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L’homme aux trois lettres

Spécial rentrée littéraire - Ce serait grand dommage de ne pas se plonger dans cette oeuvre érudite
De Pascal Quignard
Grasset, 181 pages, 18€

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 01 sep . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

 Donner un thème à L’homme aux trois lettres serait contraire au dessein de l’auteur. Ses 38 chapitres vont de 10 pages à une seule, couvrant l’ancienne Chine, les Ténèbres, Cicéron à Gaète, l’enfance, Héraclite à Ephèse, la couleur verte, le jeu le plus doux, l’odeur du jadis, la disparition des lettrés, le lit, les balcons, l’Histoire, le fond magique de l’amour, le sommeil, la rareté etc.

Points forts

Voilà un livre qu’il est impérieux d’ouvrir parce qu’il est une ode à la lecture. Nous sommes soudain dans l’au-delà et, en même temps au siècle de Plutarque et d’Agamemnon. L’Homme aux trois lettres, onzième tome du Dernier royaume commencé par l’auteur en 2002, est une odyssée du langage, de l’écrit mais aussi de la pensée. Une symphonie où l’homme se fait miroir pour comprendre d’où il vient et où il va. Ni chronologie ni intrigue dans cette œuvre mais le tracé d’une réflexion érudite qui accompagne le lecteur de  Suétone à Montaigne, de Couperin à Catherine Millet. Ce Dernier Royaume est en soit une œuvre dans une œuvre comme l’était la tapisserie de Pénélope, retravaillée avec autant de passion que de certitude à y réussir. La tapisserie est aussi le titre donné par l’auteur au chapitre XVIII de son  Homme aux trois lettres. Un chapitre qui est une des clés du mystère Quignard …”Il y a dans ce que j’écris …un monde qui accueille et qui se referme sur ce qu’il accueille et le protège à l’intérieur de sa membrane invisible, le long de son pourtour merveilleux. Un site pour la splendeur. Une porte qui s’ouvre sur un jardin”.

Points faibles

On peut ne pas aimer Quignard mais ce serait dommage !

En deux mots ...

Pascal Guignard serait-il le nouveau Proust ? Celui qui, sans besoin d’une  Albertine ou des Guermantes, écrit une épopée où les personnages principaux n’ont plus cours. Venu en 2020 se joindre aux dix tomes précédents composant l’arbre de vie du Dernier royaume, l’homme aux trois lettres poursuit la quête passionnée menée par l’auteur pour ne rien perdre de ce qui, jour après jour, nourrit l’homme qu’il veut être.

Un extrait

Non pas une, mais quatre :

 L’écriture ne lit jamais, elle pense toujours.

 La littérature aime une voix qui ne sonne plus dans l’espace mais qui s’entend au fond de l’âme. Une voix qui monte de l’invisible. Au-delà de toute musique, les lèvres devenues muettes aiment ce chant qui ne s’entend pas. C’est seulement aux yeux de l’illettré  que l’écriture est morte.

La littérature est la vraie vie qui raconte et rassemble la vie disloquée, bloquée, désordonnée, violée, gémissante.

J’appelle « solitude maximale » une foule, si grande qu’elle soit, d’hommes étrangers à l’art littéraire. 

L'auteur

Grand prix du roman de l’Académie Française en 2000 pour Terrasse à Rome (Gallimard, 2000) auteur de Tous les matins du monde (Gallimard,1991)  qui le fera connaître du grand public, Pascal Quignard (né en 1948) est l’un des auteurs français les plus gâtés par une réussite hors pair que ce soit chez Gallimard, chez Grasset ou dans l’une des très nombreuses maisons d’éditions telles que Fata Morgana, P.O.L ou Maeght ayant publié ses livres. Une œuvre littéraire complexe devenue un objet d’analyse contemporaine où les thèmes dominants de l’auteur sont développés : le passé, le langage, l’écrit, la musique, le sexe, la mort, la solitude, Dieu, l’Homme, la philosophie, la littérature. Après la publication en 1994 du livre Le sexe et l’effroi,  Pascal Quignard met un terme à ses diverses fonctions dont celle – entre autres - de président du festival international d’opéra et de théâtre baroque au château de Versailles pour se consacrer à la littérature.

A son actif : 12 romans dont sept chez Gallimard et deux chez Grasset, 3 récits, 6 contes, 1 nouvelle, 4 Petits traités (Clivages, 1981, 1983, 1984 et tomes 1 à VIII, Maeght 1990), 11 volumes pour Dernier royaume (Grasset, 2002-2020) dont le premier tome les ombres errantes lui vaudra le Prix Goncourt en 2002, 5 essais sur la littérature, 3 sur l’art et enfin 38 œuvres dans différents domaines dont Wikipedia donne le listing complet. Commandeur de l’ordre des Arts et Lettres, officier de la Légion d’honneur, Pascal Quignard, outre les prix déjà cités, a reçu le Prix de la langue française en 1991, le Prix de la Société des Gens de Lettres en 1998 pour son roman Vie secrète (tome VIII du Dernier royaume - Gallimard), le Prix de la Ville de Paris pour le même ouvrage et en 2006 le grand Prix Jean Giono pour Villa Amalia (Gallimard). Et le prix Marguerite Yourcenar pour l’ensemble de son oeuvre.  

 

Sur Culture-Tops, vous trouverez la chronique d’un autre de ses ouvrages : Les larmes

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