se prend à rêver entre Godefroid de Bouillon partant pour la croisade et Philippe le Hardi, 25e duc de Bourgogne (depuis les carolingiens), fils du roi de France Jean le Bon,  héros de la bataille de Poitiers (en 1369), qui va se marier la même année en l’église  de Gand avec Marguerite van Male et sa belle dot.
  • Les fonds baptismaux de la dynastie des ducs de Bourgogne, lignée des Valois, sont virtuellement érigés ici même! Gand est alors la deuxième ville d’Europe derrière Paris (70 000 h.) et loin devant Amsterdam (3000 h.)
  • Des arbres généalogiques précis et détaillés avec clarté…
     …bref un  instrument de travail précieux à la fois culturel et divertissant

Quelques réserves

Vraiment très peu, tant l’ouvrage est richement illustré et bien écrit, un peu touffus pour l’histoire néerlandaise peut-être, et cela parce que plus lointaine.

Encore un mot...

On n’imagine pas l’importance économique militaire et culturelle, dans tous les sens du terme, que représentait la Bourgogne du temps des Téméraires, à cheval sur 3 pays ; on n’imagine pas non plus la décadence du grand Charles, dernier Valois duc de Bourgogne, le plus connu  d’entre eux quatre, et surtout le plus grand ennemi de la France. Après avoir atteint les sommets de la gloire, il mourut tristement abandonné par ses troupes sous les coups de butoir d’un compagnon du duc René de Lorraine, au pied de la future chapelle si mal nommée Notre Dame de Bon Secours - à un jet de pierre de la ville de Nancy. Et ainsi, au bout de deux siècles, c’en fut fini de la grande saga des Téméraires. Charles le dernier des Téméraires fut surnommé « la terreur de l’Europe, l’individu qui ne trouvait le bonheur que noyé dans un flot de sang » (selon son épitaphe et l’auteur). Suprême affront : on ne sait pas où repose vraiment la dépouille  de Charles le Téméraire (à Nancy ou à Bruges ?)

Une phrase

- Agonie dans la Neige à Nancy.                                                                                          
« La dernière fois que l’on vit le duc Charles, il essayait de se frayer un chemin pour échapper à l’enfer des combats sur son cheval noir de jais […]
Son cheval trébucha sans doute en cours de route et le duc tomba sur la rive de l’étang Saint Jean, aujourd’hui disparu. C’est alors que surgit l’ange de la mort en la personne du dénommé Claude de Bauzemont qui lui porta un coup fatal alors même que Charles, selon la légende, venait de lui crier « Sauve Bourgogne ! » dans l’espoir de voir sa vie épargnée ; mais comme le vieux guerrier était à moitié sourd, il avait entendu « Vive Bourgogne ! », et malvoyant de surcroît, il ne comprenait pas non plus à quel seigneur il avait affaire. Il frappa donc autant qu’il put. Par la suite, Bauzemont regretta maintes fois de n’avoir pas reconnu le Grand Duc d’Occident, dont il aurait pu tirer une énorme rançon. »  Pages 754/756   

L'auteur

Bart van Loo est un jeune auteur belge d’expression néerlandaise (né en 1973). Après des études de philologie romane, il se passionne pour l’histoire et la culture française. Les Téméraires (2020), son premier livre traduit en français a été vendu à 400 000 exemplaires dont plus de 85 000 dans sa version française. L’auteur en a tiré un seul-en-scène ainsi qu’un podcast téléchargé plus de 9 millions de fois. En octobre 2024 est paru, dans la collection Champs Histoire en livre de poche, son Napoléon, l’ombre de la Révolution.

Sur Culture-Tops : Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait l'Europe

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