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L’IMPOSSIBLE INNOCENCE

Les méandres médiatico-judiciaires de la si fameuse “affaire Seznec”
De Michel Pierre
Tallandier 315 pages

Lu / Vu par

Gilles Antonowicz
Publié le 12 oct . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Comment la condamnation de Guillaume Seznec en 1924 est-elle parvenue à rejoindre celle d’Alfred Dreyfus au Panthéon des erreurs judiciaires ? Comment, au mépris des faits, ce crime de droit commun est-il devenu une « affaire » ? Par quels mystères, des journalistes, des écrivains, des hommes de télévision (Marcel Jullian) et de théâtre (Robert Hossein), des musiciens (Tri Yann), des associations (la Ligue des Droits de l’Homme) ont-ils pu abdiquer tout esprit critique au point de reprendre des arguments où le complotisme le dispute aux « fake news » ? Comment un tel marronnier médiatico-judiciaire peut-il prospérer depuis bientôt un siècle ?

Points forts

Avec une rigueur dans l’analyse qui ne se dément pas au fil des pages, une belle écriture et beaucoup d’humour, Michel Pierre fait le compte de toutes les hypothèses loufoques et farfelues (nées de l’imagination fertile d’un ancien juge de paix fraîchement sorti d’un asile d’aliéné et d’un journaliste féru d’astrologie, connu pour avoir annoncé que 1940 serait l’année « de la grandeur française, marquée par l’assassinat de Goebbels, la disparition de Staline et des gains territoriaux pour la Pologne »), hypothèses empilées au fil des décennies et reprises avec le plus grand sérieux pour établir l’innocence d’un homme dont le seul point commun avec Dreyfus est d’avoir fréquenté le bagne.

Points faibles

On aurait de la peine à en trouver ... On ne peut tout de même pas reprocher à Michel Pierre de ne pas avoir localisé le cadavre de Pierre Quéméneur, la victime de Seznec !

En deux mots ...

Un ouvrage salutaire, dénonçant avec brio la folie médiatique se nourrissant de mensonges qui, à force de répétitions, finissent par se parer de la couleur de la vérité.

Seznec a été jugé en toute sérénité par un jury populaire breton ; il n’existe aucun argument sérieux pour invoquer à son sujet un déni de justice (pas même la prise de position de la Vierge en sa faveur lors d’une apparition à Kerizinen en 1949 !)

Quand la cour de cassation saisie d’une requête en révision (sur ordre de la ministre de la Justice – bretonne - Marylise Lebranchu) refuse en 2006 d’y faire droit, la Justice est accusée d’être « aveugle, sourde et folle » ; en réalité, elle ne fait que prouver son indépendance : sa capacité à s’opposer au pouvoir politique et à l’opinion publique.

Un extrait

« Pendant une semaine [lors du procès Seznec, en 1924], les jurés, magistrats, journalistes et public ont suivi des débats parfaitement menés, entendu des dizaines de témoin, écouté réquisitoire et plaidoirie sans que quiconque évoque forfaiture, manipulation ou illégalité. Nul journaliste alors pour dénoncer un verdict scandaleux ou envisager une possible erreur judiciaire. « L’Affaire » est une invention postérieure, faite d’affirmations erronées, d’élucubrations et de diffamations. Reste que sa fabrication voulue, suggérée ou improvisée au long des décennies est un cas d’école sur la crédulité, la paresse intellectuelle, le goût du sensationnel et du larmoyant ».

L'auteur

Agrégé d’histoire, licencié en histoire de l’art et en archéologie, ancien diplomate, Michel Pierre a notamment publié, outre plusieurs ouvrages sur les bagnes, un livre sur le « pays breton » intitulé Bretagne, les sillons de la mémoire.

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