Livres/BD/Mangas

La Quarantaine

Culture-Tops propose depuis fin mars 2020 des chroniques de livres et de BD "hors actualité". Des œuvres qui ont particulièrement marqué nos chroniqueurs et qui composent cette nouvelle série du "Plaisir de relire".
De J. M.G Le Clézio
Gallimard 1995, 540

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 14 avr . 2020

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Une famille française et quelques européens de la bonne société quittent l’Europe pour retrouver leurs racines à l’île Maurice. A leur grande surprise, les voilà débarqués sur Flat Island, à quelques milles seulement de leur destination. Pourquoi ? Le flou des réponses qui leur sont données ne les inquiète pas jusqu’au jour où … ?

Un superbe roman à la résonance puissante en temps de confinement.

Points forts

Parue en 1995, La quarantaine prend aujourd’hui une résonance plus puissante encore par l’épreuve que le monde traverse. Cette quarantaine de Le Clézio, c’est la nôtre vécue non pas sur une île perdue de l’Océan Indien mais au cœur même de notre vie quotidienne. Les parias, les Intouchables que nul ne vient voir, c’est nous. Vides. Solitaires. Inatteignables et à la merci du hasard. L’inimaginable est soudain devenu notre quotidien comme l’était pour les héros de Le Clézio, le bateau qui, un jour, viendrait les arracher à leur détresse. Chaque lever du jour leur apportait un semblant d’espérance où la mort serait pour les autres et jamais pour eux-mêmes.

La relecture du livre prend soudain la dimension d’un vis-à-vis violent, nous livrant ce que nous fûmes hier et ce qu’aujourd’hui nous sommes  devenus : des ombres réalisant que l’avenir pourrait ne pas être pour eux. Une intensité crépusculaire s’en dégage, portant jusqu’à nous, la violence de l’humanité et sa volonté de survivre quelles qu’en soient les conditions. Un jeu à qui perd gagne dont seul Le Clézio détient la clé.

Points faibles

Est-ce l’effet du temps ? Ou en raison de notre propre réclusion ? Le début du livre déroute par l’apparition d’un d’Arthur Rimbaud perdu à Aden, souffrant le martyre et en voulant à l’humanité toute entière. On l’oublie vite, La quarantaine ne commençant pour nous aujourd’hui qu’à la page 53 et, chance infinie, il nous en restera 411 à savourer. 

En deux mots ...

Magnifique comme l’est une traversée dont les passagers ignorent quelle en sera la durée et l’issue. Embarqués sans savoir quand et comment le destin changera de route, les laissant sur une île où tout peut survenir : la grâce comme l’amour ou le désespoir. Se délectant de leur faiblesse comme de leur pugnacité, l’océan les cerne faisant de l’île Maurice le mirage d’une terre promise. 

Un extrait

"Nous nous sommes couchés l’un contre l’autre, dans l’ombre de la grotte, tout près de la lampe qui s’étouffait. Nous n’avions qu’une seule peau, qu’un seul visage, ses yeux agrandis étaient deux puits d’ombre et je voyais à travers eux, je respirais aussi par sa bouche. Il n’y aurait plus de peur, ni de douleur, ni de solitude. Le bruit de la mer et du vent nous portait, nous grandissait, la musique des moustiques autour de nos cheveux, la rumeur de la ville des coolies, de l’autre côté du volcan. Tout cela, en moi, en elle, qui s’étendait, s’unissait dans l’espace".

L'auteur

Prix Nobel de littérature en 2008, J.M.G Le Clézio n’est pas un écrivain que l’on ait besoin de présenter. Après avoir été couronné par neuf prix littéraires, tous aussi prestigieux, dont en 1963 le Prix Renaudot pour Le Procès-Verbal, en 1980 le Grand Prix de littérature Paul-Morand de l’Académie Française pour Désert, le Grand Prix Jean Giono en 1997 pour l’ensemble de son œuvre, il est devenu l’homme de tous les voyages et ses livres sont traduits sur les cinq continents et dans près de quarante pays. Un écrivain d’exception.  

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