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Le dernier bain de Gustave Flaubert

Il fallait oser !
De Régis Jauffret
Seuil, 4 mars 21 - 330 pages - 21 €

Lu / Vu par

Charles-Edouard Aubry
Publié le 19 avr . 2021

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Gustave Flaubert va mourir, il ne le sait pas encore mais ce bain sera le dernier. Alors même qu’il n’a pas encore achevé Bouvard et Pécuchet, son corps va le trahir brutalement. Régis Jauffret s’empare du grand écrivain dans un grand tourbillon de confidences exclusives, de dialogues avec les personnages qu’il a créés et de considérations sur son œuvre. Régis Jauffret, l’auteur de Microfictions se glisse dans la peau – et dans la baignoire – de Gustave Flaubert, l’un des pères de la littérature française.

Points forts

Quelle idée de se prendre pour Flaubert ? Certes Régis Jauffret est par excellence l’auteur qui a investi ses personnages, pour créer par centaines ses microfictions puis se met à la place de personnalités réelles ayant défrayé la chronique (DSK dans La ballade de Rikers Island, Joseph Fritzl dans Claustria ou Edouard Stern dans Sévère). Mais Flaubert, tout de même ? Comment prendre la plume et donner la parole à celui qui a passé sa vie à chercher la perfection dans chacune de ses phrases ?

Autant le dire tout de suite, le pari est pleinement réussi. Nullement écrasé sous le poids du « grandécrivain » ni par le bicentenaire de sa mort qui le place plus encore sous les feux des projecteurs, Régis Jauffret livre une biographie surprenante et décalée.

Il découpe son livre en trois grandes parties : « je », « il » et un « chutier » (une sorte de corbeille), trois approches du personnage dans une perspective (auto)-biographique qui mélange les points de vue, les périodes, les sujets dans un joyeux déballage de faits et gestes historiques ou anodins.

Nous découvrons l’homme au moins autant que l’écrivain : ses relations avec son père (qui s’endormit la première fois qu’il lui lut un texte), son amour inconditionnel pour sa mère et pour sa sœur, morte jeune, puis pour sa nièce qui devint son exécuteur testamentaire, mais aussi ses relations très fortes avec ses domestiques. Ses crises d’épilepsie, ses études de droit à Paris et cette passion quasi-exclusive pour la littérature qui progressivement relégua à l’arrière-plan le reste de sa vie.

C’est toute la l’existence du maître qui défile dans une course échevelée où les personnages de ses romans s’entrechoquent. Le récit galope et nous entraîne à la découverte d’un homme dont l’œuvre fut « bigger than his life ».

Points faibles

Nul besoin d’aimer Faubert pour découvrir Gustave.
Mais était-il nécessaire d’écrire le chapitre « chutier » si petit ?

En deux mots ...

Le fantôme d’Emma Bovary hante le récit. A l’image de ses autres personnages qui ne se gênent pas pour intervenir dans le livre et donner leur avis, interpellant le lecteur et le narrateur, elle brouille les codes traditionnels de la narration.

Un extrait

Extrait du « chutier », page 298 :

« - Madame Bovary, c’est moi ? Je n’ai jamais certes dit pareille sottise. Jamais. Permettez-moi de reprendre un instant mon je. De mon vivant j’aurais été bien incapable de dénoncer cette calomnie car elle fut proférée près de trois décennies après mon décès. Elle prend sa source dans un ouvrage de René Descharmes publié en 1909 qui relate en passant dans une note de bas de page qu’un Monsieur E. de Launay (…) lui a raconté qu’Amélie Bosquet – écrivaine rouennaise que j’ai à peine connue – m’ayant demandé où j’avais trouvé le personnage de Madame Bovary, je lui aurais répondu et plusieurs fois répété Madame Bovary c’est moi. Il s’agit d’une si grave diffamation que désormais quiconque la proférera se verra assassiné dans la nuit par le fantôme de Jack l’Eventreur avec qui je trinque parfois ».

L'auteur

Régis Jauffret est un auteur français auteur d’une vingtaine de romans et récits, de nouvelles et microfictions et d’une pièce de théâtre. Ces microfictions, pierre angulaire et fil conducteur de son œuvre, racontent en de très courtes scènes un nombre infini de destins, le plus souvent sur un ton cynique et désabusé, marqués par “ les souffrances, humiliations, les rapports de domination et les désirs refoulés”.

Dans une toute autre veine, ce texte lorgne plutôt du côté du récit halluciné d’aventures autobiographiques.

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