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L’Abominable

Sur les flancs glacés de l’Everest, une aventure à donner le vertige !
De Dan Simmons
Traduction française de Cécile Arnaud Editions Robert Laffont, 660 p. 23€

Lu / Vu par

Charles Chatelin
Publié le 21 jan . 2020

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Après la mort des alpinistes George Mallory et Andrew Irvine lors de l’expédition britannique de 1924 sur l’Everest, trois amis – un Anglais, un Américain et un Français – décident de tenter l’ascension l’année suivante. Ils veulent être les premiers à vaincre le Toit du monde, l’Everest, qui culmine à 8840 mètres.

Lady Bromley, dont le fils, sir Percy, a disparu mystérieusement près du sommet peu après Mallory et Irvine, les financera, à charge pour eux de retrouver son corps. Mais que faisait Percival Bromley là-haut, et qui est donc Bruno Sigl, cet alpiniste allemand qui affirme l’avoir vu se faire emporter par une avalanche avec son compagnon, un autre Allemand nommé Kurt Meyer ?

Points forts

Accrochez vos crampons ! Dans l’Abominable, Dan Simmons administre au lecteur une fabuleuse leçon d’alpinisme tel qu’il se pratiquait à une époque où toutes sortes de techniques nouvelles étaient mises à l’épreuve, notamment lorsqu’il s’agissait de défier l’enfer stratosphérique des sommets himalayens (le passage sur les bouteilles d’oxygène, « l’air anglais » qui permet de survivre dans cette atmosphère trop peu dense, est impressionnant). Les prouesses des personnages, accrochés comme des araignées à des parois impossibles, donnent vraiment – physiquement – le vertige. J’ai failli arrêter ma lecture lorsque la courageuse Reggie, cousine de Percy Bromley et vrai chef de l’expédition, trébuche et commence une interminable glissade vers l’abîme !

Simmons profite du roman pour se livrer à une enquête minutieuse sur les conditions, bien réelles celles-là, de la mort de George Mallory et Andrew Irvine, ainsi que sur l’expédition britannique de 1924, très élaborée en matière technique et scientifique. Le corps d’Irvine a peut-être été aperçu en 1975 ; celui de Mallory a été retrouvé en 1999. La grande question est de savoir s’ils sont allés jusqu’au sommet ou non, avant de « dévisser » au cours de leur descente. Si c’est oui, alors Edmund Hillary et Tensing Norgay n’ont pas été les premiers là-haut, en 1953. Bien sûr, les protagonistes du roman apportent leur propre réponse…

À noter : l’excellente traduction française de Cécile Arnaud. 

Points faibles

Si l’alpinisme vous indiffère, ou si la sensation de vertige vous insupporte, lâchez ce bouquin tout de suite !

En deux mots ...

Comme d’habitude, Simmons amène le lecteur au tiers du livre sans que celui-ci puisse savoir où va l’intrigue : pure aventure d’alpinisme, sombre affaire d’espionnage, récit horrifique ? Avec un titre pareil et la réputation de l’auteur en matière de monstres, on imagine que nos héros – ou du moins quelques sherpas – vont être « boulotés » par le Yéti. Peut-être bien, mais pas par le genre de bête à laquelle vous vous attendriez… On ne va pas vous en dire plus ; sachez néanmoins que la chute (qu’on pardonne ce jeu de mot de mauvais goût) vous surprendra. Invraisemblable ? On s’en moque : on a passé un si bon moment !

Un extrait

« J’aurais sûrement rigolé si j’avais regardé en bas – la courbure de la Terre était visible depuis que nous avions atteint le premier ressaut ; là, sur le deuxième, les cimes de montagnes distantes de plus de trois cents kilomètres pointaient au-dessus de cette courbure brumeuse, et le sommet de tous les pics himalayens de 8000 mètres était maintenant en-dessous de moi –, si bien que je me gardai d’admirer le paysage et continuai de grimper tel un lézard sur une roche chaude. Sauf que celle-ci ne l’était pas : il faisait un froid d’un autre monde. » (Troisième partie, chapitre 21.)

L'auteur

L’Américain Dan Simmons est plutôt orienté fantastique, horreur et science-fiction, domaines dont ne relève pas vraiment l’Abominable. Coutumier des best-sellers, son plus grand succès est sans aucun doute les Cantos d’Hypérion, une suite de quatre romans et deux nouvelles dont certains ont été couronnés, entre autres, par le Hugo et le Locus, principales distinctions (avec le prix Nebula) de la littérature de SF. Une des caractéristiques de Simmons est de développer parallèlement à l’intrigue une étude érudite (et passionnante) sur l’œuvre de l’un ou l’autre écrivain ou poète : John Keats dans Hypérion, Homère, William Shakespeare et Marcel Proust dans Ilium, Shakespeare encore dans Flashback, Charles Dickens dans Droods… Mais ce n’est pas le cas dans le présent roman, bien qu’un des héros soit lui-même poète et que le rôle des écrivains anglais dans la Grande Guerre soit évoqué avec force. On retrouve quand même dans l’Abominable trois fondamentaux de l’auteur : son goût pour les cultures confrontées à une nature hostile – ici les sherpas et les Tibétains –, son penchant pour le politiquement incorrect – le roman est à l’évidence “churchillien” – et son antinazisme viscéral – les sbires d’Adolf tombent de haut !

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