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Le château de mon père, Versailles ressuscité

Un homme et un château ? La plus puissante des histoires d’amour ?
De Jean-Baptiste Veber, Maïté Labat, Alexis Vitrebert, Stéphane Lemardelé
Ed. La Boîte à Bulles, 2019 172p. 24€

Lu / Vu par

Nicolas Autier
Publié le 08 fév . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

En 1887, le Château de Versailles n’est pas le fleuron de l’histoire et de la culture française que nous connaissons aujourd’hui. L’ancien relais de chasse de Louis XIII, transformé en résidence royale et barycentre de la monarchie française par Louis XIV, est tombé dans l’oubli et survit dans un semi abandon. Emblème de la royauté, il a été délaissé par une République avant tout soucieuse de sa consolidation. Souffrant de la concurrence de son cousin parisien du Louvre, il prend la poussière et se délite doucement dans cette ville de Versailles redevenue une lointaine et peu accessible banlieue de la capitale, tandis que ses collections demeurent confinées dans les réserves et greniers, privant du bonheur de leur découverte les rares visiteurs qui s’aventurent encore dans ses galeries.

Pierre de Nolhac, jeune attaché de conservation récemment nommé à Versailles grâce à « une opportunité inattendue », se fixe rapidement comme objectif de redonner au château son lustre d’antan. Pendant les trente-trois ans de sa mission à Versailles, il dédiera son inépuisable énergie d’Auvergnat intransigeant au service de cette cause, ferraillant sans relâche avec l’administration, les politiques, les architectes des monuments nationaux, la presse, la bonne société versaillaise. Obnubilé par la résurrection du château, quitte à prendre le risque de mettre en danger sa famille…

Points forts

Le château de mon père, très largement inspiré des Mémoires de Pierre de Nolhac, est une formidable « porte ouverte » sur une période très largement méconnue de l’histoire du château de Versailles. Il permet notamment de mesurer la mauvaise réputation de cet emblème de la royauté, l’état d’abandon dans lequel il se trouvait, et à quel point la farouche détermination d’un seul homme aura permis de préserver ce joyau de notre patrimoine culturel.

On plonge avec intérêt dans l’histoire de la vie de cette famille de Nolhac si étroitement imbriquée avec celle du château, de par la trajectoire du patriarche Pierre de Nolhac. 

On revit ? avec bonheur le rôle joué par le château dans la diplomatie française au tournant des deux siècles à l’occasion de la signature du traité de paix de la guerre franco-prussienne de 1870 dans la galerie des glaces, a venue en France de la mère de l’Empereur d’Allemagne Frédéric II, la visite officielle en France du tsar Nicolas II ou encore la signature du traité de paix de la première guerre mondiale, dans cette même galerie des glaces. 

On apprécie le choix d’un noir et blanc crayonné pour donner vie à cette histoire tout en restituant la nostalgie qui s’y attache et son côté délicatement suranné.

Points faibles

Grande histoire du château de Versailles et petite histoire de la famille de Nolhac, ou inversement, sont indissociablement intriquées dans ce beau roman graphique. S’il n’en est rien à la première lecture, à la seconde, on se surprend au fil des pages à penser que la place donnée à l’histoire familiale prend trop le pas sur celle du château, étirant ainsi l’intrigue et lui faisant perdre en intensité.

En deux mots ...

Le château de mon père est un bien joli ouvrage, qui nous permet d’enrichir notre connaissance du château de Versailles, de réaliser que notre dernière visite du château date peut-être de plus longtemps que nous ne le pensions, et nous plonge dans l’effervescence d’une période dont nous avons un peu perdu la mémoire. Celle de l’apparition du téléphone, des doutes sur la fiabilité des moteurs à exposition, de la généralisation du chemin de fer, de la création du cinématographe, de la construction de la Tour Eiffel… 

On y croise avec bonheur des figures emblématiques de la vie culturelle et politique française de la fin du XIX° et du début du XX° siècle : Anatole France, Auguste Rodin, Pierre Puvis de Chavannes, les frères Lumière, Sarah Bernhardt, Félix Faure, Georges Clémenceau, Raymond Poincaré.

Une illustration

L'auteur

Ils sont deux à avoir œuvré au scénario : Maïté Labat et Jean-Baptiste Veder. La première a réalisé des études d’histoire contemporaine, travaille aujourd’hui au Musée du Louvre, a connu une expérience dans le journalisme et surtout travaillé 8 ans au Château de Versailles dont elle ainsi eu envie de raconter l’histoire. Le second est professeur d’Histoire-Géographie, auteur de romans, de nouvelles et scénariste de roman graphique. Il tient également un blog – Du matin et du soir, passions et curiosités à tous les étages – de chroniques culturelles, littéraires et pédagogiques.

Au dessin, Alexis Vitrebert est riche de plusieurs casquettes : réalisation de fresques et d’affiches, publication d’un ouvrage pour la jeunesse : Les bêtises d'Albert, éd. Il était une fois, 2018. Quant au storyboard, nous le devons à Stéphane Lemardelé, ancien élève des Beaux-arts de Cherbourg, installé au Québec depuis 1995 où il est rapidement repéré dans la scène culturelle. Dès son arrivée, il s’y fait remarquer par la qualité de son travail au sein de la vie culturelle. Organisateur de festivals, il collabore avec les réalisateurs Wim Wenders, Louis Bélanger, Christian Duguay, Guylaine Dionne ou Ricardo Trogi et les maisons d’édition La Courte Échelle, Leméac, Édilarge-Ouest-France. Créateur des livres objets en accordéons, il est également passionné de voile et auteur d’un llivre documentaire original sur les vieux gréements.

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