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Le cinéma policier français. 100 films, 100 réalisateurs

Un défi brillamment relevé : présenter 100 réalisateurs par un seul de leurs films, le plus emblématique.
De Jean Ollé-Laprune
Hugo Image Ed - 240 pages - 24.95€

Lu / Vu par

Françoise Thibaut
Publié le 21 avr . 2021

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Le «genre» policier est un domaine privilégié du cinéma français depuis qu’il existe. Il est le plus important d’Europe. Cela commence à peu près en 1901 avec Ferdinand Zecca et Louis Feuillade (les Vampires, plus tard Judex, Fantomas), jusqu’à nos jours. C’est un univers longtemps en noir et blanc (la couleur n’apporte rien) aux approches variées, dominé par le désir d’intriguer ou de faire peur, avec des gens pas toujours très sympathiques, mais aussi à l’esthétique souvent très recherchée.

Dans cet ouvrage, le but du jeu est de présenter 100 réalisateurs avec UN seul de leurs films (parfois nombreux) : le plus emblématique de leur style, de leur intérêt et de l’accueil que lui réserva le public.

Alors, profitons de la publication de ce livre pour nous livrer à un rapide  tour d’horizon de notre cinéma policier français :

Il y a les « grands » d’avant guerre : Pierre Chenal, Marcel Carné, Jean Renoir (La Chienne), le premier Gabin-voyou (Coeur de Lilas) avec Litvak, Julien Duvivier, Maurice Tourneur,  Clouzot (Le Corbeau). A la fin des années 1950 on a l’apogée  du film noir avec les mecs en costume croisé, les poules, les ménagères et les 4 CV : l’incontournable trio : Le Grisbi de Jacques Becker, Razzia sur la chnouf d’Henri Decoin, le Riffifi de Jules Dassin...Suivra le « règne » de Gabin, puis celui de Ventura, de Delon. Henri Verneuil réussit l’exploit en 1969 de les réunir dans Le Clan des Siciliens.

Louis Malle inaugure la Nouvelle Vague avec le flambant Ascenseur pour l’échafaud. Après viennent Godard, Truffaut, Lautner, Deray, Costa-Gavras, Melville de Bob le flambeur au Cercle rouge, Claude Sautet et ses Ferrailleurs, la prise de pouvoir de Depardieu (Claude Miller) et de Dewaere (Boisset).

Ensuite, c’est plus varié, avec des comédies, de l’exotisme, des jeunes qui courent vite et flinguent moins, des banlieues, moins de Marseille et plus de Côte d’Azur, des Américains, des policiers à problèmes...Après 2000, voici Schoendoerffer, Téchiné et ses Voleurs, Kassovitz et La Haine, Xavier Beauvois, Jacques Audiard et Un Prophète, Maïwenn et Polisse, Chouf de Karim Didri, et bien d’autres, car les nouveaux moyens techniques permettent d’aborder le métier plus facilement (ou moins difficilement…)

Points forts

Revenons au livre de Jean Ollé-Laprune et ses 100 réalisateurs : Trier les pépites de cette abondante fortune n’était pas évident. Le résultat est beau, très documenté, illustré de photos de plateau parfois rares et de commentaires judicieux (avec des potins de tournages !).

Sans être trop savant (c’est l’anti-Patrick Brion), l’ouvrage est avenant, souvent amusant, tout en étant sérieux, bien que parcellaire.

Avec le bon flair des connaisseurs, Jean Ollé-Laprune nous épargne les si médiocres Belmondo et Delon des années 80, fabriqués sur mesure et à la chaîne, tous les mêmes où les héros ne meurent jamais. Ici,on redécouvre avec bonheur des noms oubliés, des précieux moments de cinéma, on entend d’inoubliables musiques.

Le choix d’une présentation chronologique est excellent : il permet d’aborder tous les styles, du comique ou parodique au très dramatique, la comédie policière, les histoires « vraies », les études de mœurs et les délires assassins.

Ce voyage à travers ce cinéma français est aussi une extraordinaire leçon de sociologie, où l’on voit un pays (le nôtre) aux prises avec ses démons, évoluant sans cesse, la disparition des ouvriers du Jour se lève, l’émancipation des filles (Plein soleil), l’évolution des héros, des flics, des malfrats, des voitures, des vêtements, la cigarette perpétuelle,  l’embourgeoisement des professionnels et le désordre moral des plus jeunes.

L’ensemble est assez violent, présente la noirceur humaine, mais reste très fréquentable, rappelle souvent de bons souvenirs, de chaudes émotions dans les salles obscures.

En lui-même, classé dans la catégorie “beaux livres”, il peut constituer un excellent cadeau pour amateurs de ciné et de polar !

Points faibles

Mettons tout de même un léger bémol : Le choix du film accompagnant son réalisateur est évidemment très personnel et ne plaît pas forcément : pour Clouzot on peut préférer L’Assassin habite au 21 ; pour Verneuil Mélodie en sous sol (mais il n’y a pas de mort) :  pour Boisset Le Juge Fayard ; mais chacun ses goûts.

Un extrait

Page 65 : Plein Soleil (René Clément)

Le rôle de Tom Ripley est initialement prévu pour Jacques Charrier. Delon...va batailler toute une soirée de juillet 59 auprès des producteurs et du réalisateur pour avoir le rôle...C’est Bella, l’épouse de René Clément, qui tranchera en sa faveur.

Page 119 : La Bonne Année (Claude Lelouch)

La complicité entre les deux têtes d’affiche soude le film. Leur amitié remonte à l’époque où Jacques Becker, le premier mari de Françoise Fabian, fait débuter Ventura….Lelouch justifiera le choix de l’actrice : « il me fallait trouver quelqu’un pour tenir tête à Lino ».

Page 158 : Police (Maurice Pialat)

Police marque le retour de Depardieu chez Pialat...Les deux hommes rigolent comme des ados, mais les actrices évoquent lors du tournage les comportements provocateurs de Depardieu et Pialat. Les tensions les plus vives surviennent avec Richard Anconina dont Pialat fera son souffre-douleur.

L'auteur

Jean Ollé-Laprune (né en 1959) est un passionné éclairé de cinéma, fin connaisseur de «polars», et un analyste brillant. Cofondateur des chaînes Ciné+Premier et Ciné Classics pour le Groupe Canal, il a aussi créé Ciné-Kino pour Arte. Il est l’auteur d’ouvrages sur le 7ème Art, tout comme il aime, lorsqu’il le peut, aller sur les tournages. Dans le présent opus, il assouvit sa soif du polar et en dessine les contours avec brio.

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