L’autre moitié du songe m’appartient

L’unique et splendide livre de poésies d’une femme de lettres hors du commun, emportée par la maladie à 20 ans
De
Alicia Gallienne
Gallimard
381 p.
24 €
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Thème

Qui est-on quand on sait que l’on va mourir à vingt ans et comment accepter le destin ? 

Un livre de poèmes, certes, mais aussi une ode au courage pour celle qui écrit je ne connais que trois formes de courage : elles s’expriment dans l’acceptation de sa différence, dans celle de la douleur et enfin dans celle de la mort. Pour moi, le courage est une des formes de l’intelligence humaine. Je souhaite qu’elle ne soit jamais la figure âpre de la résignation.

Plus le livre avance et plus se fait haletante cette course à la vie où se fondent les années, les nuits, les jours et où sonnera l’heure du glas.

Points forts

Si la poésie est évasion, voilà une œuvre qui s’avance vers nous avec la puissance et l’orage d’un ciel imprévisible. Alicia Gallienne y fait danser les nuages, la vie et la mort, la passion et le désir de se montrer telle qu’elle est. Sans autre fard qu’une sensibilité à fleur d’âme, sa volonté d’aimer la vie et d’écrire jusqu’à son dernier jour emporte le lecteur page après page. 

La préface de Sophie Nauleau est un lever de rideau à ne manquer à aucun prix. Pourquoi ? Parce qu’elle en est le précieux fil d’Ariane de cette œuvre bouleversante.

Quelques réserves

Qui serait-on pour juger quelqu’un qui nous fait ce don posthume ?

Encore un mot...

Résumer quelqu’un qui a disparu n’est pas de mise ici. Laissons-lui plutôt la place :
Dans les rêves je suis libre de revenir
Ou de me prolonger vers l’avenir
Avec le défaut d’innocence de ce qui n’aura pas lieu

Une phrase

Faiblesse, n’oubliez jamais que je vous abhorre au-delà des mots : on n’a pas le droit d’être faible ni pour soi ni pour les autres, car vivre c’est être fort et accepter de tomber sous le poids de ce qui ne nous appartient pas… sans sourciller. 

Le cierge du monde
C’est l’imagination qui veille la nuit
Car la réalité a sombré dans un certain dégoût d’elle-même
Et quand elle fait un effort pour tromper le sort
Quand de la terre naissent des trésors de beauté
Elle comprend que la solitude a enfermé les gens chez eux
A double tour avec de fausses clés

Je suis riche de mes heures perdues
De mes phrases mille fois heurtées à elles-mêmes
Je suis riche de mes émerveillements
Et chaque jour je bénis Dieu d’avoir donné
La vertu de se dépasser et de créer l’impossible

Non rien ne m’est interdit car je détiens le rêve

L'auteur

Avec ce premier et unique livre de poésies écrites entre sa quinzième année et son vingtième anniversaire, Alicia Gallienne se révèle, trente ans après sa mort, une femme de lettres hors du commun. Préfacée par Sophie Nauleau et postfacée par son cousin Guillaume Gallienne L’autre moitié du songe m’appartient traverse le temps portant jusqu’à nous une enfant et une femme que personne ne pourra plus effacer de sa mémoire.

Commentaires

Antoine
ven 13/03/2020 - 01:32

C’est une chose de lire, c’est une autre d’agir. Qu’Alicia Gallienne ait réalisé une forme de plénitude de vie, où le singulier en la personne qu’elle est s’infinitise, au-delà des mots pour dire une telle expérience, exceptionnelle, de vie : qui peut en douter ? Que cette flamme, cette promptitude céleste qui prend de court même la fatalité la plus fatale, la mort, qui est trop vive pour les simples normes communes où se dorment tant d’entre nous - nous tous, en fait, humains, presque sans exception sinon de rares cas tels Alicia -, qu’une telle flamme, au’!ne telle intensité de vie, une vie d’un million de volts et non plus du 220, gise en chacun, attendant seulement l’étincelle de la plus élémentaire bonne volonté pour jaillir, hé bien : il n’est pas possible de douter chacun capable d’une telle épreuve (au sens d’éprouver d’abord, et d’être éprouvé ensuite) de vie, comme il n’est pas possible de ne pas être sidéré que si peu de personnes fassent ce chemin-là, de vérité de soi, jusqu’à la transparence totale de soi à soi, qui conduit seul, pourtant, à la plénitude humaine, personnelle et universelle.

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