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La Ligne de Sang

Une bonne occasion de rentrer dans l'univers si particulier de Doa
De DOA et DOUAY
Ed. Les Arènes BD 103 p. 20 €

Lu / Vu par

Nicolas Autier
Publié le 03 juin . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Lyon, pentes de la Croix-Rousse, un banal accident de circulation entre un motard imprudent et un automobiliste trop pressé. Dans un état critique, le motard est hospitalisé en urgence. Rapidement sujet à des accès de délire aux relents mystiques, il prononce des phrases incompréhensibles. Personne ne rend visite à cet homme dont on ne sait ni où il habite, ni où se trouve sa compagne qui a mystérieusement disparu.

Marc et Priscille sont en charge de l’affaire. Lui, officier de police judiciaire en milieu de carrière, célibataire endurci, cynique, désabusé mais tenace. Elle, jeune, ambitieuse, enthousiaste, idéaliste et non moins tenace. Quelques mois auparavant ils eurent une brève liaison. Et se retrouvent par hasard en charge d’une enquête qui va les conduire au cœur d’une horreur aussi glaçante qu’inimaginable.

Points forts

Le point fort de La Ligne de Sang, c’est son auteur : DOA. J’avoue n’être sans doute pas totalement objectif au sujet de cet auteur dont l’œuvre articule avec brio intrigue policière, espionnage, opérations militaires, investigation politique et une bonne dose de géopolitique… Extrêmement documentée, à tel point qu’il est souvent difficile d’y distinguer la fiction de la réalité, l’œuvre de DOA s’attache notamment à nous faire découvrir la face cachée de la République, comme dans L’Honorable Société qu’il publie en 2011 aux éditions Gallimard, collection « Série noire » en collaboration avec Dominique Manotti, autre figure majeur du roman policier-politique français. Elle explore également les tréfonds de l’âme humaine qui sont au cœur de l’intrigue de La Ligne de Sang.

Cette capacité à aborder des sujets « durs », en l’occurrence ésotérisme, magie noire, satanisme, inceste…, de façon très « frontale » est une caractéristique du DOA romancier que l’on retrouve fidèlement retranscrite dans cette BD La Ligne de Sang. Soutenu par le dessin de DOUAY, le scenario nous fait descendre toujours plus profondément au cœur d’une noirceur terrifiante. Il y a du James Ellroy, dont DOA revendique l’influence, dans cette construction fouillée et méthodique des degrés de l'intrigue sur un rythme lent mais inexorable dont on ne peut s’extraire. On ne sort pas indemne d’une telle lecture dont les échos résonnent longtemps dans l’esprit du lecteur une fois l’album refermé.

Points faibles

Le point faible de La Ligne de Sang, c’est le challenge inhérent à l’adaptation en BD d’une œuvre. En effet, comment restituer en quelques dizaines de planches, aussi talentueuses soient-elles, la densité et la complexité d’un scenario patiemment déroulé sur plusieurs centaines de pages ? Comment traduire en images la progression d’une intrigue dont les ramifications et imbrications ne se dévoilent que tardivement ?

Le dessin de DOUAY traduit fidèlement par l’image le climat pesant, cynique et désespéré si caractéristique de l’œuvre du DOA romancier. Mais il peut donner à certaines planches un côté un peu flou que certains pourraient qualifier d’inachevé. Or le style du romancier DOA se caractérise par une précision clinique. Léger contre-emploi ou choix assumé des auteurs de jouer sur le contraste texte-dessin ? Le lecteur jugera.

En deux mots ...

Foncez au rayon BD pour acheter La Ligne de Sang afin d’ouvrir une porte sur l’univers de DOA. Poursuivez sur votre élan jusqu’au rayon des policiers pour vos procurer, Citoyens clandestins, Le serpent aux mille coupures », Pukhtu Primo et Pukhtu Secundo, tous publiés aux éd. Gallimard, collection « Série Noire, en 2007, 2009, 2015 et 2016.

Si l’univers clandestin, l’Afghanistan et les zones tribales du Pakistan découverts dans ces ouvrages vous séduisent, procurez-vous dans le même élan deux romans de Cédric Bannel : L’Homme de Kaboul et Baad publiés en 2011 et 2016 aux éditions Robert Laffont

Une illustration

L'auteur

DOA est le pseudonyme utilisé par un auteur français de romains noirs. Cet acronyme fait référence  à Dead On Arrival (Mort à l’Arrivée), film noir américain de Rudolph Maté, 1950. Le ton  est donné. L’univers de DOA sera noir, marqué par la clandestinité et les jeux à multiples bandes. Toujours incognito, cet ancien parachutiste de l'infanterie de marine fut producteur de jeux vidéo avant de se lancer dans la littérature et le scénario de série TV (Braquo saison 5). Sont citées plus haut les œuvres qui l’ont installé au rang des auteurs qui ont donné un nouveau souffle au polar français. La Ligne de Sang marque son entrée dans la BD.

Avant de se consacrer à la BD, Stéphane Douay a multiplié les expériences artistiques dans des domaines aussi variés que les spectacles de rue et de jonglerie, la réalisation d’affiches et de portraits, les dessins de publicité. Il marque son entrée en BD avec le très remarqué Don Quichotte dans la Manche publié aux éditions Vents d’Ouest en 2004 sur un scenario de Denis Leroux. Des séries telles que Commandant Achab, 2009-2014, éd. Quadrants puis Castermann ; Les Années rouge & noir, 2016-2018, éd. Les Arènes, finissent d’installer son style dynamique tourné vers l’action dans l’univers de la BD.

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