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La Non-épuration en France de 1943 aux années 1950

L’histoire vue par le petit bout d’une lorgnette marxiste-léniniste : faux et mal écrit !
De Annie Lacroix-Riz
Armand Colin, 664 pages, 29.90 €

Lu / Vu par

Gilles Antonowicz
Publié le 13 jan . 2020

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Thème

Il n’y a pas eu d’épuration en France après la Libération. L’épuration est un mythe, une « fake news », une invention d’historiens bien-pensants …

Points forts

C’est tellement hargneux, vindicatif, caricatural, partisan et, pour tout dire, tellement bête, que cela en devient risible.

Points faibles

Des jugements partisans à l’emporte-pièce : Maurice Schumann, le porte-parole de La France Libre à Londres, est un « sauveteur professionnel de collaborationnistes » ; Loustanau-Lacau, le fondateur du réseau de résistance Navarre, déporté à Mauthausen, un « pro-nazi avéré » ; le cardinal Suhard, un « prélat fasciste » ; Allen Dulles (chef des services secrets américains en Europe), un « nazophile » finançant les « vichysto-collaborationnistes » ; Daladier, un « ‘’républicain’’, complice de Pétain » ; Aimé Lepercq (chef des FFI de l’Ile de France, compagnon de la Libération, ministre des Finances dans le premier gouvernement du général de Gaulle), un « ‘’résistant’’ fort tardif » ; Raymond Aron, une « icône contemporaine de la bien-pensance » à la solde des américains ; le général Davet (représentant des Mouvements Unis de Résistance en Suisse), un « cagoulard vichyste » ; Robert Schuman, un « ultra clérical féal du Vatican, germanophile et ‘’révisionniste’’ territorial des Traités post bellum, dont les Wendel avaient avant-guerre fait leur député et le chef de leur très fasciste Action catholique lorraine » (sic) … J’en passe et des meilleurs …

 Une vision historique totalement manichéenne : d’un côté les « vrais » résistants, c’est-à-dire les communistes, de l’autre, tous les autres, peu ou prou « suppôts de l’occupant ».

Il n’y a pas de collaborateurs, il n’y a que des collaborationnistes : Weygand-Pucheu-Darlan-Pétain-Laval-Doriot-Darnand, même combat …

Pas une ligne pour rappeler que, hors épuration sauvage (soit 10 à 15 000 victimes), les juridictions d’exceptions mises en place à la Libération (cours de justice et chambres civiques), comprenant des jurés triés sur le volet, prononcèrent tout de même 95 879 condamnations (allant de la peine de mort à l’infamante dégradation nationale dont les effets n’avaient rien d’anodin) …

Le choix du mythe ou de la légende au détriment de la vérité historique :

Sous la plume de Mme Lacroix-Riz, le Parti communiste français redevient l’imaginaire « parti des 75 000 fusillés » …  Le général Schaumburg, le gouverneur militaire de Paris, est de nouveau tué dans un attentat organisé par les FTP du groupe Manouchian en juillet 1943 alors que tous les historiens savent qu’il est mort d’une maladie osseuse le 4 octobre 1947 dans un hôpital de Hambourg … Sans oublier la fameuse synarchie, cette inévitable résurgence du monstre du Loch Ness qui n’existe que dans l’imagination fertile de quelques complotistes : atteinte de psittacisme, Mme Lacroix-Riz voit des « synarcho-cagoulards », des « grands synarcho-cagoulards » et même des « grands synarcho-cagoulards royalistes » partout. Au nombre d’entre eux, le colonel Passy, responsable à Londres du BCRA, le service de renseignement gaulliste.

 Des analyses sommaires et partiales : quiconque aura travaillé sérieusement sur l’affaire des cinq étudiants de Poitiers, sur celle de la rue de Buci, sur Pierre Pucheu ou sur René Hardy sera consterné par l’indigence des analyses de Mme Lacroix-Riz (Hardy ayant évidemment livré le général Delestraint et Jean Moulin aux Allemands « avec l’accord des chefs de Combat », cette « élimination [étant] planifiée par Frenay et son gourou Bénouville », tous deux considérant que Delestraint et Moulin, « non ouvriers », s’étaient rendus « coupables de trahison sociale » - le « tabou suprême » selon Mme Lacroix-Riz, en ne s’affichant pas suffisamment anticommunistes).

Mais en définitive, le pire n’est pas là. Le pire, c’est le style. La lecture du livre de Mme Lacroix-Riz est une vraie souffrance : mal écrit, constellé de guillemets qui commencent et s’arrêtent on ne sait où, de crochets triturant et tronquant des bouts de phrase soigneusement sélectionnées, des notes placées en fin de volume rendant vaine toute tentative de consultation, des coquilles faisant douter de la relecture du manuscrit (Tixier Vignancourt pour Tixier-Vignancour, infirmère pour infirmière, d’embée pour d’emblée etc ...)

En deux mots ...

Une catastrophe, sur le fond comme sur la forme. Pour Annie Lacroix-Riz, tout historien introduisant de la nuance est aussitôt accusé de vouloir « réhabiliter Vichy ».

Un extrait

 « Comment ne pas imputer à une pression « rouge » une décision antagonique avec la procédure « juridique » anti-épuratrice bricolée en décembre 1943 ? »

 « Les listes d’arrestation désignaient pour l’ensemble de la France des catégories homogènes ou des lots disparates, tous cagoulards, synarques ou synarcho-cagoulards, cas notoire de trahison et de collaboration d’avant-guerre et d’Occupation. »

« Des onze pièces du « premier dossier [de] la correspondance » Darlan-Pétain de 1941 soumises à « la réunion [du] matin » du 15 novembre 1944 entre « les seuls représentants des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur », la seule première, le récit par Darlan des événements des 21 mars-15 juin 1940, attestait le crime contre la sûreté intérieure (et extérieure) de l’Etat de Pétain – nommé par Reynaud vice-président du conseil le 16 mai 1940, certitude de la Défaite acquise. »

L'auteur

Annie Lacroix-Riz est une militante marxiste-léniniste assumée, membre du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF). Elle est également agrégée d’histoire. Pourquoi pas ? Après tout, Nathalie Arthaud, la muse de Lutte Ouvrière, est bien agrégée en économie et gestion, et c’est la raison pour laquelle, comme l’écrivait Alexandre Vialatte à l’issue de ses chroniques, « Allah est grand » …

Commentaires

Ulyssien
Le 28 fév. 2020
à 23h44

...Certes on peut lui préférer Mac Bloch... qui défendait les mêmes idées que l'historienne Annie Lacroix-Ruiz - quand même professeur d'Histoire contemporaine à l'université Paris VII-Denis Diderot - quant à la collaboration totale de l'oligarchie bancaire et industrielle française avant la seconde guerre mondiale. Même si son style n'est pas celui d'un grand écrivain, elle a le mérite, elle, au moins de citer une quantité impressionnante d'archives pour étayer ses thèses... consultables et vérifiables... Il serait plus professionnel de citer quelles archives utilisées par l'historienne seraient fausses, non ?

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