Ah la mer ! dans quelques films du cinéma français et américain

La mer ? au cinéma, délicieuse ou dangereuse, elle offre de bien mémorables moments !
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Après le long enfermement, l’air du large, le bruit des vagues, l’immersion bienfaisante nous appellent. La prudence sanitaire desserre ses griffes pour laisser place à celles du vent marin, de l’extase vagabonde. Il y a aussi le sable insinué dans les orteils et le mal de mer... Mais nous n’en avons cure ! Mouillons nous les pieds et respirons à pleins poumons en nous contentant des quelques films de l’après 1946. 

En cinéma français, on peut “caler” le début de notre exploration  en 1955 avec Le Monde du Silence de Jacques-Yves Cousteau et Louis Malle avec un cadrage photo d’Edmond Séchan : Inattendu et surprenant, il séduisit le monde entier, toutes les générations et fut le premier de la découverte d’un monde aussi déroutant qu’enchanté. Jojo le mérou, la Calypso devinrent des stars, la plongée avec bouteilles une nouvelle mode…  Cousteau y gagna ses contrats hollywoodiens. Louis Malle y but la tasse une fois pour toutes et acquit une notoriété qui facilita sa première vraie réalisation : Ascenseur pour l’échafaud.

En 1947, côté américain, au-delà des répétitives odyssées de sous- marins en guerre,  L’Aventure de Madame Muir, de Mankiewicz, en noir et blanc, est un enchantement maritime et balnéaire où l’éblouissante Gene Tierney flirte avec le fantôme d’un vieux loup de mer (Rex Harrison). La mer en toutes saisons a un rôle décisif. On y voit aussi une délicieuse petite fille qui n’est autre que Natalie Wood. On ne s’en lasse pas.

Côté français, la mer fait partie du bonheur

Si Cousteau est sous l’eau, au même moment, Jacques Tati part en Vacances de Monsieur Hulot, chef d’oeuvre incontesté des congés d’été au bord de la mer. Douceur de vivre, humour décapant, paradis des enfants, la station balnéaire (Saint-Marc sur mer) prend son essor sur un air d’Alain Romans. Le cinéma français est celui qui envoie le plus les familles et les amoureux à la plage...Voir La Baule les pins (Diane Kurys), les Bronzés (Patrice Leconte) Embrassez qui vous voudrez ( Michel Blanc) et même Un Homme et une femme (Claude Lelouch)...Deauville indispensable ! Tous nos bords de mer font partie du fantasme français du bonheur...Il y en a tant.

Toujours dans l’eau, dessous, dessus,  3 films consacrés à Eric Tabarly : deux, un peu anciens, très beaux, où il se fait narrateur, et le dernier, récent, superbe documentaire de Pierre Marcel (2018, Tabarly, 78mn) ;  on en sort la tête pleine de vagues, et puis aussi L’homme-dauphin, l’hommage à Jacques Mayol, l’apnéiste légendaire, un récit magnifique de Lefteris Charitos (2018, 79 mn) au héros disparu du Grand Bleu de Luc Besson.

La production française aime à faire de la présence maritime une héroïne en arrière fond, tel Lola de Jacques Demy, Le Havre de Kaurismaki, Brest, Marseille éveillant drames et passion. La Bonne Année pourrait-elle se dérouler ailleurs qu’à Cannes ? Les 2 récits de Vercors évoquant Le Silence de la mer ont été mis en images (en noir et blanc) par Melville en 1948 avec Howard Vernon en officier allemand, puis, en 2004 par Pierre Boutron avec un Michel Galabru superbe et une bouleversante ambiance maritime. Julie Delarme en pédaleuse acharnée dans la lande côtière et le bruit des vagues remplit d’émotion. Et aussi le touchant Voir la Mer de Patrice Leconte, rêve d’enfant sans rivage ou encore Louise en Hiver, de Jean-François Laguionie, poétique animation où une vieille dame et son chien passent de joyeux hivers dans une station balnéaire désertée. Les grandes marées ne sont pas une compagnie maussade, juste l’occasion de frôler l’aventure. Le chien joue très bien.

