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Le Mur des cons, le vrai pouvoir des juges

Les dérives de la justice dénoncées dans un essai revigorant
De Philippe Bilger
Albin Michel 250 pages 18.90 €

Lu / Vu par

Gilles Antonowicz
Publié le 15 nov . 2019

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Thème

Dans cet essai, Philippe Bilger entend « révéler les rapports malsains régnant au sein de la magistrature, dans les arrière-cours des palais, mais aussi dans les relations entre les juges, les politiques, les médias et l’opinion publique ». Il est urgent, dit-il, « de nommer les dérives pour y mettre fin. Il y va de notre avenir et de celui de la démocratie ».

Points forts

* L’autopsie d’une justice écartelée entre juges rouges militants (le syndicat de la magistrature et son tristement célèbre « mur des cons »), magistrats du parquet soumis au politique et poches de résistance (constituées notamment par les juges d’instruction qui, depuis les années 1990, sans exposition médiatique, sans parti-pris idéologique, traquent ce qu’ils croient être « la vérité » au risque parfois d’en oublier le droit).

* La défense de la liberté d’expression qui devrait être « notre bien commun » et se trouve aujourd’hui si malmenée : Bilger, dirait Diderot, est un être “furieusement épris de liberté”… De l’adage selon lequel, au Parquet, « la plume est serve, mais la parole est libre », il n’a courageusement retenu que l’invitation à user sans limite de la liberté qui lui était ainsi reconnue, ce qui lui a très certainement coûté le poste de procureur de Paris auquel il pouvait légitimement prétendre au regard de son talent.

* Les souvenirs de la cour d’assises : comme avocat général, Bilger a occupé une place privilégiée pour « embrasser la pâte humaine » et « débusquer les mystères derrière l’apparente clarté des faits ». Le « gang des barbares » (avec ses dérives politiques - le CRIF - et médiatiques - BHL vitupérant sans rien connaître ni savoir), Hélène Castel, Bob Denard, Maxime Brunerie (l’homme qui voulut assassiner Chirac - quelle idée !), François Besse et Antonio Ferrara sont au menu …

Points faibles

La construction foutraque du livre dont l’ossature est charpentée dans le plus grand désordre … D’où, parfois, le sentiment d’une certaine confusion ...

Un titre trompeur, le fameux « mur » du syndicat de la magistrature ne constituant qu’une infime partie du sujet traité.

En deux mots ...

Un essai revigorant, énergique, tonique, une langue généreuse et un style brillant d’où émergent ici ou là des aphorismes dignes de figurer dans un dictionnaire des citations, destiné à ceux (Bilger n’écrit jamais « celles et ceux » …) qui s’intéressent au monde judiciaire, à ses grandeurs, ses servitudes et ses misères.

Un extrait

« La judiciarisation de la pensée est une plaie (…). La vérité est devenue le cadet de nos soucis. On ne se demande plus si un propos est vrai, mais s’il est décent. On ne nous questionne plus sur l’authenticité ou non de nos informations, mais sur notre droit à les formuler, sur notre légitimité à participer aux échanges dans lesquels nous croyions naïvement être une partie aussi respectable qu’une autre. Il est clair que tout le monde n’a pas le droit à la liberté pleine et entière. Il y a ceux qui peuvent s’exprimer en toute tranquillité et qui ont évidemment l’éthique, la conscience et le juste de leur côté. Cette impressionnante relégation de l’authentique au bénéfice du décent, de la vérité au bénéfice du correct, des prétendument sulfureux au bénéfice des esprits rassurants, qui peuvent être brillants, mais sont surtout non dérangeants, est une chape qui pèse sur la vie intellectuelle, le tissu démocratique ».

L'auteur

Avocat général à la cour d’assises de Bobigny et Paris pendant vingt années, Philippe Bilger est aujourd’hui président de l’Institut de la parole, blogueur - Justice au singulier – et chroniqueur quotidien dans l’émission Les Vrais voix sur Sud-Radio.

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