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A la lumière de Renoir

L'intéressante biographie romancée d’une peintre, grande amie de Renoir
De Michèle Dassas
Editions Ramsay, 305 p.

Lu / Vu par

Marie de Benoist
Publié le 22 mai . 2020

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Thème

En 1893, Jeanne Baudot, une jolie brune de seize ans, dotée d’un certain talent pour la peinture, déclare à ses parents qu’elle veut en faire son métier. Elle s’arrange avec son cousin Paul Gallimard, collectionneur réputé, pour rencontrer Auguste Renoir, qui acceptera même de jeter un coup d’œil sur ses toiles. Elle deviendra son unique élève ! Ils s’entendent fort bien. Ils ne se quitteront plus pendant vingt-six ans. Il l’emmène au Louvre, il lui prodigue des conseils, il satisfait sa curiosité sur les nouvelles techniques picturales, il la prend parfois pour modèle. Quand il va en Provence, elle le suit. Ils se retrouvent aussi dans des maisons voisines à Louveciennes, où ils se lancent dans de longues promenades comme « deux compères ». Elle devient la marraine de Jean, le deuxième fils du peintre. Des liens de plus en plus étroits se tissent entre le maître et son élève : une amitié sincère, une complicité joyeuse, un même enthousiasme pour la beauté du monde les unissent quand ils peignent ensemble. Le talent de Jeanne sera  enfin reconnu en 1906 au Salon des Indépendants, même si sa  « filiation » avec Renoir est soulignée. Après la mort de son « idole » en 1919,  elle se sent comme veuve. Elle a perdu son « guide.» Mais elle se consolera grâce à sa passion intacte pour sa chère peinture. Et Jean Griot, qu’elle considérait comme son fils, éclairera la fin de sa vie.

Points forts

• L’originalité de Jeanne, de la « petite rebelle » entêtée à la « fée au grand cœur ». Facétieuse et imprévisible, elle aime s’amuser avec ses cousines et ses amies, les « petites Manet » jusqu’à se déguiser en homme ! Un certain Edouard traversera sa vie, mais elle défend farouchement son indépendance, en refusant les contraintes du mariage. La peinture occupe toute son existence, elle se tue à copier des œuvres, elle travaille inlassablement toujours en quête de motifs « à peindre », malgré les doutes ou les interrogations qui l’assaillent. Elle considère que l’art l’a protégée du malheur, en lui procurant des « émotions et (des) joies  esthétiques » uniques.

• La personnalité attachante et bienveillante d’Auguste Renoir, qui a ouvert à Jeanne « le royaume de la lumière, des couleurs », rayonne dans ces pages.

• Le milieu privilégié d’intellectuels et d’artistes parisiens de cette époque : Paul Gallimard, les Manet, Berthe Morisot, Degas, Mallarmé, Maillol, Maurice Denis, Paul Valéry  … ainsi que l’effervescence autour de l’impressionnisme enrichissent le contexte choisi.

Points faibles

• On regrette l’absence d’illustrations dans ce livre consacré à la peinture. Certains tableaux sont  bien sûr décrits, mais on aurait aimé voir leurs reproductions. 

• Sous l’égide de Jean-Marie Rouart, témoin prestigieux de « ce monde englouti », l’auteur s’inspire de différents documents authentiques, tout en revendiquant une part d’imaginaire, ce qui peut troubler le lecteur sur la vérité des  faits et des personnages cités.

En deux mots ...

Michèle Dassas nous propose le portrait d’une femme singulière, aussi déterminée que ardente, qui a choisi l’Art comme raison de vivre, à la lumière ou peut-être à l’ombre de Renoir. Cette biographie romancée, écrite d’une plume alerte et agréable à lire, est animée par des anecdotes savoureuses et des dialogues très vivants.

Un extrait

- Sa peinture traduit sa joie de vivre, son dynamisme, sa faculté d’étonnement, sa sensibilité et par-dessus tout son amour inconditionnel du Beau.(p.106)

Renoir « m’a appris à regarder, à admirer. J’avais sûrement quelques dispositions, une propension à la contemplation. Grâce à lui, j’ai compris des secrets, j’ai aperçu des beautés qui seraient restées dans l’ombre, sans son aide.» (p. 244)

L'auteur

Née en 1950,  Michèle Dassas, linguiste, a publié, entre autres, Une gloire pour deux ( Prix du roman Arts et Lettres de France 2017) et Femme de Robe (2018), sur Jeanne Chauvin.

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