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La Première République

Enfin une synthèse éclairante pour aborder dans son entier la 1ère République
De Christine Le Bozec
Perrin, 1ère édition février 2014 372 pages, 23 €

Lu / Vu par

Françoise Thibaut
Publié le 11 mai . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Enfin, un livre qui retrace l'histoire mouvementée de notre Première République dans son entier ! Le plus souvent, nous n'en connaissons que des récits parcellaires (la Terreur, Thermidor, le Directoire) ou s’attachant à des personnalités (Robespierre, Barras,  Sieyès ou Talleyrand). Rien sur les hommes de l'ombre, les deuxièmes couteaux, souvent si importants. Et pourtant...Sept années (1792-1799) de tumultes, discordes, chicanes, violences, guerres, massacres et liquidations ; mais aussi moult innovations, des continuités, des créations juridiques, culturelles ou pratiques, forgent la notion même de République sur laquelle nous vivons encore...Jusqu'à ce qu''à ce qu'un aventureux général ne récupère tout cela à son compte en novembre 1799 (Brumaire).

Points forts

La démarche de cet ouvrage, très intelligente, met fin au « flou » qui entoure dans nos mémoires scolaires la notion même de Première République : dans une première partie (320 pages), ce sont les « faits », le déroulement implacable d'une tentative parlementaire minée par la guerre, la  nécessité de violence, les luttes pour le pouvoir, et enfin, la lente agonie d'un Directoire faible et confus.

La seconde partie (p.120 à 320) explore tous les domaines où la République a oeuvré en supprimant, transformant, innovant : ainsi sont passés en revue le droit national et local (Nation et départements),  la question religieuse avec l'origine de la laïcité, l'enseignement retiré aux religieux pour devenir « public », la transmission des savoirs (les musées, l'Institut, Polytechnique), la liberté d'opinion, la presse, l'armée « nationalisée », la réforme de l'administration et de la justice.

Points faibles

Aucun à souligner en particulier.

En deux mots ...

Récit passionnant, souvent étonnant, écrit d'une plume alerte, parfois ironique ou amusée. On se dit qu'on l'a échappé belle ! Finalement, comme l'écrit l'auteur, ces 7 années furent un « révélateur » :  Ceux qui construiront le Consulat sont des « rescapés », tels Cambacérès, Fouché, Boissy d'Anglas, Portalis, Cambon et bien d'autres, les militaires bientôt maréchaux, et Talleyrand. Mais ce n'est peut être pas le moment, comme ce dernier, d'aller visiter les chutes du Niagara avec un copain, en  attendant que  folie se passe …

Un extrait

“Curieusement, cette expérience républicaine n’a jamais fait l’objet d’une étude globale dans ses limites chronologiques propres et ce, contrairement à celles qui portent sur la Révolution, le Consulat, l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire… puis sur les diverses républiques qui se succédèrent au XXe siècle. S’agissant de la Première République, il existe deux stratégies : soit elle est intégrée dans l’histoire générale de la Révolution (1789-1799) soit elle est éclatée en trois moments : celui du gouvernement révolutionnaire radical, celui de l’An III thermidorien et celui du Directoire.” (extrait de l’introduction). 

L'auteur

Christine Le Bozec, docteur en histoire, a enseigné à l’Université de Rouen (histoire moderne). Elle a publié plusieurs ouvrages remarqués sur des personnages de la période révolutionnaire dont Boissy d’Anglas, Lemonnier (peintre), Danton et Robespierre ainsi que Les Femmes et la Révolution (1770-1830).

Et aussi

 

Puisque les temps actuels se prêtent à la (re)lecture, je propose deux autres ouvrages, des histoires dans l’Histoire en quelque sorte…  Parce que le destin des humains est toujours incertain, parfois surprenant ou terrible, parfois facile et bienfaisant. Souvent aussi, il n'a dépendu que d'un seul ou de quelques uns. La multitude et sa révolte n'ont que très rarement répondu aux questionnements.  Il existe des périodes dites « charnières » où la trajectoire initiale est abandonnée pour un avenir toujours plein d'aléas.

 

Lord Louis Mountbatten de François Kersaudy, Biographie Payot,  464 p. 26 € , 1ère édition avril 2005 

Né en juillet 1900, doté de 5 prénoms, Louis de Battenberg est un petit-fils de la reine Victoria dont la 3ème fille –Alice– épouse d'un Grand Duc de Hesse, donne elle-même naissance à une autre Victoria, mariée à Louis de Battenberg  en 1894, lequel  obtient la nationalité britannique. Le couple a 4 enfants : deux filles, dont l'une est la mère de Philippe, futur époux de la Reine Elizabeth, et deux garçons :  George fait marquis de Milford-Havent, et le petit dernier Louis («un fort bel enfant» écrit la reine Victoria dans son journal). Tout ce joli monde transforme Battenberg en Mountbatten, cela fait plus anglais à l'orée de  la guerre de 14. Louis intègre à 14 ans le Royal Naval College de Dartmouth. A 23 ans, il épouse la  belle, intelligente et très riche Edwina Ashley qui lui donne 2 filles. Travailleur infatigable, esprit survolté, exigeant, ambitieux, Mountbatten gravit rapidement les échelons de sa hiérarchie, autant par son nom que par ses initiatives, devient d'abord responsable de la Flotte de Méditerranée, puis de celle de l'Orient (les péripéties sont étonnantes, souvent drôles et pleines d'intérêt).

