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A l’aube de la Résistance - Automne 1940, ils ont dit « non » les premiers

Un ouvrage qui a le mérite de montrer les tout premiers actes de la Résistance et de faire revivre l’un de ses membres, le trop oublié Jacques Renouvin. Très émouvant et très utile.
De François-Marin Fleutot
Le Cerf, paru en octobre 2020 - 295 pages - 24 €

Lu / Vu par

Gilles Antonowicz
Publié le 01 fév . 2021

Recommandation

2,0BonBon

Thème

Les premiers pas de la Résistance intérieure, rassemblant dès l’automne 1940 quelques rares Français refusant de se laisser assommer par la défaite.

Parmi eux, un jeune avocat de 35 ans, ancien militant de l’Action Française, Jacques Renouvin, organise au sein du mouvement Combat des Groupes Francs qui vont être les premiers à se lancer en zone libre dans des actions directes, souvent violentes, à l’encontre des personnes gravitant dans la mouvance collaborationniste.

Après l’invasion de la zone libre en novembre 1942, Renouvin et son millier de volontaires bénéficient des premiers parachutages d’armement venus de Londres, ce qui leur permet de porter directement atteinte aux forces d’occupation.

Points forts

Si, au Panthéon de la Résistance, les noms de Jean Moulin, Raymond Aubrac, Henri Frenay ou Pierre Brossolette nous sont familiers, celui de Jacques Renouvin l’est moins. A l’aube de la Résistance a le grand mérite de faire sortir de l’ombre cet homme courageux, à la très forte personnalité, arrêté par la Gestapo à Brive le 29 janvier 1943, déporté au camp de Mauthausen où il meurt le 24 janvier 1944.

Jacques Renouvin compte au nombre des 1 061 Français élevés par le général de Gaulle au rang de Compagnon de la libération.

Ce livre a également le mérite de rappeler la capacité de la résistance non-communiste à entreprendre des actions directes bien avant que les communistes ne rejoignent ce combat, après la rupture du pacte germano-soviétique, en juin 1941.

Points faibles

Qui trop embrasse mal étreint … et le lecteur est quelque peu enseveli par l’avalanche des noms des personnes ayant accompagné Renouvin et le mouvement Combat dans leur action.

En deux mots ...

Un livre utile, écrit à l’intention de ceux qui souhaiteraient découvrir une facette peu connue des combattants de l’ombre.

Un extrait

« Dans les camps, on ne meurt pas forcément exécuté ou gazé ! Epuisements, épidémies, dénutrition, maladies, font autant de dégâts que la solution finale. Mauthausen subit régulièrement des épidémies de malaria. Courant janvier 1944, Teddy Piat y retrouve Jacques Renouvin. ‘’Il n’était plus que l’ombre de l’homme grand et fort que j’avais connu et aimé. Un infirmier, déporté français, a pu avoir, pour nous, deux places sur un même châlit. Nous avons dû passer deux ou trois jours côte à côte. Dans la journée, je m’asseyais sur le châlit et je mettais sa tête sur mes genoux. J’essayais de le réconforter, mais il ne m’entendait plus. Je devais le forcer à manger sa demi-tranche de pain, il n’en avait plus la force. Et un après-midi, je m’aperçus qu’il était mort, sans un mot, sans un soupir. Je peux attester qu’il est mort de faim, lui qui aurait fait fièrement face à un peloton d’exécution. Et je me suis dit que cet homme n’avait pas eu la mort qu’il méritait’’. »

L'auteur

François-Marin Fleutot est éditeur, historien, essayiste. Il a publié une dizaine d’ouvrages dont Des royalistes dans la Résistance (Flammarion, 2000, ouvrage cité à de multiples reprises par Simon Epstein dans sa somme Un Paradoxe français, Antiracistes dans la collaboration, antisémites dans la résistance, Albin Michel, 2008) et Les Rois de France excommuniés, aux origines de la laïcité  (Cerf, 2019).

Le clin d'œil d'un libraire

Librairie livres anciens LE FEU FOLLET, à Paris

Directeur fondateur : Pascal Antoine

« Le Feu Follet », petite flamme éternelle du livre rare, dotée de pouvoirs magiques, illumine depuis plus de 20 ans le Boul’Mich à deux pas du Luco (le Jardin du Luxembourg… et du Sénat !). Sis au 31 rue Henri Barbusse  et au 121 du Boulevard Saint-Michel, les deux établissements de la librairie éponyme distillent leurs bienfaits aux amoureux du livre ancien, des lettres autographes exceptionnelles, d’incunables ou même d’estampes rares, en provenance des musées, collections privées et fonds culturels du monde entier. Dans ce palais de la culture médiévale et de la culture tout court, officie un personnage passionné et passionnant, Pascal Antoine, qui a roulé sa bosse dans les mines de malachite, pierre semi-précieuse du Haut Katanga (le fameux Shaba de Mobutu), pierre verte de la persuasion très utilisée en litho thérapie, avant qu'il ne retombe, en 1998,  dans le creuset de ses amours de jeunesse, le livre.

Ici, présentés par huit libraires (record national pour ce type de librairie) 30 000 livres précieux, depuis le XVe siècle jusqu’à nos jours, attendent patiemment leurs futurs et heureux propriétaires. Qui dit livres précieux ne veut pas dire forcément livres chers : « Nous proposons des livres rares et des éditions originales de 20 € à 17 000 € (rare en effet !) couvrant 500 ans de l’histoire des idées, de l’impression de la pérennisation de la mémoire écrite » confie Pascal Antoine. Une véritable épopée de la littérature en somme « accessible à tous types de bibliophiles ». Fixons les idées, par curiosité : un grand auteur «moderne» sinon le plus grand ? « Je dirai un Marcel Proust version originale édition limitée, dédicacée à un de ses contemporains : entre 5 000 et 20 000 € (!) en fonction de la dédicace » précise Pascal Antoine. Cela étant dit : « Non, le livre ancien n’est pas un produit de placement, je ne le vois pas comme cela » ajoute-il un peu choqué...et prudent.

On l’aura compris Le Feu Follet est un trésor. Une dernière question : pourquoi ce nom d’enseigne un brin ésotérique : « Un clin d’œil à Drieu la Rochelle ...et à Louis Malle bien sûr ». Mais c’est aussi la reprise d’un thème qui ne doit rien au hasard ! Oui, Antoine prénommé Pascal, entrepreneur dans l’âme a la littérature dans le sang. Comme il le dit joliment : « Je suis toujours à la mine, à la mine des livres » (l’école du même nom, Ecole des Mines, est à deux pas).

Librairie Le Feu Follet, 31 rue Henri Barbusse et 121 bd Saint Michel, Paris 75005. Tel. 01 56 08 08 85

Texte et interview réalisés par Rodolphe de Saint-Hilaire pour Culture-Tops

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