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Livres/BD/Mangas

Le Général Dumas, Né esclave, rival de Bonaparte et père d'Alexandre Dumas

Un éclairage documenté sur un amoureux de la liberté, victime de sa rivalité avec Bonaparte
De Claude Ribbe
Tallandier mai 2021 (1ère édition 2008) - 234 pages - 19,90 €

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 28 mai . 2021

Recommandation

2,0BonBon

Thème

Mais qui connaît le père du célébrissime Alexandre Dumas, auteur des Trois mousquetaires et du Comte de Montecristo ? Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, dit Général Alexandre Dumas, est un personnage singulier, né à Saint Domingue (Haïti) en 1769 et mort à Villers-Cotterêts en 1806. Né de l'union avec une esclave, il sera (pour faire simple) adopté et éduqué par son père, le marquis Davy de la Pailleterie. Son souci d'indépendance le fait s'engager en 1786 dans l'armée dans le régiment des Dragons de la Reine, où ses qualités de cavalier, sa force et son adresse au sabre lui permettront de se distinguer dans les premiers combats des armées révolutionnaires contre les forces monarchistes. Cet essai raconte ses amitiés, ses exploits et son ascension rapide jusqu'au grade de Général, sa rencontre avec Marie Labouret qui deviendra sa femme et mère d'Alexandre - romancier célèbre.

Cet essai fait aussi la part de la légende que son fils a forgée autour de ses faits d'armes, comme de sa relation avec Bonaparte, puis Napoléon, dont l'hostilité à son égard est largement documentée par les recherches récentes de Claude Ribbe. S'il participa avec succès aux conquêtes du Premier Consul, puis de l'Empereur - avec une réserve explicite pour ses atteintes aux acquis de la République naissante, il n'en reçu - à la fin de sa carrière - ni le retour financier, ni la reconnaissance de la Nation. Ce livre vise à rétablir sa place dans l'histoire de France et des libertés - héros "noir" comme Toussaint Louverture, démocrate, républicain, humaniste, malgré les préjugés dont il fut victime.

Points forts

- Cet essai est aussi bien écrit qu'intéressant ; il parcourt toutes les facettes de la vie du père d'Alexandre Dumas.

- Sa naissance en Haïti et sa jeunesse brillante à Paris, sa rencontre et son amour manifestement partagé pour sa femme, la dureté de  la vie militaire, son amitié et sa fidélité à ses compagnons d'armes (Espagne, Carrière de Beaumont, Piston - qui deviendront Généraux d'Empire et sans doute les inspirateurs des Trois Mousquetaires), ses audaces et son courage, son humanité, en font, à n'en pas douter, un personnage digne des romans d'Alexandre Dumas !!

- Cet essai rétablit cette vérité, comme il documente l'hostilité que lui manifesta Bonaparte puis l'Empereur - qui ne se donna pas la peine de le faire libérer de 2 ans de captivité à Malte, de lui payer sa solde de Général, de lui attribuer la Légion d'Honneur.

- Ces deux années de captivité font l'objet d'une annexe, écrite de la main du Général, pour témoigner du traitement indigne dont il fut victime en détention, et qui seront cause de son décès autant que son chagrin pour les injustices et les trahisons des idéaux républicain dont il fut témoin.

- Cet essai est enfin alimenté d'archives retrouvées et prêtées par des collectionneurs, et des archives du musée Alexandre Dumas à Villers-Cotterêts où vécut (entre deux campagnes) et mourut le Général Alexandre Dumas - et où naquit Alexandre, le romancier. 

Points faibles

- Le souci de l'exactitude et du détail émaillent le récit de dates et de lieux qui peuvent perdre un peu le lecteur. Intéressantes sans doute sur le plan historique, elles témoignent de la diversité de sa carrière militaire, comme des errements du commandement pendant la période révolutionnaire, de la première République et du Consulat - où les rivalités font et défont les nominations autant que les pouvoirs conférés aux militaires. 

- Enfin, la volonté affichée par Claude Ribbe, en particulier dans les premiers chapitres, de démontrer les discriminations dont le Général Dumas fut victime m'a parue dans un premier temps "contre-productive" puis finalement, moins explicite, mais plus convaincante !

En deux mots ...

Cet essai est intéressant, et vient ajouter une pierre au panthéon des hommes noirs qui ont porté et défendu, aux premières heures de la Révolution et avec ténacité, les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité. Car il fallait en effet "bien du courage" pour résister à la fois aux mouvements contre-révolutionnaires, monarchistes ou impérialistes tout en se distinguant par ses origines (ancien esclave) et sa couleur de peau. C'est sans doute son fils Alexandre qui œuvra le premier à la restauration de sa mémoire, puisant à sa vie nombre de ses inspirations, ce dont cet essai rend bien compte ! Claude Ribbe philosophe et historien - poursuit avec une grande ténacité (et sans doute plus de rigueur), ce travail de mémoire. Ses prises de positions, de sa détestation de Napoléon à la dénonciation des ingérences dans la politique d'Haïti ou encore son engagement politique à Paris, en font une personnalité qui ne craint pas la polémique et ne laisse pas indifférent.

Un extrait

"Les émissaires de la Convention avaient pris un arrêté pour ordonner à Dumas et aux officiers qui l'accompagnaient de "sortir des murs de Bayonne" dès qu'ils seraient arrivés. Après avoir pris connaissance de cet acte d'expulsion qui le visait nommément, Dumas se rendit aussitôt chez ses auteurs. Il y trouva Monestier qui le menaça, lui et son état- major, de leur "faire garder la ville pour prison". Les choses allèrent assez loin. "Après m'avoir porté le poing sous le nez, relate Dumas, il m'apostropha en me disant qu'il ne s'effrayait pas de mes moustaches, et quoi qu'il n'en eût pas, il en portait plus bas qui valaient les miennes, qu'au surplus il ne savait pas comment je me battais et qu'il ne voulait pas reconnaître ma nomination." 

De toute évidence, Monestier cherchait à faire sortir Dumas de ses gonds, dans l'espoir d'avoir un  motif de le faire arrêter et traduire devant le tribunal révolutionnaire." P. 115

L'auteur

Philosophe de formation (la fameuse ENS de la rue d'Ulm à Paris) Claude Ribbe est écrivain et historien par ses choix littéraires, scénariste et réalisateur. La restauration de la mémoire de personnalités singulières nées sous la Révolution française - le Chevalier Saint Georges (compositeur et escrimeur), Toussaint Louverture et Alexandre Dumas (généraux de l'armée révolutionnaire nés tous deux en Haïti) occupe une place importante dans son œuvre littéraire, théâtrale et cinématographique. Membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme de 2005 à 2008, il défend une vision universaliste qui met en cause les préjugés de couleur et dénonce les crimes commis notamment dans le passé au prétexte des différences entre races.

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