D’Hollywood ?  Du bon et du moins bon…

Lorsque Hollywood est en panne d’inspiration, on retourne vers les sempiternelles adaptations de la mutinerie du Bounty, l’Ile au Trésor, Robinson Crusöe, Nemo et son Nautilus, Moby Dick...nanars fréquents, aux vagues furibondes, avec parfois des stars qui ne savent pas nager...Certes, Le Pirate des Caraïbes peut plaire, en multiples épisodes, même si Keira Knightley y distille ses habituelles grimaces et Johnny Depp sa quincaillerie...Heureusement Edmond Dantès a piqué une tête dans la Grande Bleue afin de s’anoblir en Monte Cristo, qu’il s’agisse de Robert Donat, Pierre Richard Willm,  Louis Jourdan, Jean Marais, Gérard Depardieu, qui encore ?…

Il faut aimer Le Dernier Rivage de Stanley Kramer (1959) d’après Nevil Shute où la mer est définitivement polluée par la stupidité nucléaire des hommes. « La lourdeur est affligeante » écrit  Jean Tulard dans son Dictionnaire du cinéma  mais l’épilogue sur un rivage australien encore enchanteur voit Ava Gardner toujours resplendissante et Gregory Peck déguster les dernières fraises et du Champagne en attendant la fin du monde. Quel mémorable moment de cinoche !

Côté américain, la mer est dangereuse…

Lorsque les Etats-Unis s’emparent de la mer, elle doit presque toujours être spectaculaire et dangereuse.  Le très futuriste Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol (1997) avec Jude Law, Ethan Hawke et Uma Thurman fait exception car la mer y est le creuset d’une tricherie qui sauvera l’humanité. Dans les Star War aussi, la mer a une fonction humanitaire cachée. Mais globalement on penche plutôt vers les stupides Dents de la mer (Spielberg, le premier en 1975, trois suites) qui ont fait un tort énorme aux requins, ou Seul au Monde de Zemeckis (2000) où Tom Hanks se dépatouille dans la flotte, puis en mode Robinson Crusoë en compagnie d’un ballon grimé en copain dans des monologues dignes d’une psychanalyse de salle de bain.

Heureusement, de magnifiques exceptions

Toutefois, pour l’aspect historique il y a le très remarquable Master and Commander, mené par Russell Crowe et Paul Bettany, presque plus un documentaire qu’une aventure en mer et la description de la vie de bord au XVIIIème siècle. Pour le présent, Point Break de Kate Bigelin (1991) avec Keanu Reeves et Patrick Swayze laisse pantois. La fin, la mort du héros dans le plus beau « spot » du monde est magnifique.

Pour le futur, Waterworld ne nous engage pas à faire des enfants. Là aussi l’humanité a été catastrophique. Des images recherchées, mais Kevin Costner a toujours des problèmes avec son appareil à dents. Réfugions-nous vite dans Octobre Rouge (John Mctiernan, 1996) où Sean Connery est un commandant de bord rassurant et les Soviétiques de gentils crétins. Il y prononce la formule définitive attribuée à Christophe Colomb « et la mer apportera à chaque homme des raisons d’espérer comme le sommeil apporte son cortège de rêves ».

Encore un mot...

La mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent... a inspiré des myriades de films. Dans des genres très différents, il y a pléthore. En picorer quelques uns reste un vrai bonheur.

Une phrase

« L'Aventure de Mme Muir était une pure romance et le souvenir le plus marquant que j’en garde est celui de Rex Harrison faisant ses adieux à la veuve (Gene Tierney). Il exprime le regret de la vie merveilleuse qu’ils auraient pu connaître ensemble. Il y a le vent, il y a la mer, il y a la quête de quelque chose d’autre… Et les déceptions que l’on rencontre. Ce sont là des sentiments que j’ai toujours voulu transmettre, et je crois bien qu’on en trouve trace dans presque tous mes films, comédies ou drames… (Joseph L. Mankiewicz  in Les Cahiers du cinéma n°178, mai 1966)

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