C'est à 39 ans, au seuil de la Seconde Guerre mondiale, qu'il donne toute sa mesure : d'abord en Europe, où il contribue à développer l'aéronaval et les transmissions ; sa proximité avec Churchill lui permet quelques audaces opportunes. Puis envoyé en Inde et en Extrême-Orient, il est un des leaders de la résistance aux Japonais. La guerre terminée, il sera le dernier Vice-Roi des Indes dont il négocie et prépare l'indépendance ; il en reste Gouverneur pendant un an, épaulé par l'indispensable Edwina. Retiré des affaires avec l'estime de son pays, il sera très proche de Charles, prince de Galles. Il meurt en 1979, dans un attentat perpétré par l'IRA. Ses obsèques –qu'il avait minutieusement préparées- sont mémorables. 

Le plus grand mérite de ce livre foisonnant, bourré d'anecdotes, est sa seconde partie, restituant la guerre en Asie, si mal connue des Européens et les tragiques péripéties de l'indépendance de l'Inde et de la « partition » à l'origine du Pakistan, puis du Bangladesh dans un désordre et une violence peu imaginables. Kersaudy, spécialiste de l'histoire du XXème siècle a longuement rencontré Louis Mountbatten peu avant sa disparition. Cela enrichit considérablement cet ouvrage.

 

Autre ouvrage à relire : La spectaculaire histoire des rois des Belges, de Patrick Roegiers, Perrin Tempus, 452 Pages, 10,50 €.  1ère édition août 2017. 

Emanation du 2ème Congrès de Vienne de 1815, afin de calmer le jeu entre la Prusse, les Pays Bas, la France et quelques autres, la «Belgique» rassemble des territoires et des peuples dispersés, Flamands, Wallons, Germanophones, aux croyances et pratiques différentes voire carrément opposées. Après moult tribulations, en février 1831 une assemblée de notables choisit d'y instaurer une monarchie : Il s'agit alors de trouver une dynastie, un prince, qui veuille bien se charger du bébé sans vexer personne. Le second fils de Louis-Philippe est écarté ; finalement on tombe sur Léopold de Saxe Cobourg Gotha, éduqué en Angleterre, qui a déjà refusé la couronne de Grèce. Il a 41 ans, n'a jamais mis le pied dans son futur royaume, et y débarque –après un fort mal de mer– le 21 Juillet 1831, après l'intérim d'une régence en attendant qu'il daigne se décider.

Ainsi commence une saga stupéfiante, une succession (à ce jour) de sept souverains, souvent mal préparés, aux personnalités complexes, surtout écartelés entre un très haut sens du devoir, de leur rôle et leurs véritables désirs. Le projet d'abdiquer les titille souvent. 

Léopold 1er, deux fois veuf, misanthrope, méfiant, discourtois, mène néanmoins la barque vers la stabilité et le progrès. Il inaugure une diplomatie multilatérale habile et la manie des maîtresses et des enfants naturels. Il règne 34 ans. Le deuxième Léopold est carrément extravagant, très ambitieux, épris de modernité, d'urbanisme, étiqueté comme   «massacreur du Congo», se définissant lui-même comme « un géant dans un entresol ».

 Une hécatombe d'héritiers directs fait que la succession passe  d'oncle à neveu, vers  des cadets bégayant d'embarras. Albert 1er sera le «roi alpiniste», époux d'une Elisabeth «en» Bavière, femme d'acier, et «roi héros» de la Grande Guerre...Suit Léopold III : beau, enjôleur, pressé ; tout commence au mieux, mais sa belle Astrid disparaît hélas dans un accident de voiture, la Guerre éclate, il ne fait pas les bons choix, se retrouve prisonnier de l'occupant («le roi collabo»?) et se remarie avec une fille d'armateur («la poissonnière»). Les Belges ont le sobriquet facile.

En 1946, le fascinant intermède (vraiment étonnant) de la Régence de Charles, le frère cadet, permet à Baudouin « l'échalas coincé», d'accéder au trône. Un règne de 42 ans, calme, studieux et réussi. Mais pas d'héritier ; une fois de plus le sceptre passe au frère cadet,  Albert II “un Vrai Belge” disent les Belges, «le roi débonnaire», qui a près de 60 ans et  prévient tout de suite qu'il n'ira pas plus loin que 20 années de royal job.

 Le livre est extraordinaire, mieux qu'un roman : drôle, enjoué, bourré d'anecdotes et de remarquables analyses de situations. Souvent cruel, ironique, mais aussi plein de tendresse et de respect. Patrick Roegiers est lui aussi «un vrai Belge» à la plume aussi précise que surprenante. 

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